200 dòng đầu tiên.
Bonjour. Bonjour, mesdames.
Bienvenue. - Bonjour, madame.
Bonne année.
On est un peu en avance, je pense bien.
Non, ça va, tout est prêt.
Je vous en prie.
Hé, mon Dieu!
On dirait un jardin.
Mais c'est donc beau!
Regardez-moi ça...
Hé, que c'est fin!
Elles sont belles!
Viens, viens.
Viens.
Regarde comme il est beau.
Ils l'ont bien arrangé, non?
- Hum... Me semble, papa, c'était pas trop son genre,
le blush puis le fond de teint. - Bien voyons.
J'aimerais pas ça être exposée avec le teint pâle
comme une malade. - Y a quelque chose qui cloche.
Que c'est tu veux dire,
à part le fait qu'il soit mort? - Niaise pas.
Ah, je le sais, ils l'ont pas peigné
du bon bord. Merde! Je leur ai dit du côté droit!
- Voyons, Jeanne, personne va remarquer ça.
C'était pas un mannequin, ton père!
- Passe-moi ta brosse. - Coudonc, Jeanne,
prends sur toi! Tu vas pas utiliser
ma belle brosse neuve pour peigner ton père
dans l'état où il est, certain! - Pourquoi pas?
- Regarde-le, il a les cheveux pleins de pellicules!
- Mon Dieu, maman, c'est juste des petites peaux mortes.
T'en as, toi aussi. Passe-moi ça.
- En ce moment, j'ai bien moins de peaux mortes que ton père.
Je veux pas que t'utilises ma brosse neuve.
- Mes sympathies, madame Martel. - Merci, mon beau David.
Une bonne année, là, hein? Une bien belle,
pleine de succès puis remplie d'amour.
Vous aussi, bonne année.
Venez.
Comment vous le trouvez?
- Ah bien... j'ai pas vraiment d'opinion.
- Bien non, c'est sûr, vous le regardez même pas.
Ça va-tu, mon David? - Oui, j'ai juste un peu chaud.
- Qu'est-ce que tu veux, personne aime ça, la mort,
mais faut bien vivre avec.
Oui, vous avez raison.
- Moi, la mort, ça me donne le goût de parler de la vie.
Tenez, par exemple... regardez sur son front...
Ayez pas peur, je vais pas vous jouer de tour aujourd'hui.
Vous voyez la petite cicatrice, là?
Savez-vous c'est quoi, ça?
- Non. - Ça, c'est la marque
de naissance de Jeanne. Bien oui.
Ah... Comment ça?
Jeanne vous a pas raconté
sa naissance? - Non.
- Vous savez pas pourquoi qu'on l'appelle
la petite St-Jean-Baptiste
dans la famille? - Bien non.
- C'est quelque chose de savoir ça pour un Anglais, non?
Oui...
- Jeanne est née la nuit de la St-Jean 1968.
- Ah... ouche! Ça fait mal, ça, hein?
Je vous le fais pas dire!
Ah!!!
Je suis tombée enceinte
dix ans après mon mariage. Hé, la petite vlimeuse...
Elle s'est fait attendre dix ans.
Elle a mis 24 heures à sortir de mon ventre.
Vingt-quatre heures de souffrance
avant que le docteur décide de me faire une césarienne.
- Les manifestations ont commencé vers 8 h 15.
Au début, ce n'était pas très grave.
Quelques centaines de séparatistes
criaient: "Trudeau vendu!" "Trudeau est un traître!"
"Le Québec aux Québécois!" Etc.
J'entends hurler. Il doit y avoir d'autres bagarres
qui se produisent, le long de la rue Sherbrooke toujours.
Trudeau au poteau!
- Une vingtaine de voitures sont endommagées,
plusieurs centaines de personnes arrêtées
et certainement plusieurs dizaines de blessés.
- Ostie de câlisse, le monde sont donc bien fous à soir!
C'est la gang du RIN!
Ça a pas fini de brasser, mon chum!
- Pendant que je donnais naissance à Jeanne,
dans des douleurs... mais des douleurs sans bon sens,
mon Jos, lui, il faisait le party
puis la révolution.
De la marde, Trudeau!
Il a pas d'affaire à venir icitte à soir;
c'est la fête des Canadiens français,
pas des Anglais, câlisse!
Québécois
Nous sommes Québécois
Le Québec saura faire
s'il ne se laisse pas faire...
- Évidemment, il a passé la nuit au poste.
C'est ma petite soeur,
Cécile, le lendemain matin, qui est allée le chercher.
