The first 197 lines.
Dis, je ferais bien…
un brin de ménage.
Te sens pas obligée.
C’est pas le cas, justement.
Au contraire, j’aime ranger.
Ça me démange, là.
Fais-toi plaisir, alors.
ENTRE LES LIGNES
Un roman ?
ENVELOPPER
T’étais sérieuse, alors. Tu t’es vraiment lancée.
C’est un problème ?
Enfin, l’écriture, quoi…
Grandis un peu.
Tiens, c’est qu’elle chante bien.
Et c’est censé être un journal ?
QUOI DE NEUF ?
Dis-moi…
Je te parle.
Je peux pas m’empêcher d’y jeter un œil quand tu le laisses ouvert.
Essaie d’y penser, à l’avenir.
Moi, ça me gêne pas que tu le lises.
Ça reste un journal. C’est supposé être personnel…
T’as faim ?
Oui.
On a déjà mangé de la fondue, hier.
Le menu bouge pas.
Fondue, fondue, riz, riz, porc sauté, porc sauté et sashimi.
C’est-à-dire ?
Sur la semaine.
Le midi, c’est nouille.
Pour quel jour ?
Ben, tous.
« Quoi de neuf ? »
Une fille de ma classe.
Ça m’embête, je sais pas quoi répondre.
Tu me fais penser que j’ai aussi reçu un message du genre.
Et t’as dit quoi ?
Rien, vu que j’ai pas répondu.
Faudrait que je le fasse, d’ailleurs.
T’ES EN VIE ? QUOI DE NEUF ?
MAKIO AU RAPPORT.
Le délire !
T’as vraiment récupéré une gamine.
Eh ouais. Gros délire.
Entre, il fait froid.
Merci.
Tu dois être Asa.
Makio m’a parlé de toi. Je m’appelle Nana Daigo.
T’as quel âge ?
15 ans.
15 ans ? Mais non, c’est fou.
Je dirais pas non à un bon thé noir.
« Fou » ? Mais en quoi ?
Tu me fais marcher ?
Eh ben, c’est propre, pour une fois.
Y a la place pour s’asseoir.
Madame a sorti ses épaules.
Ça périme, la cannelle ?
Elle mène à nulle part, leur conversation.
À nulle part, non.
Mais si, on se comprend.
Et donc, ma cannelle ?
Ah, ça y est.
Euh, c’est juste…
que j’avais jamais vu d’adultes se retrouver entre amis.
Ta mère en avait pas ?
Je pense plutôt qu’elle a jamais vu de ratées.
Mais oui, tu tiens un truc !
Arrête, c’est presque blessant.
Non, y a pas de quoi rire.
Je commence à avoir faim. Et si on passait en cuisine ?
– C’est quoi ? – Le dessert.
Tu la nourris correctement, au moins ?
Elle cuisine, j’espère ?
Euh…
MENU DE LA SEMAINE
Fondue, fondue, riz, riz, sauté, sauté, sashimi.
Un vrai cordon bleu.
Tu te débrouilles bien.
Je trouve pas ça facile à gérer, pour deux.
Bah, ça viendra avec le temps.
Ta sœur était femme au foyer ?
Aucune idée.
Sérieux ? Trop drôle.
C’est ça, une discussion d’adultes ?
Bon, j’ai capté.
Je comptais vous concocter un bon petit plat,
mais l’offre a expiré.
J’ai moins l’impression de voir deux adultes parler…
que d’entendre une langue totalement étrangère.
On va cuisiner ensemble, plutôt.
Vous allez faire le plus gros du boulot vous-mêmes.
Pas de panique, ça va aller.
Daigo.
Elle s’est déjà farci tout le ménage.
Je veux mettre la main à la pâte !
Le ménage ? Tu lui as fait récurer les sols ?
Elle en a déjà bien assez fait.
Je veux plier des gyozas ! Envelopper la farce !
Elle a pas l’air de ton avis.
