ആദ്യത്തെ 200 വരികൾ.
UN COIN DE CIEL BLEU
Bonsoir, Rose-Ann. Tu rentres tôt, non ?
Tôt ? J'ai l'impression d'avoir passé une semaine debout,
à nettoyer les saletés d'un tas de gros lards.
Et toi, tu as fait quoi ? Où est mon dîner ?
- Je m'en occupe. - "Je m'en occupe" qui ?
- Je m'en occupe, Rose-Ann. - Voilà qui est mieux.
On ne me respecte même pas sous mon propre toit.
- Qui a sifflé mon gin ? - Je ne sais pas, Rose-Ann.
Il restait une ou deux gorgées dans cette bouteille.
C'est encore ce vieil ivrogne. Quand il rentrera, il va m'entendre.
Mais qu'est-ce qui t'a pris de laisser ça là ?
Et elles ne sont pas enfilées !
Pourquoi aucun collier n'a été fait ?
Réponds-moi ! Ou je te donne une gifle !
Ferme ta grande gueule.
Boucle-la, pour une fois.
Espèce d'ivrogne, tu as encore sifflé mon gin, hein ?
Va te faire voir.
Bon Dieu ! J'ai failli me briser le cou.
- Qu'est-ce que ça fait là ? - Demande-le donc à Lady Selina.
Pas de dîner, pas de collier. Qu'est-ce qui t'arrive ?
Désolée. Je suis sortie, aujourd'hui, et...
Tu es sortie ? Où es-tu allée ?
- Juste au parc. - Au parc ?
Comment as-tu fait pour aller seule au parc ?
M. Faber m'y a emmenée après avoir apporté les perles.
Faber ? Il manque pas d'air !
C'est moi qui l'ai tanné pour qu'il m’emmène.
Comme ça, tu complotes derrière mon dos ?
La prochaine fois que ça te prendra, tu auras intérêt à me le dire !
C'est compris ?
Pardon. Je ne pensais pas que ça t'ennuierait.
Eh bien si. Ça m'ennuie. Compris ?
- Tu sais où sont mes lunettes ? - Non, papé.
Rose-Ann ?
- Rose-Ann ? - Quoi ?
Si je promets de finir mon travail,
je pourrai y retourner demain ?
Tu crois qu'on a que ça à faire, t'emmener au parc ?
Faber ne vient pas demain.
Tu pourrais m'emmener, papé. En allant au travail.
- Non, tu n'iras pas. - Pourquoi ça t'ennuie autant ?
C'est évident, idiote ! Quand feras-tu tes colliers ?
Là-bas. Je travaillerai deux fois plus vite.
Si je ne fais pas le double de travail, je n'irai plus, promis.
C'est ça ! Et quand feras-tu le ménage ?
Je me lèverai plus tôt et me coucherai plus tard.
Le dîner doit être prêt quand je rentre.
Ça te ferait pas de mal de sauter un repas, la grosse !
Tu peux parler, ivrogne.
Il n'y a qu'un seul problème, Selina,
et c'est pas le dîner de la grosse.
- Lequel ? - Personne ne te ramènera.
Si, toi. Je t'attendrai.
Je rentre souvent après la tombée de la nuit.
La nuit n'est pas un problème. Je suis toujours dans le noir.
Voyez-vous ça.
C’est vrai. Tu entends ça, Rose-Ann ?
Avec son visage, je ne me pavanerais pas dehors.
Qu'est-ce qu'il a, mon visage ?
- Si tu voyais, tu comprendrais. - C'est faux !
- Mon visage n'a rien, n'est-ce pas ? - Non. Fais pas attention à elle.
Son visage est affreux !
Maintenant, prépare le dîner. J'ai une soirée chargée.
Et tu vas ramasser ces perles, oui ?
Oublie le parc, Selina. Tu as une vie tranquille, ici.
Tu n'as pas de problèmes. Où est mon sac ?
Prépare le dîner à temps, ce soir.
Quant à toi, essaie de rentrer sobre, pour une fois, face de rat !
Va au diable.
Papé ?
C'est mieux comme ça, papé ? Tu m’emmènes si je porte ça ?
D'accord.
Habille-toi et enlève-moi cet affreux chapeau.
T'accoutre pas comme Rose-Ann !
Tu en es sûr, papé ? Si mon visage est si laid...
Mais non, c'est juste tes yeux. Les gens sont tellement curieux.
Quand tu étais petite, ça n’arrêtait pas :
"Pauvre petite", ils disaient. "Que lui est-il arrivé ?"
Rose-Ann était furieuse.
Allez. Dépêche-toi. J'ai pas toute la journée.
Merci, papé. Merci pour ta gentillesse.
- Je ferai pas ça tous les jours. - Non, quelquefois seulement.
- C'est agréable, le gazon. - Avance.
M. Faber dit que c'est vert. Comment c'est, le vert ?
C'est vert, bêtasse. Comme les arbres.
Je ne m'en souviens plus. Du bleu, si. Le ciel est bleu, n'est-ce pas ?
Oui, parfois. Tu es arrivée.
Assieds-toi près de cet arbre. Et n'en bouge pas !
D'accord.
Merci encore, papé.
