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MIQUETTE ET SA MÈRE
"Pour gagner Chimène,
et pour votre service,
quel ordre peut-on me donner que mon bras ne puisse accomplir ?
Pourtant, bien qu'absent de ses chers yeux, je dois souffrir de chagrin,
seigneur, j'ai trop de bonheur à pouvoir espérer !
Espère en ta résolution virile ;
espère en ma promesse,
et possédant déjà le cœur de ta maîtresse,
pour vaincre un scrupuleux sentiment d'honneur
qui lutte contre toi,
que le temps,
ton courage,
"et ton roi s'emploient."
Avez-vous aimé, Madame Grandier ?
Je trouve cette pièce révoltante d'immoralité.
Cet homme tue le père et épouse la fille...
Le roi ne fait rien d'autre que se lamenter.
Il était comme un président.
Il a ses défauts.
Je n'aurais pas dû l'amener.
- Maman ! - Tu t'es bien amusée ?
Oui, je n'arrivais pas à m'arrêter de pleurer.
Rentrez bien chez vous, Madame Grandier.
Au revoir madame, au revoir monsieur.
S'il te plaît, tais-toi.
C'est agréable d'être chez soi.
Quand on pense que certaines personnes se couchent si tard tous les soirs !
Je suis épuisée.
- Ce n'était que cette fois-ci. - Deux fois !
Je t'ai emmenée au théâtre deux fois en dix-huit mois.
Tu m'as vraiment fait gaspiller de l'argent.
J'adore le théâtre, j'aimerais pouvoir y aller tous les soirs.
Les actrices ont tellement de chance !
Tu es folle.
Pense à l'horrible vie qu'elles mènent.
Ce sont des bohémiennes.
Toutes ces femmes ne font que se farder le visage et gaspiller de l'argent.
Ça ne me dérange pas, certaines sont très jolies.
Regarde celle-ci.
Et celle-ci avec son petit nœud !
- Elles sont magnifiques. - Ces portraits d'actrices !
C'est la débauche qui envahit la campagne.
Quand je pense qu'hier encore, le vétérinaire m'a demandé
si nous avions de nouvelles jolies filles.
C'est honteux ! Vraiment honteux !
Des femmes qui dépensent 30 francs pour un chapeau !
J'aimerais ça.
Miquette, regarde-moi une minute.
- Je m'inquiète pour toi. - Pour moi ?
Tes yeux sont très clairs.
Tu caches quelque chose ?
Quoi donc ?
Je ne sais pas... peut-être es-tu amoureuse d'un homme ?
Tu ne voudrais pas que je sois amoureuse.
- Ce n'est pas un crime. - Ça ne l'est pas ?
Alors ça n'en vaut pas la peine.
Je veux que tu sois heureuse, ma chérie.
Je suis heureuse, maman.
Nous nous entendons très bien.
Je ne me soucie que de toi.
- Et de Juliette. - Tu es trop vieille pour ça.
Je sais que c'est idiot, mais je ne suis qu'une enfant.
C'est ta faute, tu es trop jeune.
Tu es folle, ma chérie.
Ma vie est finie, ma vie de femme est finie.
Eh bien, certaines personnes ne seraient pas d'accord.
Tu sais ce que Monsieur Boisvin a dit l'autre jour ?
Non, qu'est-ce qu'il a dit ?
Il a dit : "Sainte Marie !
Madame Grandier est toujours très plantureuse !"
Ne sois pas idiote !
Et puis il a ajouté...
Non, je ne peux pas te le dire, ce ne serait pas convenable.
Nous sommes seules, dis-le-moi.
Alors il a dit :
"J'aimerais vraiment la voir entre mes draps !"
C'est affreux ! Je t'interdis d'écouter de telles choses.
Je trouve cela plutôt flatteur.
Il est trop tard, ma chérie.
Je n'ai jamais été intéressée de toute façon.
Je me suis mariée très jeune, tu es née et puis je suis devenue veuve.
J'ai dû enlever mon armoire à glace pour faire de la place à ton petit lit.
Nous l'avons remise quand tu as été assez grande pour avoir ta propre chambre.
Je me suis regardée dans le miroir et je ne me reconnaissais pas.
Ma jeunesse était passée.
Ta jeunesse est simplement bien pliée dans un tiroir
et elle n'a pas changé d'un iota.
Nous serons tous en admiration quand tu la sortiras.
Tu es folle.
J'aurais bien aimé avoir de l'argent, bien sûr,
pour avoir porté des robes avec un peu de dentelle,
ou même avec beaucoup de dentelle.
Pour avoir servi le thé, me serais plainte d'avoir mal à la tête,
parlé un peu anglais...
Va te coucher, Miquette. Il est tard.
Je suis au lit, maman. Je dors.
Menteuse !
Le théâtre peut faire rêver une jeune fille.
- Madame Grandier ? - Quoi ?
