The first 175 lines.
Ma dernière année à Redmond avait commencé.
Luttant pour les honneurs de la fin d’études,
nous étions plongées dans nos ouvrages,
absorbées par les mathématiques,
parfois épuisées de fatigue, voire au fond du gouffre.
Oui ?
Je n’en peux plus !
C’est tellement intensif, jamais ça ne vaudra le coup !
Pourquoi tu glousses ?
Je lisais une histoire que j’ai écrite au club d’écriture.
J’ai profité d’une petite pause pour l’extirper de mes valises.
Le récit est tire-larmes, bourré de tragédies.
J’en ai un point de côté, à tant rire !
Anne, je suis à mi-chemin entre la dépression et l’anéantissement.
Je ne trouve pas ça hilarant. Pas du tout.
À quoi bon vivre, si on passe sa vie à travailler ?
Lis donc quelques pages.
« Ma Tombe » ?
C’est mon chef-d’œuvre.
M. Harrison dit que c’est l’histoire de gens que je ne connais pas
dans un lieu que je ne connais pas.
Phil, elle, dirait qu’elle en reveut !
Tous les personnages se font tuer
ou meurent tragiquement de chagrin.
Nul n’échappe à son funeste destin.
Tu vois qu’on rigole !
J’y ai mis trop de sentiments.
Pas besoin de verser des larmes,
tout mon entourage est rempli de gens aimants.
Je le comprends, maintenant.
Qu’est-ce donc ?
Mais oui, je me rappelle !
Au milieu des asters et des pois de senteur,
un magnifique champ de fleurs vit venir un canari sauvage.
Les prémices d’un dialogue avec l’ange des lieux.
Je me rappelle quand j’ai écrit cette histoire.
Je me baladais sur la route vers Tory.
Je suis montée sur le poulailler de M. Cobb, et…
Marilla m’avait passé un sacré savon.
Allez, je m’y mets.
PETIT OBSTACLE, PLAISANTERIE, GRAND OBSTACLE, VICTOIRE À VENIR
Merci beaucoup.
Trois pour Stella.
– Deux pour Priss. – Merci.
Tante Jamesina, vous avez du courrier.
Avec un timbre indien !
Indien ? Qui ça peut être ?
Sûrement un des trois admirateurs de notre chère tante.
Anne.
Pour toi, juste celle-là.
Et cette épaisse liasse de lettres me vient tout droit de Jonas !
C’est une bonne nouvelle, Anne ?
Un magazine, l’Ami de la jeunesse.
Ils acceptent la nouvelle que j’ai envoyée il y a deux semaines.
Anne Shirley !
Elle sortira quand ? Tu vas toucher des sous ?
Ils m’ont envoyé un chèque de dix dollars.
Le rédacteur en chef veut lire plus de mes nouvelles !
Ça raconte quoi ?
C’est une vieille saynète, avec Avonlea en toile de fond.
J’ai retouché quelques trucs et je l’ai envoyé.
Il n’y a ni tragédie, ni romance, ni même une histoire.
Je ne pensais pas qu’elle serait acceptée.
Et que vas-tu faire de ces dix dollars ?
Fêtons ça en ville toutes ensemble.
Phil…
Quelle merveille ! Un écrivain habite sous notre toit !
C’est une lourde responsabilité.
Et comment !
Un écrivain, c’est la boîte de Pandore !
Peut-être qu’elle écrira des personnages inspirés de nous.
Je ne vais pas faire ça, non.
On s’est mal comprises, les jeunes.
Avoir du talent et se faire publier, c’est une lourde responsabilité.
Félicitations !
Après, je n’ai publié qu’une petite nouvelle.
Je suis sûr que Dieu t’a dotée d’une très belle plume.
Je n’en sais rien, mais en tout cas, je vais persévérer.
J’ai envie d’écrire une meilleure histoire.
Je t’y encourage.
Tu deviendras un écrivain reconnu.
Merci.
Il est pénible, à faire son amoureux transi !
Es-tu chez toi samedi après-midi ?
Oui.
Ma mère et mes sœurs passeront te voir.
Désolé de t’embêter avec elles.
Il ne faut pas, ça me fait plaisir de les rencontrer.
La mère de Roy,
que ce soit par conviction personnelle ou par simple résignation
considère que tu vas possiblement
faire partie de la famille à un moment ou à un autre.
Elle va t’observer sous tous les angles, Anne.
Phil, elle va nous faire une crise d’angoisse.
C’est rien.
Je doute fort de lui faire bonne impression.
Elle me trouvera telle que je suis, ni plus ni moins.
Samedi, c’est demain. Que vais-je bien pouvoir porter ?
Pour la mère de Roy, je suggère une tenue sérieuse.
Tu as bien raison.
Stella, range tes affaires. C’est un vrai bazar, ce salon.
Qu’y puis-je, moi ?
C’est le seul moyen pour moi d’écrire une dissertation.
Je devrais peut-être porter les cheveux relevés ?
Spécialement pour vous, j’ai préparé un gâteau au chocolat.
Qu’il m’a l’air délicieux !
Viens prendre le goûter, Anne, au lieu de te tracasser.
J’arrive…
Quelle délicieuse odeur !
Et comment !
Quand je pense que j’y ai consacré ma matinée…
Ce n’est pas un drame, ça se mange.
Anne, va prendre un torchon à la cuisine.
D’accord.
Stella, tu peux répondre ?
C’est sûrement le chapeau que je me suis acheté.
Va ouvrir la porte, alors. Je dois me concentrer.
Mouais.
J’y vais.
Merci d’être ve…
Sommes-nous bien à la maison de Patty ?
Oui…
Je suis Mme Gardner.
La mère de Roy ?
Anne Shirley est-elle présente ?
Veuillez patienter un instant.
Alerte générale ! C’est la famille Gardner.
– Elle devait venir demain. – Mme Gardner ?
Elle est à la porte !
Anne, file te changer. Stella, range tout ton désordre.
Que fait-on, pour le gâteau ?
Mets le torchon dessus.
Veuillez entrer, désolée de vous avoir fait attendre.
Je m’appelle Philippa Gordon.
Je suis une amie d’Anne Shirley.
Roy est toujours très aimable avec moi.
Et ma question ?
Anne Shirley est-elle présente ?
Bien sûr, elle ne va plus tarder.
Elle est prête à vous recevoir !
Enchantée, je suis Anne Shirley.
Soyez les bienvenues à la maison de Patty.
Je vous présente mes filles, Aline et Dorothy.
C’est un plaisir.
Le plaisir est pour moi.
Il faut que je trouve un sujet de discussion…
Je…
Quels petits malpolis !
Joseph ! Rouille !
– Chère Anne. – Oui ?
Dois-je en déduire que vous aimez les chats ?
Oui, c’est le cas.
Il se trouve que moi, je ne les aime pas.
D’accord…
Moi, je les adore !
Ils sont capricieux et n’en font qu’à leur tête,
mais les chiens sont trop bons et obéissants.
Les chats ont quelque chose d’humain.
Garde le silence.
Mais il y a deux chiens, par ici.
Puis-je les toucher ?
Bien sûr, oui.
Quel genre de canidé est-ce donc ?
Je l’ignore.
Dites donc ! Ah non !
Aline ! Rien de cassé ?
C’est pour ça que je déteste les chats.
Et donc, Anne…
Oui ?
Vous fréquentez mon fils.
Comment voyez-vous votre relation ?
Si vous…
Bonne soirée.
Bonne soirée.
Faites attention à vous.
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