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LONDRES 29 JUIN 1613.
LA VIE DU ROI HENRI LE HUITIÈME DE SHAKESPEARE
SE JOUAIT SUR LES PLANCHES DU GLOBE.
ELLE FUT ANNONCÉE
LORS DE L'ACTE I, SCÈNE 4,
UN CANON DE THÉÂTRE PROVOQUA UN INCENDIE.
LE GLOBE FUT ENTIÈREMENT RÉDUIT EN CENDRES.
WILLIAM SHAKESPEARE N'ÉCRIVIT PLUS JAMAIS DE PIÈCE.
Votre cheval.
De la bière, petit.
Il parait qu'un théâtre a brûlé.
Lequel ?
Le mien.
Vous êtes Shakespeare. Le poète.
- Celui qui raconte des histoires. - Jadis.
J'avais bien une histoire, jamais achevée hélas.
Vous voulez bien la finir ?
J'ai renoncé à tout récit. Je ne saurais conclure le tien.
Mais si.
Bonne nuit, mon époux.
Vingt ans, Will.
On te voit de moins en moins.
Tu es comme un invité.
Et à l'invité, le meilleur lit.
Repose-toi.
Je l'ai toujours imaginé mourant à Londres, là où il vivait.
Qu'importe tout cela. Qui héritera ?
Moi. Et après moi, notre fille Elizabeth.
Pas si ta sœur lui donne un petit-fils.
Ou bien nous.
J'envisageais de créer un jardin.
Nous en avons un.
Je ne veux ni fleurs ni potager.
Un jardin pour Hamnet.
Il est au paradis, et n'a nul besoin de jardin.
Moi, si.
Ça vous changera du théâtre et de Londres.
A certains égards, Maria, ce serait très semblable.
Je vois mal comment.
Eh bien...
Aujourd'hui, nous mesurons la scène.
Un jardin, c'est pas une pièce.
Non. Mais la pièce, le jardin,
le pain que vous cuisez matin,
tous naissent d'une idée.
D'une pulsion.
Celle de créer la beauté ou l'utile.
Le pain, ça vient du levain.
Bien dit. Les ingrédients. On se comprend.
Buissons et branchages, levain, farine, vers ou acteurs,
tous attendent un rêve, qui doit advenir.
Il devra surmonter toute adversité.
Orages, vermines,
four trop froid, levain acide,
ou dans mon cas, les travailleurs
tel Dick Burbage, acteur génial et fou, se mêleront de tout
et réclameront plus pour moins cher,
plus de texte dans un drame moins long.
Il faut survivre à tout,
sans jamais perdre de vue le rêve initial.
Et quand ça marche, c'est agréable ?
Le pain sorti du four embaume-t-il ?
Que fais-tu ici ?
Voici ce sur quoi il ne faut pas uriner.
N'urine pas là-dessus. Ni là-dessus.
Mon époux !
Merci.
Tirer les racines est épuisant.
C'est évident.
J'ai déraciné toute une forêt
pour la porter jusqu'à Dunsinane.
C'est différent, dans la vie.
Il était si prometteur, Anne.
Tu l'as à peine connu.
Je l'ai connu par ses poèmes.
- "Poèmes". - Oui, ses poèmes.
Des vers d'enfant, pleins d'esprit et de malice.
Il n'écrira plus.
Non.
Moi non plus.
C'est toi que tu pleures et non Hamnet.
Je pleure mon fils.
Aujourd'hui.
Aujourd'hui, tu le pleures.
À sa mort, tu écrivais Les joyeuses commères de Windsor.
C'est vrai.
Elle s'y fera.
Elle réapprendra à être une épouse.
Mon mari pense que tu es venu mourir.
Tiens donc ?
J'ai acheté une pension.
Si je meurs, je suis ruiné.
Pourquoi es-tu rentré, alors ?
Tu n'as plus d'histoires ?
Susanna, j'ai tant vécu dans ces fictions
que j'en ai oublié la réalité.
Ce qui est vrai.
Judith dit "rien n'est vrai."
Une vieille fille de 28 ans.
Ça, c'est vrai.
Je serai indigente, à la mort de Père.
Non.
J'aurai un tiers de sa fortune, tant que je vis.
Tant que tu vis.
Tu es plus vieille que lui.
Susanna veillera sur toi.
Elle obéira à son mari.
Je n'aurai rien.
Je ne mérite rien.
Judith.
Il faut te pardonner,
sinon Dieu ne le pourra pas.
Non.
J'ai accouru au bord de cette mare,
quand on m'a chassé de l'école.
Je sais.
Le fils de l'édile est instruit gratuitement mais le fils du voleur...
Ma vie était finie.
Mais j'aimais cet endroit.
Vous l'adoriez aussi.
Oui.
On venait ici chaque jour.
- Mais Hamnet n'est jamais allé à l'eau. - Non.
Il était moins hardi que Judith.
Et même, que moi.
Son esprit était hardi.
Il m'a mené ici, un jour,
pour me montrer ses écrits.
Je lui ai dit
que j'étais le plus fier des pères.
Je le suis encore.
Tiens, ma douce.
- Ton père songe à son legs. - Toi aussi.
Tu le devrais autant.
Je suis ton mari
et nos soucis sont communs.
C'est bien.
Encore un peu.
Merci.
On est dimanche !
Dimanche ?
On n'est pas à Londres.
Si on rate la messe, c'est l'amende.
Bonjour.
Ravi de vous voir.
Shakespeare.
Vous occupez encore le banc familial.
Je prie pour que vous le gardiez,
contrairement à votre père.
Je ne suis pas mon père, Sir Thomas.
Quelle joie de vous voir creuser.
Enfin, vous cessez d'écrire ces drames qui éloignent de Dieu.
Le chant de l'oiseau vous éloigne-t-il de Dieu ?
Non.
Il prouve Dieu.
Pour certains, peut-être
étais-je l'oiseau.
J'ai besoin d'aide. Mais je rechigne à vous interrompre.
M'appellerez-vous, quand vous aurez fini ?
- Oui, John. - Merci.
Susanna va bien ?
- Oui, merci. - Et Elizabeth ?
- De même. Merci. - Bien.
- Tant mieux. - Oui.
Oui.
Merci, John.
Bonne journée, Mme Hall.
Dites à votre sœur que j'ai reçu un vin
dont elle aura une bouteille
en échange d'un sourire.
Je lui dirai.
- Bonjour, Lena. - Mme Hall.
Un paquet pour vous.
Pardon.
Du mercure ?
Mon époux est médecin.
Elle a dit que c'était pour vous.
Bonjour, Kate.
- Bonjour, M. Smith. - Mme Hall.
Du tissu.
Noir, pour une robe d'été.
Du noir en été ?
Ce bleu, peut-être ?
Mon mari aime la simplicité.
Si je l'écoutais, ma boutique serait bien morne.
Tous en deuil, sans mort.
Notre Sauveur ne portait qu'un linge et était pourtant divin.
Comme toi, dans toute étoffe.
M. Smith.
Je suis mariée.
Et malheureuse.
Ce n'est...
Je préviens mon mari.
Réellement ?
Il sait.
Susanna.
Le chien du voisin s'intéresse à mon jardin.
John Hall veut de l'aide pour chasser le vicaire.
Il me connait mal.
- Il vous croit amis. - Je suis bon acteur.
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