প্রথম 200টি লাইন।
Quand l'école lui demanda une rédaction dont le narrateur serait une chose,
Nora choisit sans hésiter la maison de sa famille.
Elle évoqua le ventre de la maison qui gargouillait
quand elle dévalait l'escalier avec sa petite sœur.
La maison qui les regardait
se faufiler par le trou de la clôture,
avant d'arriver dans la rue, où la maison les perdait de vue.
Nora se demanda si la maison préférait être vide et légère,
ou lourde et habitée.
Si le parquet aimait être piétiné,
si les murs étaient chatouilleux.
Avait-elle mal, parfois ?
Nora se dit que, sûrement,
la maison préférait être pleine.
Avant eux,
des générations d'hommes et d'animaux s'étaient succédé entre ces murs.
Son arrière-arrière-grand-père était mort dans la chambre
où naquit sa grand-mère,
et où dormaient ses parents, désormais.
La maison était bancale à cause d'une fissure
apparue dès sa construction, un siècle plus tôt.
Nora écrivit que la maison s'enfonçait, s'affaissait,
mais au ralenti.
Toutes les années
que sa famille y avait passées
n'étaient qu'une petite seconde
à l'échelle de ce lent effondrement.
En retrouvant sa rédaction, elle s'étonna
d'avoir choisi le mot "bruit" pour décrire les disputes de ses parents.
Or, si la maison n'aimait pas le bruit,
elle détestait le silence.
Après le départ de son père, la maison s'allégea.
La maison ne résonnait plus du bruit des parents.
Mais elle regrettait déjà les autres bruits du père.
Son instituteur avait adoré sa rédaction,
son père aussi.
Elle songea à la choisir
pour son oral d'entrée à l'école d'art dramatique.
Mais avec le recul, le texte lui parut manquer d'émotion.
Elle joua finalement le monologue de Nina dans La Mouette .
Je suis une mouette. Non. Non. Je suis une actrice.
VALEUR SENTIMENTALE
Nora ?
- Nora ? Tu m'ouvres ? - Je vais pas y arriver.
- Nora, ouvre ! - Laisse-moi une seconde.
Ouvre, s'il te plaît.
Tu vas bien ?
Je relis mon texte au calme.
Tu connais ton texte.
- C'est pas la première fois. - Cette fois, c'est pas pareil.
Je peux pas. J'y arriverai pas.
D'accord. Il faut respirer. On respire ensemble ?
Regarde-moi.
Respire.
Respire avec moi.
Je peux pas avec ce truc.
Une costumière va t'arranger ça, viens.
Allez.
- J'ai soif, j'ai pas d'eau. - Tu boiras en bas.
C'est inadmissible.
On a cinq minutes de retard.
T'inquiète pas.
Fais-la monter sur scène et ça ira.
Ça se détache.
Non, ça va.
Dis-moi, tu pourrais...
J'ai besoin d'un truc, tu viens ?
Maintenant ?
J'ai le trac.
Il faudrait que... J'ai besoin...
J'ai besoin d'un truc.
- On n'a pas le temps. - Mais si.
- Arrête. - On a le temps.
- T'es vraiment... - Frappe-moi, alors.
- Une petite claque pour me booster. - Non.
Je pourrai pas monter sur scène.
Ça va ?
Tu fais chier !
- Arrête ! - J'étouffe !
Fais pas ça !
Aide-moi !
Tu vas la déchirer !
Attends !
Yngvar ?
Vingt secondes.
Prête ?
On est prêts.
Oui.
Écoutez !
Vous aviez promis de me sauver.
Mais vous m'avez envoyée au bûcher !
J'ai accueilli vos enfants chez moi.
Malgré ça, vous avez témoigné contre moi !
On aurait dû prendre un traiteur.
- C'est trop de stress. - Arrête.
C'est rien, ça va.
- Maman, je peux avoir du gâteau ? - Si tu veux.
Je viens de lui dire non.
Il s'est déjà goinfré.
S'il te plaît ?
Un truc sain d'abord.
Quel beau discours tu as fait !
J'ai parlé pour nous deux.
Ta mère était si fière de toi, elle parlait de toi sans arrêt.
Ma chère Sissel...
Elle m'emmenait souvent au Théâtre national.
C'est ici que grand-mère recevait ses patients avant sa maladie.
Elle leur parlait pour les aider. Enfin, c'est plutôt eux qui parlaient.
Ils racontaient leurs secrets.
Et moi, quand j'étais petite, je les écoutais,
à travers le poêle.
T'avais le droit ?
Non, mais personne le savait.
Ça date, maintenant...
On ne sait plus si on doit présenter
des condoléances ou des félicitations.
On était restés en bons termes.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien.
Papa est là.
- Tu le savais ? - Non.
Mais je l'ai invité.
Salut, papa.
Vous voilà ! Excusez-moi.
Bonjour, mes chéries.
- Tu as vu Erik ? - Non, il est là ?
Tu n'es pas venu à l'église.
J'ai pas eu le courage.
Et pourquoi l'église ? Elle a fait une crise mystique ?
Non.
C'est plus joli.
C'est vraiment...
C'est vraiment triste.
C'était une mère merveilleuse. Elle était si belle...
Belle ?
Aussi belle que vous.
Et c'était une tête, en plus !
Elle avait toujours raison.
Dis bonjour à grand-père.
Salut, bonhomme !
Bonjour.
Bonjour.
C'est Even.
Je reconnais Evan, bien sûr.
On est des vieux copains.
Comme tu as grandi !
- T'es le plus grand de ta classe ? - Je crois pas.
Tu crois pas ?
T'es une vraie terreur ?
Non ?
Tiens.
Je pensais justement à toi.
C'est quoi ?
Mes enceintes.
Tu vas bien ?
Oui, pourquoi ?
J'aimerais te voir avant de repartir.
J'ai un truc à te dire.
Tu peux pas le dire maintenant ?
Pas ici.
Il est temps qu'on se parle, toi et moi.
Tu crois pas ?
Fredrik me les ramènera dans sa Toyota.
Ça va, merci.
J'espère qu'il s'imagine pas...
que j'ai besoin d'un papa, maintenant.
Pour me consoler.
Au moins, il fait des efforts.
C'est pas simple pour lui non plus.
Tu lui demanderas ce qu'il compte faire de la maison.
Comment ça ?
Elle est à lui.
Ah bon ?
Il l'a laissée à maman, mais ils n'ont jamais rien signé.
J'avoue que nous, on comptait un peu sur cet argent.
T'as qu'à lui en parler.
T'oses jamais le contrarier.
Tu crois ça ? D'accord.
Jamais.
- Bien sûr que si. - Non.
Tu es rayonnante.
Tu prends quoi ?
Un café, ça ira.
- Rien d'autre ? - Non.
Un café pour cette jolie jeune femme.
- Un café ? - S'il vous plaît.
Et vous, tout va bien ? C'est bon ?
Servi par vous, tout est bon.
Elle nous prend pour un couple.
Je me fais du souci pour toi.
Et toi, ça va ?
Très bien, ça bouge pas mal.
Tu es au courant, pour ma rétrospective en France ?
Non, comment je le saurais ?
Mais surtout, je vais tourner un film.
Tu t'accroches.
C'est mon meilleur scénario.
Michael dit la même chose.
Michael produit toujours ?
Il dit que je reviens à la mode.
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