The first 200 lines.
Tu n'as pas changé. Assieds-toi.
Comment va ta sur ?
J'ai trois surs.
Celle avec les gros nichons, que je voulais baiser.
Tu as bonne réputation, Latif. Il est écrit ici que tu tires bien.
Tu pourrais devenir officier. Et déjà lieutenant.
Tiens. Sers-toi.
Un jus de fruit ?
J'irai droit au but, Latif.
J'ai un boulot pour toi.
Un boulot ?
Ici, à Bagdad, comme de vieux amis.
On était amis, non ?
Juste camarades.
Tu n'as pas fait le portrait de mon père ?
Je te l'ai donné.
J'ai dû lui dire que je l'avais peint.
Tu sais qui c'est ?
- Bien sûr. - Non, ce n'est pas lui.
Il s'appelle Faoaz Al-Emari,
pas Saddam.
Je le vois partout.
Dans la presse, à la télévision.
Je n'arrive pas à savoir qui est qui.
C'est assez courant, Latif.
Stalin avait des sosies. Le schah aussi.
On est en guerre. Mon père ne peut pas être partout.
C'est souvent inutile, mais le peuple veut le voir.
Il y a aussi le risque qu'un taré de chiite lui tire dessus.
Regarde-toi, Latif.
Regarde-toi donc. Et regarde-moi.
De vrais jumeaux.
Tu es plus grand.
De combien ? De ça ?
Tu ressembles à Uday Saddam Hussein.
Ils disaient ça à l'école.
Je te veux, Latif.
Je veux que tu sois mon fiday.
Je veux que tu sois mon frère.
Ne dis rien.
Prends dix minutes pour y réfléchir.
Et si je refuse ?
Dix minutes.
- Il fait dans son froc. - Son grand-père était kurde.
C'est dommage,
mais sa famille vient de Bagdad.
Son père a bien réussi.
Il vend de l'électroménager.
Il n'a jamais critiqué le parti.
On n'a pas trouvé mieux que Latif.
Et on a cherché.
Il me le faut.
Je te donnerai ce que tu veux.
Tous mes biens seront à toi.
Je suis le fils de mon père.
Je donnerais ma vie pour l'Irak.
Mais après la guerre, je bosserai avec lui.
Je suis son fils aîné.
Mes frères et surs comptent sur moi.
Attends demain pour décider.
Tu me demandes de m'anéantir moi-même.
Tu as réfléchi ?
Soyons clairs, Latif.
Uday t'a choisi. Tu lui appartiens.
Tu as cinq minutes pour y réfléchir
ou bien une voiture s'arrêtera chez toi à Al-Adhamiyah,
et toute ta famille,
ton père, ta mère, tes frères et surs,
seront jetés dans la prison d'Abu Ghraib.
Si Dieu le veut, ils mourront vite.
J'ai déjà trop parlé. Il te reste deux minutes.
Tu auras un cuisinier et quatre bonnes.
Ces beautés t'offriront ce que tu veux.
Des fraises en hiver, des figues en juillet.
Il suffit de demander.
Mais si tu les touches sans permission, tu ne marcheras plus jamais.
Voici les appartements d'Uday.
Utilise-les, puisque tu es son frère.
Canapés en cuir, marbre.
Créés par Gianfranco Ginelli.
Chaussures et costumes faits main.
Brioni, Versace, Armani, bien sûr.
Cravates en soie, montres. Breitling, Cartier, Rolex.
Pyjamas en soie.
Ils sont superbes.
Le pauvre, il ne sait jamais quoi mettre.
Ça dépend de sa voiture.
Franchement, ce garçon m'épuise.
Va te rafraîchir.
Pas d'appels.
Appels entrants, oui, mais sortants, non.
Je m'appelle Munem Hammed Al-Tikriti.
On va se voir souvent, toi et moi.
J'écris chaque semaine à ma mère.
Elle va penser que je suis mort en Iran.
Inch'Allah.
Inch'Allah ?
Ma famille va me croire mort.