Bon sang ! Tu es toujours aussi ravissante !
L'AUBE ARRIVE AVEC SES DOIGTS ROSÉS,
ET IL EST TEMPS DE PRENDRE UN PEU DE BOUILLIE REVIGORANTE.
J'espère que ta comédie était drôle.
Non, ce n'était pas drôle du tout.
Ce que nous avons vu l'année dernière était bien.
Comment peux-tu dire ça, maman ?
Les comédies sont ridicules.
- Bois-le tant qu'il est chaud. - Bien...
Je n'aime que les tragédies.
C'était si beau hier soir : "Le Cid".
"Une pièce en trois actes de M. Pierre Corneille
de l'Académie Française
et adapté par Monchablon des théâtres de Paris."
Et c'est parti.
Ils sont talentueux, ces deux-là.
Allez, Miquette, nous avons des clients.
Bien.
- Du tabac, s'il vous plaît. - Certainement, monsieur.
Je vois que vous avez le programme de la représentation d'hier.
- Oui, monsieur. - Vous y étiez ?
J'y étais, monsieur.
Chère enfant, enfant heureuse...
- Pourquoi ? - Vous m'avez vu jouer dans "Le Cid".
- Vous y étiez ? - Bien sûr !
Je suis Monchablon, la vedette de bien des pièces.
Vraiment ?
Vous jouiez Rodrigo ?
Absolument !
C'est bien lui,
tel qu'il se tient dans cette boutique répugnante.
Plaît-il ?
Ne vous inquiétez pas, madame.
Je comprends que ma présence ici vous émeuve.
C'est naturel, bien sûr, préparez-vous.
Quel homme effrayant !
Jouer "Le Cid", ce n'est pas mon métier,
je le fais par considération pour mon cher collègue.
- Corneille ? - Précisément.
C'est un homme charmant, mais on ne le voit jamais dans les parages.
J'excelle surtout dans les rôles du répertoire classique.
Le bossu, le chiffonnier de Paris et la nonne sanglante.
"La vengeance et moi, nous sommes comme des frères et je suis l'aîné.
Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi."
Mademoiselle, la forte impression que j'ai eue sur vous
révèle l'artiste qui est en vous.
- Voici 20 centimes. - Merci, monsieur.
Si vous avez un jour besoin de mes conseils, je serai de retour à Paris ce soir.
Vous me trouverez avant chaque repas au Café du Globe.
Je suis toujours entouré de camarades respectueux.
Je vous salue et sors par la porte.
Fume !
Ton Rodrigo est un cinglé.
C'est ça, le théâtre !
C'est merveilleux.
Pas plus tard qu'hier soir, ce vieil homme prétendait être un héros légendaire.
Et je l'ai cru !
C'est comme un rêve.
Eh bien, on ne peut pas rêver dans une boutique.
Donnez-lui un peu d'argent.
Tu dois aller à la poste, nous n'avons plus de timbres.
Qu'est-ce qu'on en a à faire des timbres !
Voilà un client.
- Bonjour, Mademoiselle Poche. - Bonjour.
Vous êtes matinale, Mademoiselle Poche.
Vous ne me dites rien, Madame Perrine.
J'ai à peine le temps de préparer sa robe.
Pourriez-vous me donner environ un mètre de ruban blanc ?
Vous faites déjà votre confirmation !
Je sais, Madame Grandier.
Je veux qu'elle soit la plus mignonne.
J'ai entendu dire que ce serait une belle cérémonie.
Eh bien, eh bien, eh bien. Voilà le comte.
- Monsieur Urbain est gentil. - Cela ne vous regarde pas.
Il est gentil, mais plutôt simple.
On pourrait même dire qu'il est un peu stupide.
- Rien à voir avec son oncle. - Rien du tout.
Le marquis, lui, c'est quelqu'un.
Il était si élégant l'autre jour pendant la procession.
Il a pourtant une drôle d'habitude.
Il siffle les hymnes au lieu de les chanter.
J'arrive !
On n'arrive pas à reprendre son souffle ici.
C'est toujours animé le samedi.
Bonjour, comte, que puis-je faire pour vous aujourd'hui ?
Rien, c'est tout. Merci beaucoup.
- Combien vous dois-je ? - Eh bien, rien.
C'est dommage, je reviendrai alors.
- Avez-vous besoin de quelque chose ? - Moi ?
Non, je n'ai besoin de rien.
J'espère que Mademoiselle Miquette n'est pas malade.
Elle va bien, elle est juste sortie.
Elle est sortie !
C'est pour ça qu'elle n'est pas là.
Excusez-moi, comte, mais vous ne m'avez pas dit ce que vous vouliez.
Bien sûr, bien sûr...
Eh bien, bonne journée, Madame Grandier.
Donnez-moi du tabac.
- Comme d'habitude. - Bien, comme d'habitude.
- Vous fumez trop. - Je ne fume jamais.
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