In einem Jahr mit 13 Monden
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FRANCFORT LE 24 JUILLET 1978
Une année sur sept est une année lunaire.
Ces années-là, les êtres dominés par leurs émotions
souffrent de graves dépressions
comme, dans une moindre mesure,
lors des années à 13 lunes.
Lorsqu'une année lunaire est aussi une année à 13 lunes,
il en résulte souvent d'inévitables catastrophes personnelles.
Le XXe siècle compte six années
déterminées par cette conjonction dangereuse :
l'une d'elles est l'année 1978,
précédée par 1908, 1929, 1943 et 1957.
Après 1978, la prochaine année dangereuse sera 1992.
L'ANNÉE DES TREIZE LUNES
Il dit que c'est pas un client, c'est une femme.
Les hommes bourdonnent, papillons à la lumière...
On ne sait pas que je suis un petit lutin...
Pour la patrie, le soldat...
monte la garde sur la Volga...
Elvira.
Je ne pouvais pas penser que c'était aujourd'hui que tu...
Ça fait six semaines...
C'est-à-dire 42 jours et...
Mille huit heures.
Je sais compter, merci.
C'est tout ce que tu trouves ?
Mais si, je suis bête.
Tu veux dire mon... accoutrement ?
Tu ne peux sûrement pas...
Tu ne peux pas t'expliquer pourquoi je...
Tu es encore saoule.
Saoule ?
Non, mon trésor, pas saoule, au contraire...
Au contraire... je suis seule !
Seule et...
Ne crie pas !
Chaque fois que tu as tort, tu cries.
Je... j'ai tort ?
Et c'est toi qui dis ça ?
Non, mon cher,
je n'ai pas tort.
Tu m'as laissé tomber.
Je deviens folle à traîner ici.
Je fixe le téléphone à en devenir aveugle,
à m'en brûler le cerveau.
C'est mon tort,
d'avoir ce désir.
Ce désir d'être caressée... et embrassée...
Tu voudrais que je te caresse !
Tu as de la bouillie dans la tête.
Te caresser, laisse-moi rire.
Arrête, Christoph.
Regarde-toi dans la glace.
Christoph, je t'en prie,
j'ai peur.
Tu as peur ? Peur de quoi ?
De toi. Tu es tellement...
Tu sais de quoi tu as peur ?
De ta sale gueule foutue.
Regarde-toi dans la glace !
Ouvre les yeux.
Regarde-toi, Elvira, tu m'entends ?
Ou je te défonce les dents.
Tu vois pourquoi je ne rentre plus à la maison ?
Je vois moi, qui t'aime.
C'est pour ça que tu picoles et que tu engraisses,
que ton visage devient répugnant comme une maladie,
une maladie contagieuse.
Je ne voulais pas te blesser.
Tu n'es même pas drôle, seulement repoussante.
De la viande gonflée, répugnante, inutile.
Tu sais pourquoi ?
Parce que tu n'as pas de volonté !
Pas d'initiative, pas d'idées, tu ne t'intéresses à rien.
Ce n'est pas vrai.
J'ai toujours cherché une âme...
Tu n'as pas d'âme.
Tu es une chose, voilà.
Une chose inutile.
Si tu n'existais plus, personne ne le remarquerait.
Hop, parti.
On devrait te piétiner,
t'écraser !
Au secours ! Tu me fais mal.
Ne crie pas, toute la maison va nous entendre !
Je suis chez moi, Christoph,
chez moi, et je fais ce que je veux.
Ah, tu es chez toi !
Comme tu veux.
Ça devait bien arriver, tôt ou tard.
Mieux vaut tôt que tard.
Qu'est-ce qui te prend ? Dis quelque chose !
Rien, je fais mes bagages.
Mais tu viens de rentrer à la maison.
Si c'est la tienne, je ne peux pas y être rentré.
Je me suis trompé d'adresse.
Je disais ça comme ça.
Tu le sais bien.
