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20 000 LIEUES SOUS LES MERS DE JULES VERNE
VINGT MILLE LIEUES SOUS LES MERS
CHAPITRE l RUMEURS INQUlÉTANTES !
EN L'AN 1868
LE MONDE MARITIME FUT ALARMÉ PAR DES RUMEURS CONCERNANT
UN MONSTRE EN LIBERTÉ. UNE SÉRIE D'ÉVÉNEMENTS ÉTRANGES
ACCABLERENT CERTAINS VAISSEAUX DES MERS DU SUD ET LES VOYAGES
LE LONG DE CE COULOIR MAUDIT SE LIMITERENT
A QUELQUES NAVIRES HARDIS.
Selon moi, le monstre n'existe pas.
Mais il nous faut des hommes.
Pour être équitables, nous paierons le double, plus une prime,
de San Francisco à Shanghaï, aller-retour, tout compris.
Tous morts, plutôt !
N'allez pas avec lui, les gars.
Vous n'allez pas vous débarrasser du monstre en lui donnant votre prime.
Vous n'arriverez jamais à San Francisco, pour encaisser votre paie.
Cet homme, ici, a navigué sur la Flèche d'Or et peut vous en parler.
Allez viens, Billy.
Raconte-leur ce que tu as vu.
C'était bien le monstre, pour sûr.
Une encablure de long, du bec à la queue.
Il a surgi en beuglant dans la nuit,
son oeil gros comme un phare.
Il a tout enfoncé à tribord.
Tout fracassé à bâbord.
Puis il a attaqué le milieu.
Il nous a détruits et coulés.
Quarante pauvres matelots, noyés.
Le fait est que cette chose détruit les navires.
C'est un miracle si Billy est encore en vie.
- Décris-leur ses dents, Billy. - De la taille d'une grand-voile, juré.
Et son souffle... Oh, une vraie fournaise.
Oh, toi aussi tu as du souffle, petit bavard.
Je peux te poser des questions ? Je suis harponneur de métier.
Les monstres m'intéressent. De toutes sortes.
Ecarte-toi de lui, sale phoque criard !
Je veux sentir son haleine. La vôtre, je la sens d'ici.
Il sue le grog par tous les pores, de quoi soûler tout un équipage,
si on peut avaler ça en plus de ses salades...
Là-bas ! Les voilà !
- Arrêtez ! - Viens, Casey.
Cet endroit n'est pas digne du fils d'un pasteur.
Minnie !
Daisy, viens !
Mettons les voiles !
Que faites-vous, les gars ?
Pas besoin de décharger. Le départ est annulé.
Encore une fois ?
C'est ridicule. C'est ce qu'on va voir !
- Chauffeur, attendez ici. - Oui, monsieur.
Le départ est vraiment annulé ?
Malheureusement, Professeur Aronnax. L'équipage a déserté ce matin.
Nous devons nous rendre à Saïgon. N'y a-t-il pas d'autre bateau ?
Pas un seul. Désolé. Au suivant !
On traverse le monde depuis Paris, et voilà ce qui arrive.
Nous ne pouvons rien faire.
Sauf faire et défaire nos valises. Cela fait un mois que ça dure.
Professeur.
San Francisco aura l'honneur de votre présence un peu plus longtemps.
Je viens du Bulletin. Ces messieurs viennent du Globe et du Post.
Enchanté.
Nous aimerions connaître votre opinion au sujet du monstre.
Mon opinion ? Franchement, elle est plutôt mauvaise.
Mais en fait, messieurs, je n'en sais pas plus que vous.
Oh, Professeur. Un instant.
Oui ?
Professeur, qu'en pense le Musée National de Paris ?
Je ne peux vous répondre.
Votre expédition est censée recueillir des informations sur ce monstre.
On vous a mal renseignés.
Mes raisons pour aller en Orient sont purement scientifiques,
si jamais j'y arrive un jour.
Professeur, un narval géant ne peut-il pas faire 80 pieds de long ?
Demandez aux poissons.
Si nous pouvions aller en profondeur,
nous serions tous étonnés par les créatures qui s'y trouvent.
Une telle créature pourrait détruire un bateau ou le tirer vers le fond ?
C'est possible, si elle est assez grosse.
Ne publiez pas ça. Faites attention, Professeur.
Messieurs, je préparerai un communiqué plus tard.
Vous ne niez donc point que ce monstre puisse exister ?
- Je ne nie rien. - En êtes-vous sûr ?
- Que dessinez-vous ? - Une esquisse du monstre.
Merci, Professeur.
- Au revoir. - Bonne journée, monsieur.
Maintenant, ajoute des ailes.
Regardez ce qu'ils m'ont fait. Je n'ai jamais rien dit de tel.
- Regardez ce dessin. - J'en étais sûr.
"Les monstres des profondeurs furent décrits aujourd'hui
par le Professeur Aronnax du Musée National de Paris."
Ils battent les records, avec ces sottises absurdes.
Absurdes ?
Je trouve les proportions du monstre plutôt correctes.
Vous plaisantez, Professeur.
Je ne dis pas qu'il s'envole avec un bateau dans la gueule.
Mais pour ce qui est de sa taille...
En fin de compte, c'est une notion plutôt intéressante.
