The first 200 lines.
Pourquoi se disputent-ils ?
Tu parles anglais ?
Oui... Mais pas très bien allemand.
Tu sais qu'un vieux couple ne s'entend plus ?
Les hommes perdent l'ouïe des sons aigus,
et les femmes celle des sons graves.
Comme s'ils annulaient.
Ça leur permet de vieillir ensemble sans s'entretuer.
Que lis-tu ?
Et toi ?
Je voulais aller au wagon-restaurant.
Tu viens avec moi ?
Où as-tu appris l'anglais ?
J'ai pris des cours d'été à L.A.
Ça te va, ici ?
Et j'ai un peu vécu à Londres.
Où as-tu appris l'anglais ?
Je suis américain.
Tu es américain ?
Tu en es sûr ?
Je plaisante. Je le savais.
Et tu ne parles qu'anglais !
Oui, d'accord.
Je suis l'Américain ignare et analphabète
et sans culture ?
Mais j'ai essayé.
J'ai fait 4 ans de français.
Une fois à Paris, en faisant la queue dans le métro,
je me répétais :
J'arrive au guichet, je regarde la femme,
j'ai un trou et je dis en anglais
je voudrais un billet pour...
Alors, où vas-tu ?
Je rentre à Paris. Mes cours reprennent.
Tu vas à l'école ?
La Sorbonne, tu connais ?
Bien sûr.
Tu étais à Budapest ?
Chez ma grand-mère.
Ça va ?
Très bien.
Elle va très bien.
Et toi, où vas-tu ?
Je vais à Vienne.
Pour voir quoi ?
Aucune idée.
Tu es en vacances ?
Je sais pas en quoi je suis.
En train, depuis 2 ou 3 semaines.
Tu étais allé voir des amis ?
J'avais une amie à Madrid...
Jolie ville.
J'ai pris un Europass...
C'est super.
Ce voyage en Europe, c'était bien ?
Bien sûr.
C'était nul !
Quoi ?
Enfin, rester assis, à regarder par la fenêtre,
en fait, c'est pas si mal.
C'est-à-dire ?
Ça donne des idées qu'on n'aurait pas autrement.
- Comme quoi ? - Je t'en dis une ?
J'ai une idée
d'émission pour une télé locale câblée.
Tu connais ça ?
On produit à peu de frais et ils sont tenus de diffuser.
Ça couvrirait 24 heures par jour
pendant un an.
On demande à 365 personnes
dans le monde entier, de tourner des documentaires de 24 heures.
La vie, telle qu'elle est vécue !
Ça commencerait par un type qui se lève,
prend une longue douche, un petit-déjeuner,
se fait du café, lit le journal.
Tous ces trucs banals de notre putain de vie ?
Je dirais la poésie du quotidien,
mais tu peux le dire à ta façon.
Qui regardera ça ?
Réfléchis. Pourquoi un chien qui dort au soleil,
c'est beau, c'est très beau,
et un type devant un distributeur de billets, c'est idiot ?
Une émission genre National Geographic ?
Qu'en penses-tu ?
Je vois ça... 24 heures rasantes,
3 minutes de sexe et le type s'endort !
Et ça serait le super épisode, celui dont on parlerait !
Tu pourrais en tourner un à Paris.
La clef... le truc qui me tracasse, c'est la distribution.
Trimballer les bandes de ville en ville,
pour que ça passe sans arrêt.
Sinon, c'est inutile !
Ils sont pas axés sur le service !
Simple remarque sur l'Europe.
Mes parents ne m'envisageaient jamais amoureuse,
ou mariée ou mère de famille.
Même quand j'étais enfant,
ils pensaient en terme de carrière...
de décoratrice ou d'avocate.
Je disais :
"Je serai écrivain."
Et papa disait : "Journaliste".
"Je recueillerai des chats perdus" et il disait : "Vétérinaire".
"Actrice" et il disait : "Présentatrice".
Une constante conversion de mes folles ambitions
en entreprises lucratives.
Enfant, j'avais un radar à conneries.
Je savais quand on me mentait.
J'avais décidé d'écouter ce qu'on voulait que je fasse
et de faire tout le contraire.
Personne ne me voulait de mal,
mais j'aimais pas les ambitions qu'ils avaient
pour moi.
Mais quand on a des parents qui ne nous contredisent jamais,
qui nous soutiennent gentiment,
c'est plus dur de se plaindre,
même s'ils ont tort.
Cette passivité agressive merdique,
je déteste ça.
Malgré toutes les conneries qui l'accompagnent,
je revois l'enfance...
comme une époque magique.
Je me rappelle quand ma mère m'a parlé de la mort.
Ma grand-mère était morte.
Ma famille était partie en Floride. J'avais environ 3 ans.
Je jouais dans la cour.
On m'avait appris à tenir le tuyau d'arrosage
dirigé vers le soleil
pour faire un arc-en-ciel.
En faisant ça...
entre les gouttes, j'ai vu ma grand-mère.
Elle était là...
elle me souriait...
et je restais comme ça.
Je le regardais, et finalement,
j'ai lâché l'embout, le tuyau est tombé
et elle a disparu.
Je l'ai raconté à mes parents.
Ils m'ont fait un topo comme quoi
on ne revoit plus les morts, que c'était mon imagination.
Mais je l'avais vue.
J'étais heureux d'avoir vu ça.
Et ça ne m'est plus jamais arrivé.
Mais ça m'a, en quelque sorte,
indiqué que tout est ambigu, même la mort.
C'est une bonne réaction face à la mort.
J'ai peur de la mort 24 heures sur 24.
Je te jure.
Je suis dans le train par peur de l'avion.
C'est plus fort que moi.
Malgré ce que disent les statistiques...
En avion, j'imagine l'explosion.
Je me vois traverser les nuages.
J'ai peur de ces secondes où on est conscient,
où on sait qu'on va mourir.
Je ne pense qu'à ça.
C'est épuisant.
Je m'en doute.
Vraiment épuisant.
On arrive à Vienne.
Tu descends ici ?
Quelle barbe !
Je regrette qu'on se soit pas connus plus tôt.
Moi aussi.
C'était très sympa.
J'ai une idée folle, mais si je te la dis pas...
ça me hantera
toute ma vie.
Je veux continuer.
Je sais rien de ta vie, mais...
je crois qu'on a...
créé des liens.
Moi aussi.
C'est super !
Alors, tu descends avec moi et on va
visiter la ville.
Ça sera génial.
On fera quoi ?
Mon avion décolle demain matin à 9 h 30,
j'ai pas de quoi payer l'hôtel et j'allais me balader
et ça sera mieux avec toi.
Si je suis un dingue, tu repars.
Change d'optique.
Projette-toi dans 10 ou 20 ans.
Tu es mariée.
Mais ton mariage a perdu de son énergie.
Tu en veux à ton mari.
Tu penses aux garçons que tu as connus
et à ce qu'aurait pu être ta vie avec l'un d'eux.
Comme moi.
C'est moi.
Pense à ça en revenant au présent
pour savoir ce que tu loupes.
Quel grand service rendu à toi et à ton futur mari
de savoir que je suis aussi raté, ennuyeux et peu motivé que lui,
et que tu as fait le bon choix.
Je prends mon sac.
On mettra ça dans un casier.
Tu me dis ton nom ?
C'est Jesse.
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