Ils penseront que tu es mort en martyr.
C'est difficile, je sais, mais c'est le souhait d'Uday.
C'est tout.
Elle va faire tous les hôpitaux de Bagdad.
En faisant ta prière, ce soir,
quand tu éteins et ferme les yeux,
tu dois te dire à toi-même :
Latif Yahia est mort.
Il est mort en Iran. Que Dieu ait pitié de lui.
Maintenant, je suis Uday Saddam Hussein.
Bonjour.
Déshabillez-vous, s'il vous plaît.
- Comment était Leipzig ? - Bien, mais le voyage fut affreux.
Ma Trabant est tombée en panne.
Tu connais le coin ?
Oui, j'y suis déjà allé.
Toussez.
Encore.
Encore une fois.
69 kilos. 1 mètre 78.
Uday fait trois centimètres de plus.
On mettra des talonnettes.
On l'a déjà fait.
Et pour Honecker, tu crois que ça va aller ?
Il faut encore six mois.
Regarde. Il est parfait.
Uday, je m'ennuie.
Tais-toi.
Comment peux-tu te regarder ?
- Il est superbe. - Il ne te ressemble même pas.
Sa bite est trop grosse.
Comment ça, sa bite est trop grosse ?
La biographie d'Uday. Apprends-la.
Allez, raconte.
Visage, cheveux, nez, corps : plus de 90 %.
Tes yeux sont plus grands de 5 mm.
Et ses dents ? Qu'en est-il ?
Comme deux gouttes d'eau.
J'essayais les dents.
Souris. Allez, souris. Non, non. Comme ça.
Les cheveux en avant. Allez.
Tu aimes la Rolex ?
Garde-la.
Le bleu te va bien.
Oui, ça te va très bien.
Grouille-toi, Latif.
Trop de glace.
- Le bleu est ta couleur. - La ferme.
J'aime ton style. Tu te bats comme moi.
Il se bat comme moi.
J'ai parlé au Dr Linz.
D'après lui, ta bite est trop grosse.
Il faut la réduire chirurgicalement.
Quoi ?
Il en coupera un bout.
- Quoi ? - Pas beaucoup,
juste un peu.
Pas beaucoup ?
Ma bite est connue à Bagdad. Et les femmes parlent.
Je me fous de ta gueule, idiot.
Voici Said Kammuneh,
membre du Comité olympique irakien.
Il a un truc à te montrer.
Ça vient de la collection privée d'Uday Saddam Hussein.
Ce type était policier.
On était dans la même équipe de foot.
Très bon pied gauche et bonnes têtes.
Je l'ai filmé moi-même. Attends.
Beau boulot, hein ?
On a appris ça des Allemands de l'Est et des Russes.
Ça, c'est Rakti, un lutteur. Il a gagné le bronze à Moscou.
Le président l'appelle l'Épée de la République.
Tu connais la station d'essence rue Haïfa ?
Un cadeau du président.
Ce gros lard gagne 20.000 par mois.
C'est pas mal.
Bon...
Je te le laisse.
Tu en as assez vu ?
Assez ? Si j'en ai assez vu ?
Quand Saddam Hussein est devenu président,
j'étais en culottes courtes.
On a couru dans les rues en criant "Saddam Hussein",
tout en tirant en l'air.
Même mon père. Même mon père.
- Ce genre de trucs... - Said n'a rien dit sur ces gens ?
Criminels, déserteurs.
Pornographes, meurtriers,
putschistes, ennemis de la République.
Saddam Hussein a bâti ce pays.
Écoles, routes, hôpitaux, mosquées.
Il a tout donné au peuple irakien.
Il ne veut qu'une chose en échange.
Ne menace jamais sa famille.
Si tu le fais, tu souffriras.
Tes proches souffriront.
Comporte-toi bien, travaille dur
et tu feras partie de la famille.
Un jour, tout ça finira. Inch'Allah.
Inch'Allah ?
Seul Dieu sait quand.
Munem désapprouve.
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