প্রথম 200টি লাইন।
Adam Shipley était un homme ordinaire.
Selon Adam Shipley, le monde était un endroit déroutant.
Monsieur Sheldon.
Vous êtes là ?
Aidez-moi, mon Dieu.
Ça va, messieurs ?
Je... cherchais mon chandail... Ah ! Tiens, il est là.
Bah ! Votre dernière douche, elle remonte à quand ?
Tony... on devrait peut-être ouvrir la fenêtre ?
Attendez. Dès que j'ai terminé mon roman, je vous rembourse.
Vous nous avez déjà dit ça. Plusieurs fois, même.
Non, attendez, attendez, attendez.
Y a même pas d'auvent, c'est que du pavé, c'est très dangereux !
C'est con, parce que c'est presque fini. Je vous jure.
- Ça veut dire quoi ? - Oh, presque. C'est à deux doigts !
Je suis toujours long à démarrer, mais là, ça roule, c'est du tout cuit !
On peut voir ?
- Euh, voir ? - Le tout cuit.
Vous faites des haltères, vous deux ! Je voudrais bien avoir votre carrure !
Je suis sûr que je me fie trop au cardio, moi.
Vous écrivez avec ça ?
Ouais. Tout est là-dedans. Plus que deux chapitres. Et c'est bon.
Faites voir.
En général, les auteurs sont réticents à montrer leur manus...
Faites voir votre bouquin, M. Sheldon.
J'ai rien, encore. Je suis bloqué. J'ai... j'ai même pas commencé.
- Vous avez menti. - Euh oui.
- C'est très vilain, ça. - Je sais, oui !
Très, très vilain !
- Qu'est-ce qu'on va faire ? - Eh bien je vais vous le dire.
On va faire une petite expérience scientifique.
- Mon ordinateur ! - Assis !
Je suis curieux de voir comment ça cuit, un truc comme ça.
Oh, je vous en prie ! Comment voulez-vous que je rédige sans mon ordinateur ?
On veut pas que vous rédigiez M. Sheldon. On veut que vous planiez dans les airs.
Non, non... Attendez. Ne me tuez pas.
Attendez, réfléchissons un peu. C'est vrai ! Réfléchissons.
Et si on doublait ce que je vous dois ? On dit cent mille, d'accord ?
Dans trente jours.
D'accord. C'est excellent, trente jours.
C'est génial. Je vous rembourse jusqu'au dernier sou.
- Je t'ai avancé 75000 dollars. Où ils sont ? - Commissions des paris de la Floride.
- Quoi ? - Champ de courses de lévriers.
- Tu as parié et perdu 75000 dollars ! - Enfin, un peu plus.
J'ai dû emprunter à des messieurs cubains, des braves gens de Miami.
Tu sais, Alex, ce qui est indéniable, c'est ton grand talent.
Mais tu le bousilles, mon vieux !
Notre entente, c'était 125000 dollars quand tu me remets ton manuscrit.
C'était on ne peut plus clair.
Et je t'avais accordé un an. T'as fait quoi ?
- J'ai rencontré quelqu'un, ça a mal tourné. - Parfait !
Un amour qui tourne mal, les champs de courses, le monde interlope...
tous les éléments du best-seller.
Ils sont décidés à me zigouiller si j'ai pas l'argent dans trente jours.
Alors mets-toi au boulot.
- Salut. - Je vous dérange !
Est-ce qu'il pourrait y avoir une autre rue Cambridge ?
Je cherche un cabinet de... d'avocats... Polk, Taylor, Fillmore, Pierce
- et Van Buren. - Une chance, c'est nous
Mademoiselle ?
Dinsmore. Emma Dinsmore.
Alex Sheldon. Donnez-vous la peine d'entrer...
Non. Je ne me la donnerai pas. Cet endroit n'est pas un cabinet d'avocats.
- Ni même un endroit agréable à habiter. - Oui... Je sais...
On est dans la tour de la Prudentielle et on a des bureaux magnifiques.
Vraiment ! II y a bibliothèques, salons avec fauteuils de cuir.
Et on est en rénovation, seulement la livraison du marbre est retardée
par les ouvriers qui réclament des prestations de leur régime de santé.
