The first 200 lines.
Il y a longtemps...
une jeune femme s 'en fut dans le monde...
comme ses frères et soeurs.
Elle fit la guerre...
eut des enfants...
elle souffrit...
et aima beaucoup.
J'étais le sixième enfant.
Phung Thi Le Ly.
Je vivais dans le plus beau village du monde.
ENTRE CIEL ET TERRE
Mon premier souvenir est le travail aux champs avec ma mère.
Elle travaillait toujours.
Chaque grain de riz, symbole d'une vie sans gaspillage.
En travaillant, elle m'apprenait tout de la vie.
D'où suis-je venue ? D'où viennent les bébés ?
De mon nombril.
Dieu fait les bébés et les met dans ton ventre.
Tu le sauras bien à l'avance.
Le riz devait être semé et repiqué plusieurs fois.
Nos rizières étaient près du cimetière...
car les esprits, croyait-on, passaient du sol dans le riz.
Chaque génération, en mangeant...
communiait avec l'esprit des ancêtres.
Un jour d'été...
en 1 953, les Français sont venus.
Ils ont détruit le village. L 'année suivante, nous avons eu faim.
Je n 'oublierai jamais les yeux de mon père...
quand notre maison brûla.
Mais, comme depuis tant de siècles dans notre village...
nous avons rebâti nos vies.
D'où viennent les bébés ?
Puis, en 1 963...
le paysage fut bouleversé à jamais.
Les premiers Viêt-cong vinrent à la saison des pluies.
Certains s 'étaient battus contre les Français.
Beaucoup venaient du Nord.
La colère les menait tous.
Mes parents m'ont appris que le Viêt-nam est...
une nation libre.
C'est l'enjeu de cette guerre.
Chinois, Japonais, Français : tous, ils ont voulu nous dominer.
Et nous avons vaincu !
Nord et Sud sont inséparables, comme des soeurs.
En 1 954, les Français alliés aux Américains, s'arrogèrent le droit. . .
de nous séparer et d'enlever le Sud.
Pouvons-nous. . .
Laisser les ravisseurs, à tour de rôle. . .
violer notre soeur ?
C'est l'enjeu de la guerre.
Des étrangers. . .
envoient certains au nord, ou bien au sud. Pourquoi ?
Si le Viêt-nam était aux Vietnamiens. . .
ne pourrait-on choisir notre gouvernement ?
Un pays n'en a pas deux, pas plus qu'une famille n'a deux pères.
Ils ont des avions, des bombes, ils sont dix contre un !
Qu'avons-nous ?
Des guenilles, des fusils !
Nous avons des pieux !
Nous n'avons pas de grades, pas d'avancement.
Nous ne prenons pas d'argent.
Nous vous servons.
Nous respectons vos foyers, vos autels.
Nous sommes votre famille.
C'est mon frère Sau que j'aimais le plus.
Il me protégeait, me faisait rire.
Riz, haricots noirs.
Tu seras prudent ? Ecris, Sau.
Le Ly, je reviendrai.
Sois une grande fille, prends soin de maman et papa.
Protège-toi des esprits.
Quand ils partirent vers Hanoi avec les Viêt-cong...
je sentis que je ne reverrais pas mon frère aîné, Bon...
et mon cadet, Sau, avant très longtemps.
Peut-être jamais.
Mais, c'est Sau qui me fut vraiment arraché.
Tu comprends qu'un pays, c'est plus que de la boue. . .
des fleuves et des forêts ?
Tu sais que Sau ne reviendra peut-être pas ?
Je te l'ai dit bien des fois. . .
Ies Chinois ont régné sur notre pays.
Beaucoup sont morts.
Le Loi, Gia Long et les soeurs Trung.
Ton ancêtre Phung Thi Chinh s'est battu pour chasser les Chinois.
Ton grand-père est tombé face aux Japonais. . .
juste avant ta naissance.
Nous avons souffert.
A l'arrivée des Japonais. . .
ta mère et moi, on nous a emmenés à Da Nang. . .
pour construire un aérodrome.
On travaillait comme des esclaves.
Notre récompense : un bol de riz. . .
et un jour de plus à vivre.
La liberté n'est pas un don, Bay Ly.
Elle doit être conquise, encore et encore. Tu le sais ?
Oui.
Tu vois cette terre ?
Le Viêt-nam va être à toi, maintenant.
Si l'ennemi revient. . .
tu devras être à la fois une fille et un fils.