Tu connais parfaitement mon opinion là-dessus.
Voilà comme tu me remercies de ces années d'efforts
pour me chasser de la tête que tu n'es même pas une vraie femme.
Quand tu disais que tu m'aimais,
tu le savais depuis longtemps.
Personne ne pouvait savoir
que tu allais ressembler de plus en plus à un mec,
boursouflé et mou comme une baleine,
que ton cerveau se viderait toujours plus
et qu'il ne resterait plus
qu'une minable nullité.
Ne parle pas comme ça...
J'ai terriblement peur
que tu détruises tout...
Arrête enfin de te mentir à toi-même.
Il n'y a plus rien à détruire.
Ça fait quelque temps que ça ne va plus.
Que ça me fait presque vomir de te toucher.
Ça me répugne tellement
que je préfère passer le week-end à l'hôtel
plutôt que de venir chez toi.
Tu ne penses pas ce que tu dis !
Dégage ! Laisse-moi faire mes affaires.
Fous-moi la paix.
Va te brosser les dents.
Toi aussi, tu as connu la solitude.
Tu fais comme si...
Et alors ? J'ai dit le contraire ?
Pas du tout !
Mais je ne me suis jamais laissé aller à ce point !
Tu n'en avais pas besoin,
j'étais là pour toi.
Et après ? Je dois te remercier à genoux ?
Tu te conduis comme si j'avais une dette envers toi.
Ce que tu es injuste !
Je n'ai jamais pensé à une dette.
Parce que tu as de la compote dans la tête.
Tu l'as déjà dit.
Parce que c'est vrai.
De la compote
qui te colle aux yeux,
qui est rance et qui pue.
Près de toi, on sent la décomposition.
La décomposition et la mort.
C'est pour ça que tu as besoin d'alcool.
Qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu doives
me blesser à ce point ?
Est-ce parce que je t'ai aidé
à retrouver le respect de toi-même ?
Je me fous de ce que tu penses.
Mais ne t'occupe plus de moi.
Je me casse, tu comprends ?
Et pour toujours.
Dégage. Je me fous de ce que tu deviens.
Christoph, je t'en supplie !
Fais ce que tu veux, mais ne t'en va pas !
Parlons-en encore une fois. Rien qu'une fois.
À vendredi ?
Quoi encore ?
Je t'en prie, ne pars pas.
Je t'écrase.
Deux cafés et deux cognacs.
Alors, que se passe-t-il ?
Je suis allée sur les quais habillée en homme.
Je voulais me payer un garçon,
ce n'est pas si terrible.
Bien sûr que non.
Mais...
Pourquoi les habits d'homme ?
J'ai moins honte quand je paie
habillée en homme.
C'est idiot, c'est une impression, mais c'est comme ça.
Payer en femme, ça me faisait affreusement honte.
Je comprends.
J'y étais déjà allée habillée en homme,
mais ce soir ils m'ont tapé dessus...
Enfin, ça vaut mieux que ce sourire.
Il y a huit jours, j'ai même cherché du travail...
En vêtements d'homme ?
C'est quoi, ton métier ?
J'étais boucher, mais personne ne le sait.
Boucher, aux abattoirs ?
Bien sûr, c'est le métier que j'ai appris.
Mais on s'est moqué de moi.
On a regardé ma poitrine, on m'a chassée comme une pestiférée.
Personne ne sait comme c'est important pour moi
de me remettre à travailler.
Et dans mon propre métier.
Mais tuer des animaux,
c'est contre la vie.
Pas du tout
contre la vie, c'est la vie même.
Le sang qui fume, la mort
qui donne un sens à la vie de la bête.
Et l'odeur, quand ils savent
que la mort arrive et qu'elle est belle.
Autrefois, ça me faisait horreur
comme à toi. Mais je comprends mieux le monde.
Viens, je vais te montrer, tu sentiras,
tu les verras mourir, tu entendras leurs cris,
qui appellent la délivrance.
Je voulais devenir orfèvre,
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