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UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS
Qui est apparu en premier ?
La poule ou l'œuf ?
L'Univers a-t-il eu un commencement ?
Et si oui, qu'y avait-il avant ?
D'où venait l'Univers ?
Et où va-t-il ?
La chance.
La chance, oui.
Nous avons eu beaucoup de chance.
Je veux dire, ma famille, Stephen, tout le monde.
Chacun son lot, mais ce qui compte, c'est que nous ayons survécu.
Chacun son lot, certes, mais il y a des gens qui disparaissent
pour ne jamais revenir.
Les bombes, c'est très effrayant.
Elles arrivaient dans un sifflement, et ensuite, plus rien.
Quand elles explosaient, et que ce n'était pas pour nous,
on retournait à notre repas, ou autre chose.
Mais une fois, il y en a une qui est tombée près de notre maison.
Elle a fait voler les fenêtres en éclats
et on a trouvé des morceaux de vitres incrustés dans le mur d'en face.
À la naissance de Stephen,
on s'est dit qu'il valait mieux qu'il naisse à Oxford.
Alors que j'étais encore en clinique.
Je suis allée chez Blackwell, à Oxford,
et j'ai acheté
un atlas d'astronomie.
Une de mes belles-sœurs m'a dit :
"Tu as fait un achat très prophétique."
De quelle nature est le temps ?
Aura-t-il jamais une fin ?
D'où vient la différence entre passé et futur ?
Pourquoi se souvient-on du passé et non du futur ?
Je me souviens du jour où nous avons traversé Londres
après la fin du blackout .
Dans les trains, les fenêtres n'étaient plus occultées
par les panneaux de la défense passive.
Nous sommes passés sur des ponts
et toutes les lumières, enfin, celles qui restaient encore,
illuminaient Londres.
De plus, c'était une nuit très étoilée.
Avec toutes ces lumières, c'était si beau.
Je me souviens, on s'allongeait dans l'herbe,
on collait notre œil au télescope
et on regardait les étoiles.
Stephen a toujours eu un sens aigu du merveilleux.
Je voyais déjà qu'il serait fasciné par les étoiles,
et au-delà des étoiles.
Je suis né exactement 300 ans après la mort de Galilée.
J'estime à environ 200 000
le nombre des enfants qui sont nés ce jour-là.
Je ne sais pas si l'un d'eux
s'est ensuite intéressé à l'astronomie.
Mon premier souvenir, c'est Isobel poussant un landau improbable,
une véritable antiquité,
sur North Road,
avec Stephen et Mary dedans,
qui avaient l'air vraiment énormes à cause de leurs grosses têtes
et de leurs joues rouges. Ils ne passaient pas inaperçus.
Toute la famille semblait différente des gens ordinaires.
Je me souviens d'avoir rendu visite aux Hawking.
Plusieurs fois.
C'était une maison où, quand on vous invitait à dîner,
vous aviez le droit d'avoir une conversation avec Stephen...
mais le reste de la famille s'asseyait à table avec un livre et lisait.
Un comportement jugé plutôt mal élevé dans mon milieu,
mais que l'on "passait" aux Hawking parce que tout le monde les savait...
très excentriques,
supérieurement intelligents, d'une grande finesse d'esprit,
mais tout de même... un peu... bizarres.
Mon avis, c'est qu'ils étaient tous comme ça dans la famille Hawking,
excepté Stephen,
qui semblait être la seule personne normale dans la famille.
Stephen disait, je crois,
qu'il connaissait 11 façons de rentrer chez nous.
Moi, je n'en voyais que 10.
Dieu sait quelle était la 11e !
Attenant à la façade nord, il y avait la remise à vélo
avec une porte devant et une porte derrière.
Au-dessus,
il y avait la fenêtre de la chambre, en L.
De là, on pouvait accéder, par le coin, au toit.
Une fois arrivés là, on pouvait accéder au vrai toit.
Je crois qu'une des façons que Stephen avait imaginé pour rentrer,
c'était par le toit.
Je dois dire qu'il était bien meilleur grimpeur que moi.
Mais je ne sais toujours pas vraiment quelle est la 11e façon !
Jusqu'au XXe siècle,
on pensait que l'Univers avait toujours existé,
ou qu'il avait été créé dans un passé très lointain
à peu près tel qu'on peut l'observer aujourd'hui.
Il était rassurant
de penser que même si les hommes vieillissent et meurent,
l'Univers est éternel et immuable.
J'ai complètement cessé de jouer avec Stephen...
quand il est tombé malade, une fois, il devait avoir 12 ans.
Il avait un peu tendance à prendre les jeux trop au sérieux.
Nous avions un Monopoly.
