The Maids

The Maids

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The Maids 1975 1080p BluRay x264 AAC-[YTS MX]
ভাষ্য লিখেছেন bisounours
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French সাবটাইটেল প্রিভিউ

প্রথম 200টি লাইন।

Une pièce de Jean Genet

LES BONNES

Et ces gants ! Ces éternels gants !

Je t’ai dit assez souvent de les laisser à la cuisine.

C’est avec ça, sans doute, que tu espères séduire le laitier.

Non, non, ne mens pas, c’est inutile.

Pends-les au-dessus de l’évier.

Quand comprendras-tu que la chambre ne doit pas être souillée ?

Tout, mais tout ce qui vient de la cuisine est crachat.

Sors. Et remporte tes crachats.

Ne te gêne pas, fais ta biche.

Et surtout ne te presse pas, nous avons le temps.

Sors !

Préparez ma robe. Où es-tu ?

Claire ?

Que Madame m’excuse, je préparais le tilleul de Madame.

Disposez mes toilettes. La robe blanche pailletée.

L’éventail, les émeraudes.

- Tous les bijoux de Madame ? - Sortez-les. Je veux choisir.

Et naturellement les souliers vernis.

Ceux que vous convoitez depuis des années.

Pour votre noce sans doute.

Avouez qu’il vous a séduite.

Que vous êtes grosse. Avouez-le.

Je vous ai dit, Claire, d’éviter les crachats.

Vous êtes hideuse,

ma belle.

Penchez-vous davantage et vous regardez dans mes souliers.

Pensez-vous qu’il me soit agréable

de me savoir le pied enveloppé par les voiles de votre salive ?

Par la brume de vos marécages ?

Je désire que Madame soit belle.

Vous me détestez, n’est-ce pas ?

Vous m’écrasez sous vos prévenances, sous votre humilité,

sous les glaïeuls et le réséda.

On s’encombre inutilement. Il y a trop de fleurs.

Je serai belle.

Ma robe !

La rouge. Madame mettra la robe rouge.

J’ai dit la blanche, à paillettes.

Madame portera ce soir la robe de velours écarlate.

Ah ? Pourquoi ?

Il m’est impossible d’oublier la poitrine de Madame

sous le drap de velours.

Quand Madame soupire

et parle à Monsieur de mon dévouement.

Une toilette noire servirait mieux votre veuvage.

- Comment ? - Dois-je préciser ?

Ah ! tu veux parler… Parfait.

Menace-moi.

Insulte ta maîtresse. Tu veux parler

des malheurs de Monsieur ?

Je vois où tu veux en venir.

J’écoute bourdonner déjà tes accusations.

Tu cherches l’instant de me cracher à la face.

Madame, nous n’en sommes pas encore là.

Si Monsieur…

Si Monsieur est en prison, c’est grâce à moi, ose le dire !

Tu as ton franc-parler, parle.

J’agis en dessous, camouflée par mes fleurs,

mais tu ne peux rien contre moi.

Le moindre mot vous paraît menaçant. Je ne suis que la bonne.

Je vais être à ta merci pour avoir dénoncé Monsieur,

avoir accepté de le vendre à la police.

Et pourtant j’aurais fait pire.

Claire, tu entends,

j’ai forcé ma main à tracer cette lettre à la police qui,

lentement, fermement, sans erreur, sans ratures,

devait envoyer mon amant au bagne.

Et toi, plutôt que me soutenir, tu me nargues ?

Tu parles de veuvage !

Monsieur n’est pas mort, Claire.

Monsieur sera conduit, de donjon en donjon,

de bagne en bagne,

jusqu’à la Guyane peut-être,

et moi, sa maîtresse,

folle de douleur, je l’accompagnerai.

Je serai du convoi. Je partagerai sa gloire.

Tu parles de veuvage.

La robe blanche est le deuil des reines, Claire.

Tu l’ignores.

- Tu me refuses la robe blanche. - Madame portera la robe rouge.

Bien.

Passez-moi la robe.

Je suis bien seule

et sans amitié.

Je vois dans ton œil que tu me hais.

Je vous aime.

Comme on aime sa maîtresse, sans doute.

Tu m’aimes et me respectes.

Et tu attends ma donation, le codicille en ta faveur.

Je ferais l’impossible.

Je sais. Tu me jetterais au feu.

Agrafez.

Tirez moins fort. N’essayez pas de me ligoter.

Évitez de me frôler.

Reculez-vous. Vous sentez le fauve.

De quelle infecte soupente où la nuit les valets vous visitent

rapportez-vous ces odeurs ?

La chambre des bonnes !

