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PAYS SOUS SURVEILLANCE VIDÉO
Essai son?
Un, deux...
BANKSY Artiste graffeur
- C'est bon? - Oui.
Pour commencer, c'est quoi, ce film?
Ce film raconte
ce qui s'est passé quand ce type a voulu faire un documentaire sur moi.
Mais il était bien plus intéressant que moi.
Alors maintenant, le sujet du film, c'est lui!
C'est pas "Autant en emporte le vent",
mais il y a une morale à cette histoire.
C'est qui, ce type?
"Ce type", c'est Thierry Guetta.
Un Français qui vivait à Los Angeles depuis son arrivée aux USA
au début des années 80.
Pére de famille,
Thierry vendait des fringues "vintage"
dans le plus bobo des quartiers commerçants.
Il gagnait bien sa vie en fournissant
les fashion-victims de Los Angeles.
J'achetais d'anciens modèles Adidas,
des trucs introuvables ici: Chaussures, sacs...
Je stockais d'énormes lots de vêtements d'occasion
que j'achetais 50 $ .
Sur les pièces pas coupées comme les autres,
je mettais "vêtement de créateur" et je les vendais 400 $ .
Sur un lot qui coûtait 50 $,
parfois je pouvais me faire 5000 $ .
Thierry avait un truc pas comme les autres. ;
il ne sortait jamais
sans caméra vidéo.
Je ne sais pas comment je suis tombé sur une caméra.
Je sais que dès que je l'ai eue en main,
je ne pouvais plus la lâcher.
Jamais.
C'était plus fort que n'importe quelle drogue.
Une obsession.
Quand je prenais la caméra, je ne pouvais plus rien faire sans filmer.
Je filmais, je filmais, je filmais...
Je me filmais en train de me filmer.
Sans arrêt!
Sans arrêt.
Même chez moi,
quand les enfants grandissaient, j'avais mis des caméras partout.
Ça m'a rendu complètement dingue.
DEBORA Épouse de Thierry
Même en prenant des photos, il faisait...
Il utilisait l'appareil comme une caméra.
Il était assez obsédé.
Il filmait constamment. Des cassettes et des cassettes.
Avec le temps, l'entourage de Thierry avait fini
par ne plus remarquer l'omniprésente caméra.
Mais sa détermination allait sortir du cercle familial.
Je vous filme et puis je m'en vais!
Bon, allez-y!
Salut, ça va?
- Dites bonjour aux Français! - Bonjour, les Français... Ça suffit!
- Filmez les autres! - Je le fais!
- Je fais ça aussi! - Pourquoi pas maintenant?
Je vous croise pas tous les jours.
Thierry semblait se satisfaire de vendre des fringues
et de filmer tout ce qui bouge.
Mais en 1999, en vacances familiales en France,
une découverte allait bouleverser le cours de son existence...
A l'époque, mon cousin faisait des trucs artistiques.
Il concevait des mosa; ïques
en s'inspirant du jeu "Space Invaders".
En reproduisant les personnages.
Et donc, je l'ai filmé.
C'était assez marrant: Il fabriquait de tout petits carreaux
pour les accrocher aux façades.
J'ai trouvé ça très sympa, de prendre quelque chose qu'on aime
comme moyen d'expression, et de l'afficher.
Pour que tout le monde le voie.
Le cousin de Thierry, c'était Space Invader.
Un des protagonistes du phénoméne explosif
que l'on appellerait bientôt
"Street Art".
Cette forme hybride de graffiti émanait d'une nouvelle génération.
Autocollants, pochoirs, affiches et sculptures. ;
pour marquer son territoire, tous les moyens étaient bons.
Depuis l'arrivée d'Internet,
ces oeuvres éphémères étaient vues par des millions de gens.
Le Street Art allait devenir
le mouvement le plus contestataire depuis le punk.
Thierry y avait atterri
en plein épicentre.
Quand je voyais Thierry, il avait sa caméra
et me filmait constamment.
Si on me demandait: "Qu'est-ce qu'il fabrique?",
je répondais: "C'est mon cousin."
Généralement, ils disaient: "Il est cool...
Laissons-le filmer."
Par mon cousin, j'ai rencontré André.
André dessine ce personnage,
un visage souriant qui cligne de l'oeil,
avec de longues jambes qui s'étirent dans tous les sens.
Comme un personnage de B.D.
J'ai rencontré Zeus.
