প্রথম 200টি লাইন।
Bon, je commence au début.
C'était la veille de la libération, on pouvait entrer à l'Université.
J'étais admise sans problème en faculté de langues étrangères,
en licence d'Anglais, car j'étais très bonne dans cette matière.
Au lycée, je rêvais d'aller en fac.
J'ai toujours été bonne élève,
et je me disais que si j'allais à la fac,
je mettrais ensuite mon savoir au service de la société.
J'ai donc passé et réussi l'examen d'entrée,
à l'Université de Lanzhou.
Puis, le 26 août 1949, Lanzhou a été libérée.
Lorsque l'Armée de Libération du Peuple est entrée en ville,
on est tous allés fêter les soldats.
Juste après, je suis allée faire le tour de l'Université avec des amis.
L'ALP était déjà sur place,
et distribuait des livres de chants révolutionnaires,
comme Vous êtes notre Phare et Rouge est l'Orient.
On les a appris par cœur en un rien de temps.
On se sentait libres, comme si le soleil brillait à nouveau,
et que tout avait changé.
D'un coup, on avait perdu tout intérêt ou désir d'aller à la fac.
On devait rejoindre la Révolution,
et j'ai laissé tomber mes études.
À l'époque, le Quotidien du Gansu recrutait.
Au lycée, j'écrivais assez bien,
et les journalistes et éditorialistes du Quotidien étaient réputés.
Je me suis dit : Jette-toi à corps perdu dans la Révolution,
et commence à servir le Peuple.
J'ai donc abandonné la fac pour postuler au journal.
Le recrutement était simple.
Ils demandaient seulement un court texte sur nos antécédents.
Bien sûr, à 17 ans, je n'avais pas encore fait grand-chose.
J'ai parlé de ma famille, de mes motivations et de ma foi en la Révolution.
Ils m'ont engagée tout de suite.
Et ma carrière de révolutionnaire a commencé.
Je portais une robe traditionnelle à l'entretien d'embauche,
mais une fois engagée, on m'a donné un uniforme gris,
comme tout le monde.
À l'époque, on travaillait tous en uniforme.
J'étais si fière de porter cet uniforme de vraie révolutionnaire.
En Mai 1957, il y a eu le Salon National Agricole de Pékin.
Tous les journaux étaient là Je représentais l'Agriculteur du Gansu,
et on m'a envoyée à Pékin avec le directeur adjoint du Quotidien.
À l'époque, on n'avait pas souvent l'occasion d'aller à Pékin,
encore moins d'assister à une grande exposition agricole.
Je me trouvais chanceuse d'être choisie.
J'étais la seule du journal à être envoyée. J'avais bien travaillé,
et c'était comme une récompense, un genre d'encouragement.
Le 1er mai, les journaux ont annoncé une nouvelle directive du Comité Central.
C'était le début de la campagne de rectification anti-droitière.
Mais on n'y a pas fait attention, On était tous trop occupés à visiter.
Après tout, c'était mon premier séjour à Pékin et je voulais tout voir...
la Cité Interdite, le Palais d'été, etc.
J'avais aussi retrouvé d'anciens amis d'école de Lanzhou.
Je me souviens de mon étonnement devant des litchis sur les marchés.
À Lanzhou, on n'en trouvait pas, mais à Pékin, il y en avait partout.
À l'époque, les litchis ne coûtaient que quelques centimes la livre !
Juste avant notre départ de Pékin,
le Quotidien du Peuple a publié un important éditorial anti-droitier,
mais je n'ai absolument pas pensé que je pouvais être concernée.
Je n'y ai pas accordé beaucoup d'attention.
Et puis j'ai repris mon travail à Lanzhou.
Mais cet éditorial marquait le début de ce qui allait être la lutte anti-droitière.
À ce moment-là, le Parti recherchait encore le débat.
J'étais tellement naïve, alors.
Je me considérais comme militante,
et comme le Parti voulait des opinions, j'ai rédigé des dazibaos
où je critiquais la minorité de cadres qui étaient dans l'erreur.
Je n'y ai pas plus réfléchi que ça.