M. Sheldon ! Faut que je m'en aille, maintenant.
Comment s'en aller quand on a un pauvre jeune avocat moribond sur les pieds ?
Comment faire ?
Ce serait manquer de civisme ! Hein, M. Sheldon ?
En tout cas ce ne serait pas une bonne personne qui ferait ça ! Allez ! Venez !
Je vais vous sortir du cadre de porte
et je vais vous laisser... à... la...
réception, d'accord ?
Mieux encore !
Je vais aller vous déposer à la salle de conférence.
Comme ça si vous devez préparer un procès très important,
ce sera plus facile de le faire ici.
- M. Sheldon ? - Oui. Ça va aller.
Ce n'est que la deuxième fois qu'une telle chose m'arrive.
J'étais dans les ligues, un match de championnat.
J'étais au bâton, c'était la fin de la neuvième.
- Je n'avais rien mangé... - Il faut que j'y aille.
Attendez, je vous en prie, j'ai besoin de votre aide.
Ne me touchez point.
- Vous avez dit "ne me touchez point" ? - Je refuse que l'on abuse de moi.
Mlle Dinsmore, loin de moi l'idée...
Alors pourquoi avoir demandé à ma firme de m'envoyer ici ?
Vous ne trompez personne, M. Sheldon. Enfin, si tel est votre vrai nom, en plus.
Je ne suis pas dans les bureaux de Polk, Taylor, Fillmore, Pierce et Van Buren,
qui, soit dit en passant, sont tous d'anciens présidents des États-Unis.
Ce n'est pas un cabinet d'avocats et ces hommes ont tous été présidents.
Alors... à quelle conclusion dois-je en arriver, dites-moi, M. Sheldon,
sinon que vous vous proposiez d'abuser de moi ?
- Nous pourrions me penser menteur. - Oui, nous le pourrions et c'est déjà fait.
Mes excuses. C'est que, voyez-vous, si je suis sincère, j'ai un urgent besoin de vous.
- Je suis un grand romancier... - Et moi j'ai découvert l'énergie nucléaire.
- J'ai des atomes à fragmenter. - Attendez !
Si vous acceptiez de tirer un trait sur tout ça ?
J'ai... juste besoin de vos service de sténo, c'est tout.
Vous avez devant vous un homme aux abois.
Je n'ai pas l'intention de ramasser à la petite cuillère un homme aux abois
parce que je sais que c'est au corps de la sténo que cet homme pense.
Écoutez, je reconnais que ma franchise est remise en question mais,
je vous jure que votre corps n'offre pas le centième du plus petit intérêt, pour moi.
Je ne vous crois pas.
Vous êtes la dernière femme au monde avec qui j'aimerais avoir une relation !
- Enchanté de vous avoir connue. - Qu'est-ce que ça veut dire, s'il vous plaît ?
Ça veut dire que tout en étant conscient que de nombreux hommes aimeraient
avoir dans leur lit une femme aussi merveilleusement directe que vous l'êtes...
quant à moi, mes goûts sont différents. Je préfère les femmes plus...
disons, moins directes.
M. Sheldon Vous n'aviez tout de même pas espéré faire croire à la première venue
que votre taudis était un bureau d'avocats !
Je dois cent mille dollars à des gens et j'ai 30 jours pour m'acquitter de cette dette.
La seule manière de le faire: Terminer mon prochain roman.
Et la seule manière de faire cela c'est de le dicter à une sténotypiste.
- Qu'est-ce qu'il vous reste à faire ? - Tout le roman.
- Vous voulez dicter tout un livre ? - Exactement.
- En trente jours ? - En trente jours.
Je suis payée quinze dollars de l'heure et on me règle chaque jour en fin de journée.
Je serais très heureux de le faire, mais il n'en est pas question.
À la fin de chaque semaine.
À la fin du contrat. Je ne suis payé que sur réception du manuscrit.
Et si vous n'avez pas fini de l'écrire en trente jours ?
J'aurai fini, soyez-en certaine.
Mais si vous n'avez pas fini à temps ? Qu'est-ce qui se passe ?
On me zigouille.
J'ai oublié mon écharpe.
J'ai oublié mon écharpe.