Là, les deux lits de fer séparés par la table de nuit.

Les deux sœurs y rêvent l’une de l’autre.

C’est exact ?

Nous sommes malheureuses. J’en pleurerais.

C’est exact.

Passons sur nos dévotions à la Sainte Vierge en plâtre,

sur nos agenouillements. Nous ne parlerons même pas

des fleurs en papier.

En papier… Et la branche de buis bénit !

Regarde ces corolles ouvertes en mon honneur !

Je suis une Vierge plus belle que la tienne en plâtre.

Taisez-vous.

Et là, la fameuse lucarne,

par où le laitier demi-nu saute jusqu’à votre lit.

Madame s’égare, Madame…

Vos mains ! N’égarez pas vos mains.

Vous l’ai-je assez murmuré ! Elles empestent l’évier.

- La chute ! - Hein ?

La chute. J’arrange votre chute d’amour.

Écartez-vous, frôleuse !

Si vous tenez à pleurnicher, que ce soit dans votre mansarde.

Je n’accepte ici, dans ma chambre, que des larmes nobles.

Le bas de ma robe, certain jour en sera constellé,

mais de larmes précieuses.

Disposez la traîne, traînée !

Madame s’emporte !

Dans ses bras parfumés, le diable m’emporte.

Il me soulève, je décolle, je pars…

et je reste.

Le collier ?

Mais dépêche-toi, nous n’aurons pas le temps.

Si la robe est trop longue, fais un ourlet avec des épingles.

Tenez vos mains loin des miennes, votre contact est immonde.

- Dépêchez-vous. - Il ne faut pas exagérer.

Vos yeux s’allument. Vous atteignez la rive.

- Vous dites ? - Les limites, Madame.

Les bornes. Il faut garder vos distances.

Quel langage, ma fille.

Enfin, Claire.

Tu te venges, n’est-ce pas ?

Tu sens approcher l’instant où tu quittes ton rôle…

Madame me comprend à merveille. Madame me devine.

Tu sens approcher l’instant où tu quittes ton rôle de bonne.

Tu vas te venger.

Tu t’apprêtes ? Tu aiguises tes ongles ?

Claire n’oublie pas.

Claire, tu m’écoutes ?

La vengeance était couvée par la bonne…

- Mais Claire, tu ne m’écoutes pas ? - Je vous écoute.

Par moi, par moi seule, la bonne existe.

Par mes cris et par mes gestes.

- Claire ! - Je vous écoute.

C’est grâce à moi que tu es, et tu me nargues !

Tu veux me voir nue tous les jours dans mon bain, n’est-ce pas ?

Mon désespoir d’amante m’embellit encore !

Assez !

Vous êtes prête ?

- Et toi ? - Je suis prête.

J’en ai assez d’être un objet de dégoût.

Moi aussi je vous hais.

Doucement, mon petit. Doucement.

Je vous hais !

Je vous méprise. Vous ne m’intimidez plus.

Je hais votre poitrine pleine de souffles embaumés.

Votre poitrine d’ivoire ! Vos cuisses d’or !

Vos pieds d’ambre !

Je vous hais !

Oui, ma belle Madame.

Vous croyez pouvoir dérober la beauté du ciel et m’en priver ?

Choisir vos parfums, vos poudres, vos rouges à ongles,

la soie, le velours, la dentelle et m’en priver ?

Et me prendre le laitier ? Avouez le laitier !

Sa jeunesse, sa fraîcheur vous troublent, n’est-ce pas ?

Car Solange vous emmerde !

Claire. Claire.

Claire, Solange, Claire.

Claire vous emmerde !

Claire est là, plus claire que jamais.

Lumineuse !

- Claire ! - Oh, Madame !

Madame se croyait protégée par ses barricades de fleurs,

sauvée par un exceptionnel destin, par le sacrifice.

C’était compter sans la révolte d’une bonne.

La voici qui monte.

Elle va crever et dégonfler votre aventure.

Ce monsieur n’était qu’un triste voleur.

- Je t’interdis ! - M’interdire !

Plaisanterie !

Madame est interdite. Son visage se décompose.

Voici un miroir.

Il a la forme d’une gifle,

mais j’y suis plus belle !

Le danger m’auréole, Claire, et toi tu n’es que ténèbres…

Infernales ! Je sais. Je connais la tirade.

Je lis sur votre visage ce qu’il faut vous répondre.

J’irai jusqu’au bout.

Madame.

Les deux bonnes sont là. Les dévouées servantes !

Nous sommes enveloppées, confondues dans nos exhalaisons,

dans nos fastes, dans notre haine pour vous.

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