200 dòng đầu tiên.
...
L'homme qui surgit de l'obscurité de ce tunnel s'appelle Jean-Jacques.
Jean-Jacques a de la chance. Il n'est pas superstitieux.
Il peut passer sous une échelle, ouvrir un parapluie chez lui après une averse,
ou croiser un chat noir sans même y penser.
Ça tombe bien, car en ce premier samedi d'octobre, Jean-Jacques ne va pas n'importe où.
Il se rend aux 15 bises de l'impasse Bertholon dans le 9e arrondissement de Paris.
Or, par le fait d'un hasard mystérieux, si jamais le hasard existe,
pour se rendre là-bas, qu'il passe par Saint-Lazare, Opéra, Gare du Nord ou même Pigalle,
Jean-Jacques devra traverser un véritable enfer.
Il sera d'abord obligé d'emprunter la Rue La Bruyère,
un grand auteur français mort d'apoplexie dans d'atroces souffrances,
seul, pauvre et abandonné.
Il devra ensuite s'engager Rue Lamartine,
un autre grand auteur français mort d'apoplexie dans d'atroces souffrances,
seul, pauvre et abandonné.
Jean-Jacques tournera alors Rue Hippolyte-le-Bas,
l'architecte de la tristement célèbre prison de la Petite Roquette,
où l'on enfermait les condamnés à mort avant leur exécution.
Il remontera ensuite la Rue des Martyrs,
ce qui tombe bien, car il aboutira à Rue Saint-Georges, célèbre martyr lui-même,
qui fut ébouillanté, pelé comme une tomate,
avant d'être écartelé, broyé sous une roue, puis décapité.
Alors c'est vrai, en arrivant enfin à Passe-Bertolon,
du nom d'un physicien peu connu, car mort foudroyée
durant l'une de ses toutes premières expériences,
Jean-Jacques pourrait voir dans ce parcours macabre un mauvais présage,
et être tenté de faire demi-tour.
Il aurait bien tort, car il n'aurait pas la chance
de découvrir cette petite rue bien cachée,
où, dissimulée par les plantes amoureusement entretenues par les copropriétaires,
se niche cette fameuse porte du 15-10.
Il ne montrait pas non plus les cinq étages en colimaçon,
ne s'essuierait pas les pieds sur le paillasson en crain
rapporté d'un voyage en Turquie,
et serait donc privé de la soirée familiale,
qui va se dérouler précisément ici.
Enfin, si quelqu'un vient ouvrir.
Oui ?
Bonjour, 42,90 euros, s'il vous plaît.
Pardon ?
C'est bien deux Regina et une Calzane.
14,50 euros la Regina ?
Vous mettez quoi dessus ? Des truffes ?
Non, c'est du jambon et des champignons.
Ça coûte 14,50 euros ?
Vous vous rendez compte qu'on parle quand même de 95 francs ?
Euh...
Vous croyez quoi ?
J'ai des robinets en or et des pots de zèbre mûrs ?
Je sais pas, moi...
Vous voulez que je vous dise ?
Je trouve que dans un pays où il y a trois ou quatre millions de chômeurs,
demander 250 francs pour trois malheureuses pizzas,
c'est indécent, dégueulasse, même si vous préférez.
Qu'est-ce qui se passe ?
Tu as une idée du prix auquel ils vendent sa Regina ?
Tu veux commander des pizzas ?
Non, pourquoi ?
Pourquoi tu ouvres alors ? Polo va encore foutre le camp.
Vous avez pas commandé de pizzas ?
Il sonne, j'ouvre.
Excuse-moi d'être civilisé.
Bon, écoute, j'ai fouillé partout, elles sont sûrement dans ton bureau.
Mais j'ai vérifié...
Il est con ou quoi celui-là ?
Le 15, c'est l'immeuble d'à côté.
Ici, c'est le 15 bis.
Allez, au revoir.
Élisabeth Garot-Larcher est professeure de français
au collège Paul-Valéry à Vincennes.
Trésorière du club de théâtre,
responsable du spectacle de fin d'année,
elle est aussi un membre actif de la FSU,
dont elle a fait sienne le mot d'ordre,
laïcité, justice, solidarité.
Il quitte Paris en 1645.
Thomas, tu envoies un texto à Molière ?
Accaparée par sa lutte contre l'échec scolaire,
Élisabeth n'a jamais le temps de changer de gilet.
Ni le lundi, ni le mardi,
ni même le mercredi.
Et de toute façon, le vendredi, elle n'a pas cours.
Pour elle, l'échec scolaire n'est pas une fatalité.
Et chaque jour est un nouveau combat.
Mais arrêtez tout de suite !
Ça va pas toutes les deux ? Qu'est-ce qui vous prend ?