- Envoye, mon Jos, on s'en va à l'hôpital.
- Ça va, Cécile, c'est juste une grafigne, ça.
- Ça te tente pas d'aller voir la petite?
Bien, crisse.
Ah bien, félicitations,
mon Jos! - C'est une fille?
- Oui! - Une petite fille, là?
Tu me la redonnes?
- Attends un peu, je viens juste de la prendre.
Envoye.
Tiens.
- Vous savez, pour moi, c'était un grand événement.
Trois de mes soeurs avaient déjà eu plein d'enfants.
Enfin, c'était à mon tour.
- Évidemment, avec maman, on en prend
puis on en laisse. - Tu le sais que
je suis pas menteuse pour une cenne.
Je mets de la couleur, c'est tout.
C'est ça que je dis.
- Alors, mesdames, êtes-vous satisfaites?
- Ah oui, très, très satisfaites.
C'est pas donné, mais on voit que c'est du beau.
- Il y a juste une petite affaire qui m'énerve:
vous l'avez pas peigné du bon côté.
- Ah non? - Il est peut-être pas trop tard?
Bien, c'est que...
Passe-moi ton peigne.
Du côté droit.
- Ah, Seigneur, que ça a l'air raide.
On dirait qu'il a une bouteille de spraynet
juste dans le toupet.
Bon.
- Ah oui, le traiteur va passer en début de soirée;
peut-être que je pourrais aller vous montrer la salle en bas?
Oui.
Ça va aller, maman?
Ça va aller.
On va bien s'entendre aujourd'hui, tu vas voir.
Vaut mieux tard que jamais.
Hé, Jos!
- Blanche, attention à ta belle robe!
- Venez-vous-en! - Envoye! Envoye!
Elle est belle, hein?
On dirait presque une robe de mariée.
Hé! - Mon Dieu, je m'excuse!
- Regarde ce que t'as fait à ma robe!
Maudit niaiseux!
- Salut, matante. Ça va? - Ça va, ça va.
- C'est-tu plate, mourir dans le temps des Fêtes!
Pauvre mononcle Jos.
En tout cas, mes sympathies, matante.
- Ça va, ma petite Annie. Calme-toi un petit peu, hein?
Puis bonne année. - Ah oui, c'est vrai!
Bonne année, matante! Hé!
Bon bien... c'est ça, hein...
Je vais aller voir mononcle Jos.
- Qu'est-ce que tu faisais là? - Rien...
- Tu lui as touché? - Bien non, t'es malade!
- Qu'est-ce que t'as mis dans ta sacoche?
- J'ai rien mis, épais; je cherchais de la gomme.
En as-tu de la gomme?
On mâche pas de gomme
dans un salon mortuaire. Ça se peut-tu...
- Coudonc, Cécile, elle a donc bien l'air énervée, ta petite.
- Elle arrête pas avec ses maudites questions.
- Ah bien, Jeanne! Ça fait longtemps!
- Bonjour, Annie. - Écoute, je pense
que la dernière fois qu'on s'est vues, c'est...
cet été à ta boutique!
Ah!
J'adore ce que tu portes! Ça fait-tu partie
de ta nouvelle ligne? - Oui.
C'est ma nouvelle collection "tendance mortuaire".
- Ah, la folle... Excuse-moi, Jeanne.
Je suis tellement énervée.
Écoute, je te présente mes condoléances.
Merci, Annie, merci.
T'en fais pas, ça va. - T'es bien fine.
Tu sais que je suis allée voir ton père à l'hôpital?
- Ah oui? Mon Dieu, pourtant, ça devait faire des années
que tu l'avais pas vu? - Ouais.
Mais quand j'ai su qu'il... bien que...
bien qu'il...
Qu'il était mourant?
- Oui, c'est ça, qu'il filait pas,
j'ai eu envie de lui parler. - Il me l'avait pas dit.
- Non. Finalement, il dormait; j'ai pas voulu le réveiller.
- Oups. Excusez-- - Non, c'est pas grave, viens.
Je vais te présenter ma cousine.
Annie, mon chum David.
- Ah! Enchantée. - Enchanté.
- Bon bien, je vais y aller, moi, là.
Vous avez peut-être des choses à vous dire puis...
je dois avoir des affaires à faire.
Je vais aller voir à ça. À tantôt.
Bienvenue dans ma famille.
Comment tu prends ça?
Moi, je le prends bien, ça va.
Tu dois trouver qu'il a changé, hein?
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