De mon père, j'appris l'amour de Dieu...
et de ceux que je ne voyais pas, mes ancêtres.
Je verrais plus tard...
les paroles de mon père déformées par les faits.
Les soldats vinrent avec leurs conseillers américains.
Ils dressèrent des barrages.
C'est le nouveau hameau de Binh Ky.
Beaucoup d'entre vous suivront l'instruction de la milice. . .
pour être prêts. . .
à repousser les communistes !
Vous serez récompensés. . .
par des vivres et de l'argent.
Les enfants plus âgés seront envoyés. . .
à l'instruction militaire.
Les plus jeunes pourront aller à l'école.
Votre village sera heureux et paisible.
Des questions ?
Voyez votre chef.
Les soldats prenaient nos vivres, nos femmes...
comme les seigneurs de la guerre, des siècles auparavant.
Le chef de l'Etat, Ngô Dinh Diêm, allié des Américains...
était un catholique.
Cela le rendait suspect aux bouddhistes de notre région.
Le dirigeant du Nord, Ho Chi Minh...
avait lutté en patriote contre les Japonais et les Français.
On entendait parler de son humanité, de son amour du Viêt-nam.
Qu'est-ce qu'ils sont ?
Américains ?
Leurs lunettes cachent des yeux bleus aveugles.
Si on les déchausse, ils ont les pieds mous et pleurent de douleur.
Sans lunettes ni bottes, ils ne peuvent pas combattre.
Pas très bons soldats.
Pas très bonne clôture.
Votre président, Ngo Dinh Diem, veut savoir. . .
ce que vous ferez si vous voyez un Viêt-cong. . .
ou si vous apprenez que quelqu'un les aide ?
On le dénonce aux soldats.
Bien.
Et il y a une grosse récompense pour chaque Viêt-cong capturé.
Le jour appartenait au gouvernement.
Mais le soir...
quand les soldats regagnaient leur base, dans nos jeux...
on ne manquait jamais de combattants Viêt-cong.
Un soir, les Viêt-cong prirent mon instituteur.
Qu'enseignes-tu à ces enfants ? A trahir leur pays ?
Sachez d'abord que Ky La. . .
a été sauvé de la botte de l'oppresseur !
Nous sommes les libérateurs !
La nuit était aux Viêt-cong.
Même si j'avais peur, il n 'y avait pas le choix.
Ils luttaient pour nous libérer du régime du Sud.
Peu importe qui pose les questions, un camp ou l'autre. . .
joue à l'enfant très, très stupide.
- Et Sau, et Bon ? - A l'instruction au Nord.
- On les verra ? - Il n'y a plus ni mères ni fils.
J'ai dit qu'on avait besoin d'elle à la ferme.
Pour ce qu'elle nous aide !
On devrait l'envoyer avec Sau.
Ça lui apprendra le travail.
Ne dis pas ça !
Le Ly doit faire sa part.
Elle se prend pour une princesse.
Elle fait de l'oeil à des vauriens d'écoliers.
Non, maman. C'est les grands qui m'embêtent. . .
- Tais-toi ! - Ne la frappe plus.
Tu m'entends ?
Tu veux tous les envoyer à Hanoi ou à Saigon ?
Si je n'ai plus ma famille, à quoi bon vivre ?
Pourquoi tu ne penses qu'à toi ?
Les Français, les Japonais, puis les Américains !
Il faut se battre !
On a pas le choix, la guerre arrive !
Arrête !
Va-t'en !
Pardonne-lui, maman.
Ne pleure pas.
J'ai fait perdre la face à ton papa.
Si tu agis comme ça avec un mari. . .
je te ferai rougir les deux joues. Une de moi, et une de lui.
Tu m'entends ?
Lequel en premier ?
Quelqu'un ? C'est bon !
Tu parles, ou bye-bye, Charlie !
Pigé, ducon ?
C'est tes fesses.
Dis-leur adieu.
A ton tour.
Tu causes ?
Toi, peut-être tu causeras !
A la demande de ma mère, un devin examina les cordons ombilicaux...
de mes deux frères soldats...
qui n 'avaient pas écrit depuis plus d'un an.
L'aîné. . .
est fort, en bonne santé.
Le cadet. . .
est dans un lieu trop gris, je ne le vois pas.
Non. Ce n'est pas vrai !
Sau est vivant.
Je le sens dans mon ventre.
Avez-vous entendu. . .
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