Excusez-moi. Professeur Aronnax ?
Plus de reporters. Vous avez fait assez de dégâts.
Le Professeur est très occupé.
Je ne suis pas reporter, je représente le gouvernement des Etats-Unis.
Le gouvernement des Etats-Unis ?
Puis-je entrer ?
- Peut-il entrer ? - Bien entendu, monsieur.
- Je vous en prie, entrez, M. Howard. - Merci.
Je serai bref, Professeur.
J'ai cru comprendre que vous allez en Orient et que vous avez été retardé.
Et si nous pouvions vous y conduire en faisant un petit détour,
une croisière de trois ou quatre mois sur les mers du Sud ?
- Accepteriez-vous ? - Cela m'intéresse, naturellement.
Asseyez-vous.
Merci.
Je ne vois aucune raison pour que vous et votre apprenti
ne puissiez vous considérer les invités du gouvernement des U.S. A...
jusqu'à ce que nous vous menions à Saïgon.
Puis-je demander pourquoi honorer le professeur ainsi ?
Tout l'honneur est pour nous.
En tant qu'océanographe renommé, vous êtes un excellent observateur.
Vos observations influenceront l'opinion publique.
Nous pourrons confirmer ou démentir certaines rumeurs.
J'en étais sûr. C'est au sujet du monstre.
- Est-ce vrai ? - Oui, en effet.
D'après les journaux, vous semblez croire aux rumeurs.
Non. Ses propos furent déformés de façon scandaleuse.
Oui, mes propos ont été déformés.
Cependant, je garde l'esprit ouvert à ce sujet.
Encore mieux. Vos rapports seraient impartiaux.
D'autres nations à part la nôtre montent des expéditions.
J'aimerais que la nôtre ait un avantage sur les autres,
du seul fait que vous acceptiez de vous joindre à nous.
- C'est très aimable à vous. - Nous acceptons.
Parfait.
Professeur, si vous le voulez bien, j'aimerais que vous veniez
rencontrer le Capitaine Farragut.
Il commande le navire de guerre sur lequel vous allez naviguer.
Je dois ajouter qu'il a des idées bien arrêtées
sur les monstres marins.
- Il n'a pas l'esprit ouvert ? - Non, de toute évidence.
Nous mîmes le cap vers le Sud, tout excités.
Chaque homme à bord en vigie, de quart le jour comme la nuit.
Quels que fussent ses sentiments sur la question,
le Capitaine Farragut ne prenait aucun risque.
Le plan consistait à minutieusement découper le Pacifique Sud en carrés,
puis de fouiller chaque carré.
Le premier mois, nous avons tourné en rond,
passant cette étendue au crible.
Il n'y avait aucune trace de notre proie.
Les fausses alarmes étaient courantes,
ce qui ne remontait pas notre moral.
Alerte !
A l'avant !
Pendant des jours et des nuits, nous avons ratissé le Pacifique Sud.
Nous commencions à perdre espoir.
Personne ne fut surpris...
lorsque le Capitaine Farragut, la nuit du 8 décembre 1868,
nous convoqua dans la salle de guerre.
Messieurs, mon devoir par rapport à cette légende est accompli.
Ces cartes en sont la preuve.
Elles offrent un témoignage précis...
de trois mois et demi de croisière...
à la recherche d'un monstre marin.
Après mûre réflexion, je pense qu'un tel monstre n'a jamais existé.
- Vous abandonnez les recherches ? - Je n'ai plus le choix, Professeur.
Au pire, nous pourrons au moins démentir ces rumeurs
et forcer les journaux à retirer leurs exagérations.
Nous n'avons rien prouvé ni d'une manière ni d'une autre, Capitaine.
Je ne peux pas justifier une plus grande perte de temps.
Ma décision est ferme.
Vous pourrez débarquer à Saïgon.
Messieurs.
Courage, Professeur.
Vous oublierez la pêche en voyant les filles de Saïgon.
Ils vous ont promis une prime si vous harponnez ce monstre, M. Land.
En sachant bien que je ne la recevrais pas.
A mon retour, je partirai sur le premier baleinier qui me prendra.
Je ne serai pas riche, mais je ne me curerai pas les dents avec mon harpon.
On est peut-être chanceux. Il aurait pu nous couler.
Vous me faites peur.
Soyez beau perdant. Le poisson qui a filé est toujours le plus gros.
Quel dommage, Professeur.
Je sais que vous rêviez de voir ce monstre empaillé au Musée National.
J'ai une drôle d'histoire à vous conter
Une bonne histoire ou deux
Sur les poissons que j'ai attrapés Et les filles que j'ai aimées
Des nuits comme celle-ci Quand la lune luit
Une bonne histoire, et elle est vraie
Sur mon tatouage, c'est juré
Il y avait Minnie la sirène
Rencontrée à Madagascar
Elle m'embrassait sans peine
Chaque fois que je le demandais
Puis un soir, plus d'amour enflammé
J'en fus vraiment tout secoué
Par une truite elle m'a remplacé
J'ai une drôle d'histoire à vous conter
Une bonne histoire ou deux
Sur les poissons que j'ai attrapés Et les filles que j'ai aimées
Des nuits comme celle-ci Quand la lune luit
Une bonne histoire, et elle est vraie
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