Pendant mon voyage à Pékin, mon mari, Wang Jingchao, avait écrit plusieurs articles de fond,
à la demande des Dirigeants du Parti, bien sûr.
À l'époque, le Président Mao demandait au Quotidien du Peuple de publier plus d'articles,
pour changer la ligne directrice du journal.
À l'époque, les Nouvelles Culturelles étaient l'avant-garde,
et le Quotidien du Peuple plutôt à la traîne.
Le Quotidien du Gansu a bien sûr répondu à l'appel des autorités centrales.
Le journal a mobilisé
les plus doués et les plus progressistes parmi ses journalistes,
pour rédiger des articles sur la nouvelle campagne.
Et donc, mon mari a rédigé son premier article,
"Brève Critique de la Bureaucratie".
Au journal, son papier a fait sensation.
C'était à l'époque où le Président Mao avait fait son célèbre discours
sur les contradictions au sein du peuple,
avant de critiquer les excès de la bureaucratie.
"En arts comme en sciences, que 100 écoles de pensée rivalisent,
que 100 fleurs s'épanouissent. N'étouffez pas le peuple avec la bureaucratie."
L'article de mon mari ne faisait que répondre à l'appel du Président Mao.
C'était un article pénétrant, très franc,
une critique éloquente.
Il trouvait que la bureaucratie était entrain d'étouffer le peuple,
que les bureaucrates "avaient l'arrogance de leur poste et s'étaient aliénés le talent".
Il visait juste, et son observation a provoqué bien des remous.
Beaucoup de gens l'ont soutenu.
Après, il a écrit un deuxième article.
Je crois que ça s'appelait...
"Des Cadres par trois fois aliénés".
On avait accusé certains cadres de s'être aliéné le Parti, ses dirigeants et les masses.
Pour lui, ces cadres avaient simplement osé parler trop franchement
Bien sûr cet article ne lui a pas fait que des amis parmi les dirigeants du Parti.
Certains cadres et leurs lèche-bottes ont commencé à se démarquer de Jingchao,
et les masses ont suivi.
À ce stade, les dirigeants du Parti étaient déjà mécontents de mon mari.
Ils ont qualifié ses écrits "d'herbes empoisonnées" mais il l'ignorait encore.
C'est alors qu'il a écrit son troisième article.
Je crois que le titre était
"Du refus de la critique".
Ce troisième article n'a jamais été publié.
À l'époque, Wang Jingchao était l'un des journalistes vedettes du Quotidien du Gansu.
Au départ, les dirigeants avaient une haute opinion de lui et de ses écrits,
il avait fait ses études à l'Université du Nord-Ouest, à Xian.
À la libération de Xian, il avait rejoint une unité révolutionnaire du Gansu,
et il était entré avec eux dans Lanzhou.
En septembre 1949, il avait participé à la création du Quotidien du Gansu,
avec d'autres diplômés de son Université.
Il faisait partie de ce groupe fondateur, c'était l'une de leurs meilleures plumes.
Chaque fois qu'il y avait un entretien important, c'était lui qu'on envoyait.
Mais pour les "anti-droitiers", ces essais étaient des "herbes vénéneuses".
À l'époque je faisais des entretiens à Wushan.
J'ignorais complètement qu'une lutte anti-droitière avait débuté au journal,
ni que j'y étais déjà impliquée.
Mon patron m'a envoyé une lettre me demandant
de rentrer immédiatement et de prendre part à la lutte.
De Wushan, je correspondais régulièrement avec mon mari.
Pendant le mouvement des 100 Fleurs, je me souviens d'une lettre
où je lui demandais si nous n'avions pas des tendances droitières.
À l'époque, on se remettait encore en question et on voulait s'améliorer.
Et là j'ai reçu cette lettre me disant de rentrer pour prendre part à la lutte.
Je n'aurais jamais imaginé à quel point ça allait tout bouleverser.
Je suis rentrée en train à Lanzhou.
Je suis arrivée à la maison vers minuit, mon mari allait se coucher.
J'ai fait ma toilette et je me suis couchée,
et là il m'a tout raconté:
Une petite clique noire anti-gouvernement existait au Quotidien du Gansu,
et on l'accusait d'en être le meneur !
