Roberto Saviano - Uno scrittore sotto scorta
ആദ്യത്തെ 200 വരികൾ.
Gomorra a été publié en 2006 en Italie. Il regorge de révélations sur la Camorra.
Il a été traduit dans le monde entier, s'est vendu à 10 millions d'exemplaires
et est devenu un film et une série à succès.
Quelques mois après sa sortie, et après des menaces de la Camorra,
Roberto Saviano, l'auteur, est placé sous protection policière.
Saviano vit toujours sous escorte.
Vous voyez cette glace ?
Crème, chocolat et vanille.
Bon sang, pourquoi à Roma ne mettent-ils pas de sucre dans la chantilly ?
Je n'aime pas aller chez un glacier
et trouver des parfums comme...
Caroube ou piment... Pour quoi faire ?
Pourquoi de tels parfums ?
Vous voyez cet homme ?
C'est Roberto Saviano, il est journaliste.
La Camorra voudrait le tuer car en 2006,
à 26 ans, il a écrit le livre Gomorra
sur l'influence des mafieux de la Camorra,
d'un point de vue militaire et financier.
Il s'est vendu à 4 millions d'exemplaires en Italie.
Mais ce qui a mis les mafieux en colère,
c'est ce qui s'est passé sept mois après la sortie.
Lors d'une manifestation à Casal di Principe, Roberto, encore inconnu,
a lancé un appel aux patrons locaux.
Francesco Schiavone, les Zagaria, Antonio Iovine, disparaissez.
Vous n'avez rien à faire ici. Que venez-vous y faire ?
Évinçons-les. Vous n'êtes personne.
Depuis, il vit sous la protection constante
des carabiniers.
Voici les conséquences pratiques de cette vie sous surveillance.
Il ne peut pas vivre au jour le jour.
Tout déplacement doit être prévu deux jours à l'avance
pour organiser un transfert sûr.
Si le restaurant où il veut aller
n'a pas certains critères de sécurité, c'est non.
Défense de se baigner, car il doit être surveillé, même dans l'eau.
Pas d'emploi du temps prédéfini non plus.
Le cours de Pilates du mardi à 18 h, c'est non.
Défense de conduire,
de monter à vélo ou à moto. Il ne peut aller au cinéma que si c'est vide.
Il doit éviter de trop voir quelqu'un sous peine d'en faire une cible
ou de donner des indices sur lui.
Pour aller à l'étranger, il doit demander un permis au pays
entre une semaine et un mois avant son départ.
Vu son statut, il ne sait jamais s'il aura le permis.
Beaucoup l'adorent, mais beaucoup le détestent.
On l'accuse d'avoir tout inventé, tout copié,
pour jouer la victime et être protégé.
On dit qu'il croit être le seul à parler de la Camorra,
et qu'il s'est enrichi avec ses livres.
J'ai décidé de le rencontrer.
Salut !
Pour des raisons de sécurité, je ne peux vous montrer
l'endroit de notre rencontre.
Soyez patients.
C'est un endroit où je vais souvent pour...
C'est toujours fermé. Mince !
Ouvrons, personne ne nous voit.
Tu n'ouvres pas ?
Ils préfèrent que j'évite.
- J'ai remarqué un truc. - Quoi ?
Tu es né en 1979.
Quand tout a commencé...
En 2000...
En 2006.
J'allais dire 2008. Oui, 2006. J'avais 26 ans.
Je vis comme ça depuis.
J'ignore comment j'ai réussi à ne pas devenir fou.
À 26 ans, je faisais le con à Londres.
Quand tu avais 26 ans,
- tu aurais été plongeur à Londres ? - Bien sûr.
J'ai fait beaucoup de boulots. À l'époque,
je donnais des cours à des jeunes défavorisés.
J'étais le roi du cours particulier.
- Des cours d'italien ? - De tout.
Même de maths.
- Tu étais journaliste. - Pigiste.
Tu es passé de pigiste à journaliste...
Oui. C'était très bizarre.
Je vivais à Piazza Sant'Anna di Palazzo.
C'est un square dans le Quartiers Espagnols.
Je n'y remets jamais les pieds. On entrait dans un square,
il était couvert d'ordures,
je vivais au deuxième étage d'un immeuble.
Ma coloc était une fille, une super costumière.
- Tu as de ses nouvelles ? - On s'écrit de temps en temps.
Daniela. J'ai de bons souvenirs. J'ai écrit Gomorra là-bas.
- Ton livre l'intéressait ? - Oui, on en parlait.
J'arrivais à en parler aux gens autour d'un repas.
Beaucoup se méfiaient.
Surtout ceux qui venaient d'autres régions d'Italie.
Ils ne savaient rien de tout ça. Il faut savoir que rien
de ce que j'ai raconté n'était secret. Ça paraît fou, mais c'est vrai.
Les plus gros secrets étaient les alliances, les investissements...
Mais quant aux chefs,
aux méthodes, c'était connu !
Parmi tes ennemis, c'est, je crois,
ce qui les a énervés, car nombre de choses se savaient déjà.
Bien sûr, sans aucun doute. Cela fait dix ans que je subis ça.