On dirait qu'il peint les ombres portées de divers objets sur le bitume.
J'aimais filmer ces gens, leur travail me plaisait.
Ils y croyaient. Ils aimaient ça sincèrement.
J'ai commencé à voir ça... comme une galerie à ciel ouvert.
J'adorais filmer la nuit dans la rue.
C'était un mélange de peur
et de plaisir de filmer ce que personne ne voit.
Et puis, c'est illégal. On peut se faire arrêter.
On sentait bien qu'il y avait du danger.
Et j'aime ça. J'aime le danger.
Ça me donne du plaisir.
Par hasard, Thierry avait trouvé son sujet.
Celui qui filmait n'importe quoi
avait mis le pied dans un univers clandestin.
Maintenant qu'il l'avait trouvé,
il ne le laisserait pas filer.
Thierry était au bon endroit au bon moment.
L'art conventionnel se conçoit pour durer des centaines d'années.
Une statue en bronze, une huile sur toile...
Le Street Art, lui, est limité dans le temps.
Ça valait le coup de l'enregistrer.
Il nous fallait un type qui sache filmer.
Quelques mois aprés, Invader visitait L.A. Pour la 1re fois.
Thierry pouvait poursuivre sa nouvelle passion en terrain connu.
- C'est interdit! - On prend des photos.
Pas ici, pas ça. C'est des graffitis.
C'est pas des graffitis!
Ce ne sont pas des graffitis.
- Alors enlevez-moi ça! - C'est de l'art.
Vous devez partir!
Mais c'est Space Invader!
- Vous connaissez? - Je connais, mais pas ici!
- Vous connaissez pas Space Invader? - Circulez!
Je filmais Space Invader mais...
j'en voulais plus.
Lui, je l'avais sous la main. Je voulais quelqu'un d'inaccessible.
L'occasion de rencontrer une personnalité
qui entretienne ses frissons
se présenta quand Invader prit rendez-vous
avec un "street artist" de la côte ouest.
Son nom. ; Shepard Fairey.
Un jour, Shepard deviendrait célébre
en prenant le visage d'un sénateur inconnu
pour imposer une icône universelle.
Pourtant, même en 2000,
Shepard était le plus prolifique des street artists.
Son travail sur le pouvoir des images dupliquées
remontait à 1989
et à son image du catcheur des années 70,
"André le géant".
Ce visage associé à un ordre,
"Obéissez",
Shepard en avait placardé
plus d'un million à travers le monde.
Il ne se doutait pas que son univers
allait percuter celui de Thierry.
Shepard Fairey faisait des photocopies chez Kinco, sur Vine Street.
Space Invader avait un empêchement
et ne pouvait pas y être.
Mais moi,
je voulais le voir, ce mec!
Alors j'y suis allé.
- Invader? - Non. Thierry.
J'ai rien demandé, j'ai filmé.
C'est mon truc. Je ne lui ai rien demandé.
J'avais une caméra et j'ai filmé.
Pourquoi tu l'as choisi? Tu sais pas?
- Tu le connaissais? - Sa drôle de tête!
- Tu l'as pas connu? - Non.
- Tu crois qu'il est mort? - Oui.
Tu as trouvé une assistante!
- Amanda, ça va? Thierry. - Enchantée.
Tu fais ça depuis longtemps?
10 ans et demi!
Ça fait beaucoup de papier!
- Et toi, tu fais quoi? - Je filme.
Quand Shepard rencontra enfin Space Invader,
il lui fit faire le tour de la ville.
Thierry filmait
tout ce que faisait Space Invader
et, quand j'étais avec Space Invader, tout ce que je faisais.
Tu devrais poser un Invader sur Hollywood Blvd.
Qu'en penses-tu, Thierry?
Quand Invader repartit en France,
Thierry continua
à coller aux basques de Shepard dés que l'artiste était de sortie.
Si Shepard reste dehors après 2h,
il doit m'appeler!
Je m'en occupe.
Sinon, je le frappe et il dort sur le canapé.
Amanda l'avait toujours trouvé... barge,
mais je disais: "C'est génial d'avoir
toutes ces images."
Personnellement, quelqu'un qui fasse le guet
était toujours utile.
Regarde s'il y a des flics...
Je suis arrivé à l'empêcher d'allumer sa lampe
sur les toits,
sinon je me faisais repérer.
Éteins ça!
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