Au fait, mon visage, tu es sûr qu'il n'est pas trop laid ?
Papé ?
Qui est-là ?
- Je peux vous aider ? - Qui est-là ?
Un problème ? Je peux vous aider ?
Quelque chose s'est glissé dans mon dos, je n'arrive pas à l'attraper.
Je l'ai. C'est fini.
C'est une...
C'est une chenille.
Et elle semble aussi effrayée que vous.
- Merci, monsieur. - De rien.
Mince alors ! Mes perles !
Désolé.
- On ne pourra jamais les retrouver ! - Laissez.
- C'est très gentil à vous, monsieur. - Voyons, c'est ma faute.
- Que faites-vous avec ces perles ? - Des colliers.
C'est ingénieux. Vous ne vous trompez jamais ?
Me tromper ? Même un idiot ne se tromperait pas.
C'est si facile qu'une aveugle pourrait le faire ?
- Oui, en effet. - Je ne vous avais jamais vue ici.
C'est la deuxième fois que je viens. Vous venez souvent ?
- Presque tous les jours. - Vous êtes sans emploi ?
Non, je travaille la nuit. Mais j'habite près d'ici.
Et voilà. Chaque perle a retrouvé sa place dans la boîte.
- Merci. - J'espère qu'elles sont toutes là.
Au revoir.
Vous devez être très grand.
- Votre voix vient de haut. - Un peu plus de 1,80 m.
C'est beaucoup plus grand que moi ?
Voyons voir. Selon moi, vous devez faire...
environ 1,62 m.
Je dois faire une vingtaine de centimètres de plus.
- Pas d'autres questions ? - D'habitude, je ne parle pas autant.
Je dois m'activer. J'ai promis deux jours de travail pour ce soir.
Mince, tout ça sont mélangés.
On dit : "Tout ça est mélangé."
- Quoi ? - "Est mélangé".
- Vous parlez comme à la radio. - Vraiment ? C'est-à-dire ?
Différemment.
Avec assurance. Plein de trucs est différent à la radio.
- Sont différents à la radio. - Désolée. "Sont différents".
C'est mieux. Quoi, par exemple ?
"Bon Dieu" et "Seigneur" ne sont pas des jurons.
J'adore les émissions religieuses, mais pas Rose-Ann,
et papé se moque de la religion.
- "Papé" ? C'est votre père ? - C'est mon grand-père.
Il vit avec nous.
Mon père est parti après que j’ai eu ça.
Est-ce que c'est laid ?
Non, ce n'est pas laid.
C'est dû à quoi ?
J'avais 5 ans.
Une nuit, alors que j'étais au lit,
Harry, mon père, est rentré sans avoir prévenu.
Il revenait d'une guerre.
Une minute.
Rose-Ann, ma mère, avait invité l'un de ses amis.
Harry était fou de rage. Il a réduit l'ami de Rose-Ann en bouillie.
Rose-Ann a jeté le flacon.
Il était destiné à Harry.
C'est triste.
Je suis navré.
Il faut que j’y aille. Au revoir.
Excusez-moi !
Je sais que mon visage est marqué, mais est-ce qu'il est...
- On m'a dit qu'il était affreux. - Affreux ? Non.
Vous avez deux cicatrices aux yeux, c'est tout.
- Sans blague ? - Sans blague.
Au revoir.
Au revoir.
Coucou.
J'ai un cadeau pour vous.
Un cadeau ? En quel honneur ?
Je ne sais pas.
Tenez.
Prenez.
Ce sont des lunettes. Papé en met pour lire.
- Ce sont des lunettes de soleil. - Des lunettes de soleil ?
- Merci, mais à quoi ça sert ? - Peu importe. Mettez-les.
- C'est bien ce que je pensais. - Quoi ?
- Maintenant, vous êtes très jolie. - Jolie ? Moi ?
On ne voit plus de cicatrices. Votre visage est parfait.
Parfait ?
- Vous me faites marcher ? - Non, je suis sérieux.
Tout ça grâce à ces lunettes ?
- Ça semble magique. - Oui, ça l'est, en quelque sorte.
Vous voulez boire quelque chose ?
Oui.
Je les adore. Vous portez des lunettes ?
Pas en ce moment, mais ça m'arrive souvent. Tenez.
- Beaucoup de gens en portent. - Pourquoi ?
Pour ne pas être éblouis par le soleil. Pour se cacher.
Beaucoup de gens portent des lunettes noires pour se cacher.
- Et vous ? - Parfois.
Comment s'appelle cette formidable boisson ?
"Formidable boisson" ? C’est juste du jus d'ananas. Vous aimez ?
Oui. Merci beaucoup.
De rien. Enfiler des perles, ça doit donner soif.
Mince, les perles ! J'ai pris beaucoup de retard.
Ces perles vous importent beaucoup.
C'est mon travail, et j'ai promis de travailler deux fois plus.
Mais mélangées comme elles sont, maintenant...
Je peux vous aider quelques minutes si vous voulez.
- Vous avez mieux à faire. - Elles sont mélangées par ma faute.
Et je n'ai pas envie d'avoir ça sur la conscience.
Alors...
Bon, faites voir.
Vous êtes vraiment gentil.
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