J'étais absolument soufflée.
Qui pouvait nous imaginer contre le Parti ou anti-socialistes,
ou pire, membres d'une petite clique noire ?
On parlait de six ou sept membres.
Depuis 10 jours, on le soumettait jour et nuit à des séances de lutte.
Des séances énormes, impliquant jusqu'à 200 personnes.
À l'époque, on était environ une centaine à la rédaction,
et une centaine de plus dans les autres départements.
Et tous ces gens étaient contre lui à ces séances de lutte, depuis des jours !
Comme s'il était un meneur maléfique.
Qui pouvait le croire capable d'une chose pareille ?
Jamais je n'aurais imaginé que moi aussi je finirai par être traitée de droitière.
Je n'arrivais pas à y croire...
Je n'arrivais pas à croire qu'on le persécutait.
On n'a pas dormi de la nuit.
Il m'a fait le récit complet des séances de lutte.
Le lendemain matin, on est allés travailler comme d'habitude.
Son bureau était au service Culture et le mien aux Nouvelles Agricoles du Gansu.
Je vois encore le tableau du concours de travail socialiste au-dessus de mon bureau,
avec tous les drapeaux rouges gagnés par notre équipe.
À mon retour, mes collègues m'ont passé du travail, mais sans rien me dire.
Et l'après-midi, pendant que je travaillais au deuxième étage,
mon mari passait en séance de lutte au troisième.
Je n'avais pas le droit d'y assister, mais je les entendais hurler contre lui.
Ils voulaient obtenir de lui une confession.
Ils l'accusaient de haïr le Socialisme et le Parti,
et lui disaient qu'il emporterait sa gueule d'entêté dans la tombe.
Quand ils ont hurlé qu'il était un merdeux, il leur a hurlé que les merdeux, c'était eux.
Il n'était bien sûr ni contre le Parti, ni contre le Socialisme.
Mais dans une situation pareille,
on ne pouvait pas en placer une. On ne pouvait même pas se défendre.
Les séances de lutte étaient censées être un dialogue, mais il était à sens unique.
Et ça a continué comme ça pendant une semaine, à peu près.
C'est alors que sont apparus les dazibaos me concernant.
Ils m'appelaient à choisir clairement ma classe et à dénoncer mon mari.
Ça disait : "Pourquoi toi et ton mari, agissez-vous comme un seul homme ?"
On voulait que je choisisse clairement ma classe, mais comment ?
Au fond de moi, je le savais innocent. Comment dénoncer mon propre mari ?
Une semaine plus tard, je passais aussi en séances de lutte.
Il faut que j'aille aux toilettes.
On reprend ?
Une semaine plus tard, les séances de lutte contre moi ont commencé.
J'étais considérée comme une "droitière mineure".
Or je suivais la ligne du Parti depuis le jour où j'avais rejoint la Révolution.
Tout ce que les dirigeants disaient, je le suivais.
J'étais consciencieuse, obéissante et je travaillais dur.
De fait, mes séances de lutte étaient restreintes, 20 personnes au plus,
dont la plupart étaient mes collègues.
Mais j'étais d'ores et déjà cataloguée comme droitière.
Je devais rester debout, les mains le long du corps alors qu'ils étaient tous assis.
Je devais écouter toutes les critiques, toutes les insultes.
C'était très pénible.
Je voulais mourir tellement j'avais honte.
J'avais bien renoncé à étudier, pour la Révolution, non ?
Je ne l'avais pas bien servie, la Révolution ?
De 1949 à 1957, je n'avais reçu que des compliments pour mon travail.
Et on m'accusait d'être contre le Parti ? Debout là je ne pensais qu'à mourir.
Tout à coup j'étais une ennemie de classe.
Quelqu'un qu'on devait critiquer et dénoncer.
Ils m'ont même accusée
d'avoir collaboré aux articles de Jingchao.
J'ai demandé comment j'aurais pu le faire, vu qu'à l'époque j'étais à Pékin.
Mais quelqu'un a dit qu'on avait dû en parler chez nous,
et mettre au point ce qu'on allait dire.
Ils voulaient que je confesse nos secrets, tout ce qu'on se disait chez nous.
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