Je lui interdis pas de faire ce qu’elle veut non plus.
Enfin, sauf si ça te gêne, bien sûr.
Plus gênant, tu meurs.
Bon, Makio.
Je te préviens,
si je te reprends à chouiner…
– Daigo. – … car madame se sent incapable,
ça va pas me plaire.
Tu parles d’une adulte.
J’avais encore jamais vu cette facette de sa personnalité.
Tu verras, c’est une super occase.
Bien, on va former une garnison !
Une garnison ?
GARNISON
Car on va garnir de farce des raviolis.
L’avantage, c’est qu’on peut y mettre ce qu’on veut.
Des envies particulières ?
Du gingembre.
C’est pas la saison.
En… envelopper…
ENTRE LES LIGNES
Mets-le au micro-ondes pendant une minute.
Compris.
Makio, coupe le pédoncule de l’aubergine et hache le chou.
D’accord.
Si je me trompe pas, ton chien raffolait
des trognons de chou.
C’est vrai, oui.
Il faisait un de ces boucans en les mâchant.
J’en veux pas !
Un corgi.
Un shiba, plutôt. Avec une truffe bien noire.
Mon nez l’est pas, d’abord !
Dans la longueur. Parfait.
Makio, au tour des aubergines de passer au micro-ondes.
Eh ben, on sait émincer.
Je voulais le faire en cours de cuisine, mais un type m’a grugé.
Sérieux ? Si tu veux mon avis, il avait un faible pour toi.
Il avait un truc pour les poireaux, plutôt.
Au secours. On croirait entendre Makio.
Allez, envoie-moi les poireaux, qu’on mélange tout ça !
Il a pas dû formuler ça comme ça.
Je jure que si. « J’adore les poireaux », littéralement.
J’assaisonne à l’œil.
Et on malaxe toujours dans le même sens.
Comment ça se fait que tu sois si calée en gyozas ?
Je tiens toutes ces astuces d’un employé de resto chinois.
Un type que j’aimais.
T’arrête pas.
Tu m’en avais jamais parlé.
Une relique de mon passé honteux.
Ces gyozas font remonter des souvenirs.
– Salaud ! – Bannis-les de tes menus.
Mélanger, mélanger, mélanger.
Mélanger, mélanger, mélanger.
Je peine à me rappeler ce que je mangeais à l’époque.
Pourtant, elle cuisinait tous les jours.
Et moi, je me régalais à chaque repas.
C’est bon, Asa ?
Trop bon !
Impossible de m’en souvenir.
Avec quoi on garnissait nos gyozas, déjà ?
Garnison, garnissez !
OK.
Pendant ce temps, je vais vous concocter mes sauces secrètes.
Secrètes ?
Secret Défense, même. Je te passerai la recette.
File-moi ton numéro.
– Ça roule ! – Tu parles d’un secret.
Tu vas avoir besoin du sien aussi.
T’oublieras pas de lui donner.
OK.
Exécution ! Allez, échangez-les !
On y a pas pensé jusqu’à présent, vu qu’on a pas bougé de la maison.
Mission : envelopper la farce !
Tout de suite !
Ail, sauce d’huître, prune et moutarde.
Miso et vinaigre d’oignon.
Enfin, sauce soja, vinaigre, huile pimentée et gingembre.
Ça fait envie !
Pour ton insta ?
Pour mon insta.
OK, c’est bon pour moi.
À l’attaque !
Un shiba.
« Quoi de neuf », hein ?
Et cette fille, elle est au courant pour tes parents ?
Oui.
Je vois.
En tout cas, c’est gentil de sa part.
Explique-lui.
Elle a l’air d’avoir choisi ses mots avec soin.
Un « tu te sens comment ? » ou un « ça va ? » appelaient forcément
à une réponse qui t’aurait été inconfortable.
Pas facile d’exprimer son inquiétude
sans en faire trop ou pas assez.
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