Ça me fait toujours rire. C'est comme dire :
"Vous parlez de la Deuxième Guerre mondiale ?
Des milliers de gens en ont déjà parlé.
Tout est sur Wikipédia."
Robert m'a expliqué comment il a commencé à écrire sur la Camorra.
Gamin, j'envoyais des lettres aux écrivains.
- Ah ? - Oui.
- Que disais-tu ? - "J'adore votre livre..."
En tant que fan.
Mais je voulais aussi être critique.
Après le bac, j'ai écrit ma 1re lettre à Goffredo Fofi.
J'y ai joint une nouvelle atroce.
Je l'ai envoyée à Goffredo Fofi qui m'a répondu.
"Cher Roberto, j'ai lu ta nouvelle.
C'est vraiment de la merde." Il a dit ça.
Ça t'a blessé ?
Mais le reste de sa lettre a changé ma vie.
"J'aime ton style. Je sais d'où tu viens.
Ouvre la fenêtre. Au lieu d'un roman, dis-moi ce que tu vois."
Alors j'ai écrit d'autres choses et il les rejetait sans même me répondre.
- Tu as continué à lui écrire ? - Oui.
Comme un psychopathe.
Mais je lui ai parlé de Gomorra.
Je lui ai envoyé des passages et il m'a invité au restaurant.
Une amitié était née,
mais ma célébrité a tout gâché.
C'est-à-dire ?
Quand on devient célèbre, c'est dur de...
Je trouve difficile de garder des liens.
- En général ? - Oui.
Même avec ceux que j'aimais vraiment.
On se méfie de tout et de tout le monde, c'est encore le cas aujourd'hui.
Et d'autre part, les gens ont peur de devenir une cible.
C'est pas pour ça qu'ils vont vous tuer non plus. Ça c'est rien.
On est toujours mis sur la touche.
Par exemple, quand je cherchais une maison,
on me disait : "N'emménagez pas ici, s'il vous plaît.
On a peur." C'était faux.
On ne voulait pas de moi car la police m'accompagne en permanence,
les flics auraient pu découvrir des trucs.
La fausse société qui siégeait ici...
L'absence d'extincteurs, tout ça.
Tu es méfiant, tu l'étais déjà avant ?
Je n'ai jamais été très enjoué.
Peut-être que même enfant, j'étais rasoir.
Ma mère, me voyant toujours plongé dans les livres,
m'a dit un jour : "Si on t'achète une moto, tu sortiras ?"
- Sérieux ? - Juré.
Mais je voulais de l'aventure.
Être infiltré, me vautrer dans la fange,
passer du temps à Castel Volturno, à la Domiziana.
On avait tout : des prostituées, des dealers...
Le simple fait d'observer me donnait de quoi faire.
Quand Gomorra est sorti, combien de...
Je rêvais de vendre 10 000 exemplaires.
Vraiment. Et d'écrire d'autres livres.
J'y ai renoncé. J'avais une idée sur mon séjour avec des routiers.
J'avais appelé mon frère...
Je devrais pas dire ça.
Le simple fait d'évoquer qu'il a un frère
peut être dangereux pour Roberto.
Si tu n'es pas sûr, ne dis rien.
Oui, j'ai appelé...
Non, je vais le dire. Mon frère. Sans entrer dans les détails.
J'ai appelé mon frère que j'adore,
et lui ai dit qu'on pouvait acheter une moto
car j'avais vendu presque 100 000 exemplaires de Gomorra.
Mon frère allait l'acheter, mais j'ai commencé à me faire escorter,
20 jours après mon coup de fil.
- Tu aimes les motos ? - Oui.
Je crois que quand on...
J'allais dire "se perd".
Ou "se libère". Je ne sais pas comment le dire.
Mais d'ailleurs, si un jour
je n'ai plus d'escorte, j'achète une moto direct.
Je ne sais plus si c'est toi qui m'as parlé de glace...
Je rêve d'en manger une dehors.
On m'a déconseillé de le faire.
Le chef de ma protection avait dit : "Si on nous prend en photo
pendant qu'on mange une glace, que diront les gens ?"
"Saviano escorté pour manger une glace."
"Payé pour manger une glace."
Alors, au fur et à mesure,
pour montrer les difficultés, les soucis...
J'ai commencé à renoncer à ce que je pouvais faire sous escorte.
Je n'oublierai jamais ce qu'une dame m'a dit un jour à l'aéroport :
"Ici ?
Que faites-vous à l'aéroport ?" Je suis resté bête.
Elle a dit : "Je prie pour vous, mais vous pouvez vous déplacer."
J'ai compris que certaines personnes
ont commencé à m'apprécier car je devais mourir.
C'est pour ça
que ces dernières années, je me sens mal, parce que je suis en vie.
Le seul à qui j'ai pu parler est Salman Rushdie.
- Il n'est plus protégé. - Non, il est libre.
Il a pu se libérer via une stratégie
qui lui a valu des moqueries constantes.
"Un homme menacé qui fait la fête."
Il a tout refusé et a dit : "J'y vais."
Je vais regagner ma liberté.
Un courage qui fait bouger les choses. Je n'ai pas encore eu le courage de le faire.
No comments yet. Be the first to leave one.