Et...
il n'a rien trouvé de mieux à faire
que d'ajouter un réseau de chemins de fer
pour corser les difficultés.
Puis le Monopoly s'est avéré trop limité.
Finalement, il s'est mis à un jeu épouvantable : le "Dynasty"
qui, d'après ce qu'on m'a dit, je n'y ai jamais joué,
durait éternellement, car il était interminable !
C'était presque devenu sa raison de vivre.
Ça durait des heures. Des heures et des heures.
Je trouvais ce jeu atroce.
Je n'arrivais pas à comprendre que quelqu'un puisse être fasciné par ça.
Mais Stephen a toujours été un 'compliqué'.
Et il m'a semblé évident
que c'est justement la complexité du jeu qui l'attirait.
Quand j'étais au lycée,
j'ai appris que la lumière des galaxies lointaines
virait au rouge.
Ce qui voulait dire qu'elles s'éloignaient de nous
et que l'Univers était en expansion.
Mais je ne le croyais pas.
Un Univers statique me paraissait bien plus naturel.
Il pouvait ainsi avoir existé et continuer d'exister à jamais.
Nous avons discuté de l'existence possible de la génération spontanée.
Et je crois que Stephen a fait une remarque
qui montrait, non seulement qu'il y avait réfléchi, mais aussi...
qu'il avait fait certains calculs
pour déterminer le temps que cela prendrait.
À l'époque, j'en ai parlé à un de mes amis, John McLennahan :
"Je crois que Stephen va devenir quelqu'un d'exceptionnel".
Je ne pense pas avoir employé ces mots.
Mais c'était une remarque dans ce sens.
Et il n'était pas d'accord.
Alors, nous avons fait un pari à ce sujet.
Comme deux gamins, nous avons parié
un paquet de bonbons pour le vainqueur.
À ce propos, il s'avère que j'ai gagné mon pari
et il me semble que je suis fondé à en demander le règlement
qui n'a toujours pas été fait.
Un Univers en expansion
suggérait la possibilité qu'il ait eu un commencement
à un moment donné dans le passé.
Ce moment où l'univers aurait pu prendre naissance
a été appelé le Big Bang.
La première année où il est allé à l'école St. Albans,
il était, je crois, "avant-avant-dernier" de sa classe.
Je lui dit : "Stephen,
"faut-il vraiment que tu sois aussi cancre ?"
Il m'a répondu : "Hé bien,
"il y en a beaucoup qui n'ont pas fait mieux."
Ça lui était complètement égal.
Pourtant, il a toujours été considéré comme quelqu'un de très brillant.
Une année, on lui a même donné le prix d'Histoire Religieuse.
Ce qui n'était pas étonnant, car son père lui avait lu la Bible
dès son plus jeune âge.
Il la connaissait très bien
et il était très versé dans tout ce qui était 'religion'
bien que je ne pense pas qu'il soit très pratiquant à l'heure actuelle.
Tout le monde, chez nous, discutait théologie.
C'était un sujet bateau et sans risque.
Pas besoin de partir de faits concrets
ou d'éléments troublants.
Quand vous commencez à discuter,
enfin, à ouvrir ce genre de débats, vous pouvez débattre de tout...
y compris...
de théologie, de l'existence ou de la non-existence de Dieu.
Au bout d'un moment, quelqu'un s'ennuie,
ou Journey To Space commence à la télé, un truc comme ça...
et la discussion s'arrête.
Si l'Univers est immuable,
on peut imaginer que Dieu en ait été le créateur
à littéralement n'importe quel moment dans le passé.
Mais si l'Univers est en expansion,
il se peut que des lois physiques
soient à l'origine de ce commencement.
Un Univers en expansion n'exclut pas un Créateur...
mais il limite dans le temps le moment où il aurait fait ce travail.
Quand toute sa famille est partie en Inde,
on s'est organisés pour que Stephen vienne vivre un an chez nous.
Un jour, il a décidé qu'il serait sympathique
de faire une soirée "danses écossaises".
Je dois dire que notre maison, bien que modeste,
n'en était pas moins spacieuse et disposait d'un grand hall.
Nous avons donc acheté
quelques disques et...
un manuel pour apprendre ces danses.
Stephen a tout pris en main.
Il a insisté pour qu'on soit en costumes et robes du soir.
Il s'est transformé en maître de cérémonie.
Stephen a pris la chose très au sérieux.
À l'époque, il adorait danser.
Il y avait 4 physiciens dans ma promotion.
Gordon Berry,
Richard Bryath,
Stephen
et moi.
Mon premier souvenir de Stephen,
c'est un soir où Gordon et moi sommes allés dans sa chambre, après le dîner,
dans l'espoir de le trouver.
Et Stephen était là
avec un pack de bières.
Il éclusait consciencieusement.
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