M. Sheldon, j'ai oublié mon écharpe.
L'amour, c'est de toujours avoir à dire qu'on est désolé.
Et ça parle de quoi ?
C'est l'histoire d'un homme qui... a très peur de s'engager
mais qui est tellement amoureux qu'il a encore bien plus peur d'en mourir.
C'est une comédie.
- Et il en meurt ? - Ah, il faut le lire, pour le savoir.
- Qu'est-ce que vous faites ? - Je veux voir s'il meurt.
Non, vous ne pouvez pas commencer par la fin.
- Racontez-la-moi, alors. - Non, il faut lire du début !
Je lis toujours comme ça: Si la fin m'intéresse je sais que j'aimerai le trajet,
mais si je la déteste, j'ai autre chose à faire dans la vie quand même !
Ça y est ! Maintenant, j'ai envie de le lire.
Et votre nouveau roman ?
Ça traite de l'impuissance que génère l'amour
et de la façon dont il vous ronge de l'intérieur. Un peu comme un virus.
- Encore une comédie ! - Ouais.
Vous allez encore vous évanouir si je demande comment ça finit ?
Je ne sais pas du tout comment ça finit.
Comment pouvez-vous l'écrire si vous n'en connaissez pas la fin ?
Les personnages que je connais vont me dicter le déroulement de l'histoire.
Intéressant.
- Vous acceptez ? - Oui.
Génial.
Bon, relisez-moi ce qu'on a jusqu'à présent.
"L'été de son congé sabbatique, Adam Shipley, professeur à Andover..."
Vous pourriez préciser l'année: Par exemple...
"En telle année, Adam Shipley tomba en sabbatique à Andover."
Quatre chiffres et vous auriez une phrase complète.
Ouais, mais assez pauvre, la phrase, il faut le dire.
Alors ça pourrait être...
"Le congé sabbatique d'Adam Shipley s'annonçait sous le signe de la chaleur" ?
Qu'est-ce que c'est que ce bruit ?
- Quel bruit ? - Un truc comme une sonnerie.
Un bruit aigu.
Je dois avoir une tumeur au cerveau, c'est le premier signe annonciateur.
D'accord. Alors on peut aussi raccourcir:
"Adam Shipley prit un congé sabbatique." Point à la ligne.
Non, non, écoutez, il faut que la première phrase donne le ton.
Que le lecteur soit captivé, séduit par le récit.
"Je m'appelle lsmaël." D'accord ?
"C'était la plus belle des époques. La pire des époques."
Ou bien "Au commencement, Dieu créa le ciel et la Terre."
C'est très difficile de commencer ! Tous ces géants qui m'ont précédé !
L'air est embrumé ici, ou quoi ? On dirait une sorte de gaz...
La tumeur commence à se répandre dans le lobe occipital.
- Je dois m'en aller. - Quoi ? II est dix-neuf heures.
Je sais, je n'ai pas vu passer les heures. Elles ont filé.
- Vous revenez demain matin ? - Je ne vois vraiment pas pourquoi.
Pourquoi dites-vous ça ?
C'est très simple. J'ai fait un petit calcul. Jusqu'à présent
vous avez huit mots.
Si on dit qu'une page normale en contient 350, ça va faire six semaines par page.
Une semaine de congé à Noël, deux semaines l'été,
donc pour trois cents pages il faut trente-sept ans.
Ce qui, pour être franche, est plus que ce que je désire consacrer à ce projet.
J'ai l'impression que vous "sous-estimez" l'ampleur de ma tâche.
Je n'écris pas une bédé.
Il y a la psychologie et le symbolisme. Le sous-texte.
Que préférez-vous, M. Sheldon ? Gaz poivré ou matraque électronique ?
"Adam Shipley était déçu par l'amour. L'art deviendrait son unique maîtresse.
Et c'est ainsi qu'à l'été 1924..."
Ça fonctionne. Voilà, ça roule. Le moteur est en route.
"Adam Shipley était déçu par l'amour. L'art, deviendrait son unique maîtresse.
Et c'est ainsi qu'à l'été 1924,
il prit un congé sabbatique de son poste à Andover avec l'intention de rédiger
une œuvre qui le ferait passer à la célébrité.
Pour arrondir son pécule,
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