Ça va pas, Morin ?
Vous allez chez le principal immédiatement, toutes les deux !
Élisabeth est parfois envahie d'un doute
quand elle pense à l'avenir du service public.
Valentin, ta casquette.
Mais dans un monde désenchanté où l'égoïsme est roi,
Élisabeth n'a jamais peur de monter au front.
Il n'y a jamais en musique.
Moi, je trouve qu'il est intéressant, ce gamin.
Enfin, Élisabeth, ouvre les yeux, il est juste nul.
Non, Mathias, non, tu te trompes.
Il a fait des progrès.
Il a quatre de moyenne.
Mais il avait deux !
Tu te changes ou tu restes comme ça ?
Mais putain, qui a touché à mon bordel ?
Pierre Garraud, lui, est professeur de littérature à la Sorbonne.
Spécialiste de la Renaissance,
il porte haut les couleurs de l'université française
grâce à son humour dévastateur.
Ce sera plus compliqué que de différencier
une asseindette et une parataxe.
N'est-ce pas, monsieur Bertrand ?
Cadragénaire flamboyant,
idole de ses étudiants,
Pierre porte le velours côtelé comme une seconde peau.
Il y a le costume du lundi, le brun, qu'il préfère,
celui du mardi, un bleu légèrement aile de corbeau,
et celui du mercredi, un havane plus difficile à porter.
Auteur vedette de la collection Jalons Critiques,
Pierre aime se rendre chez Vrin pour rencontrer son public.
Et là, comme à chaque rentrée littéraire,
il se demande s'il battra enfin son légendaire record
de 527 exemplaires vendus de pyrrhonisme et montaînisme,
dont le succès immense l'avait envoyé en conférence jusqu'à Moscou.
En bref, tel son maître à penser montagne,
Pierre est avant tout un chercheur infatigable.
Mais qu'est-ce que tu fais là, Polo ?
Tu les as trouvés ?
Quel bordel !
Alors, malgré toutes leurs différences,
tous ces défauts qui sont autant de chance...
Tu les as trouvés ?
Non, mais j'ai retrouvé ta cloche Savoyarde.
Où est-ce que je les ai foutus ?
Élisabeth et Pierre s'aiment le lundi, le mardi...
Je ne comprends rien si c'est mariage ou la vie.
Et les autres jours aussi.
Oh merde, ma semoule !
Tu prends ?
Non, prends-moi !
Je suis sûr que c'est pour toi !
J'ai la main dans la semoule !
Je suis sûr que c'est pour toi !
C'est pas vrai !
Allô ?
Bonsoir, Françoise.
Françoise, c'est Françoise Larcher,
la mère d'Élisabeth et Vincent.
Une femme gaie, une femme élégante,
avec beaucoup de goût pour la décoration d'intérieur.
Une femme avec une belle voix grave,
mais un peu bavarde.
Incroyable !
Mais alors, incroyable !
Enfin, assez bavarde même.
Absolument vous y alliez, Pierre.
Bon, vraiment très bavarde.
Quand elle a perdu son mari,
beaucoup se sont inquiétés.
Mais cette Mitterrandienne de la première heure
a repris le dessus,
forçant l'admiration des plus sceptiques.
Françoise a quitté Paris
pour se consacrer à une production picturale
paralytique.
Et c'est là, à la Castile,
au cœur des Alpines,
qu'en cultivant son jardin,
elle a retrouvé de nouveau au bonheur.
Je vous la passe !
Je vous embrasse, Françoise !
Babou, ta mère !
L'arissa, à ton avis,
je le mets dans la sauce ou à part ?
Elle mange pimenté, Anna ?
Ben j'en sais rien,
elle mange jamais rien.
Maman, ça va ?
Quand tu fais ton séphar ?
Tu mets les raisins avant ?
Tu huiles bien le couscoussier,
tu verses à la semoule.
Mais non, juste le raisin, maman.
Pas trop tôt, sinon ça gonfle,
pas trop tard, sinon ça frippe.
Pas trop tôt, sinon ça gonfle,
pas trop tard, sinon ça frippe.
D'accord, merci, je t'embrasse.
Allez, bisous.
Ah, les Rosenthal sont là.
Et lui, ça anche, ça va bien ?
Les Suzy, elle aussi, elle va bien ?
Et leur chien ?
Ah, merde !
Sous la tondeuse ?
Ah, il achète allemand, lui ?
Il est pas rancunier ?
Enfin, si elle les a pas empêchés
d'acheter des cadeaux pour les enfants.
Les enfants, c'est Myrtille, 12 ans,
et Apollon, 4 ans.
Myrtille est maigre, intelligente, fragile.
No comments yet. Be the first to leave one.