The first 200 lines.
En 1931 le réalisateur russe Sergueï Eisenstein
se rendit au Mexique pour un film.
Le titre provisoire s'intitulait Que Viva Mexico !
La réputation d'Eisenstein reposait sur trois longs métrages.
Tous avaient été réalisés dans les années 1920
en Union soviétique.
Grève, une histoire violente de troubles ouvriers,
violemment réprimés par les autorités tsaristes.
Le Cuirassé Potemkine,
un récit d'une mutinerie navale causée par de la viande avariée
et Octobre, une célébration de la Révolution russe.
À l'ouest ce film s'intitulait
10 jours qui ont ébranlé le monde.
On pourrait appeler ce film-ci
Dix jours qui ont ébranlé Eisenstein.
QUE VIVA EISENSTEIN !
J'arrive accompagné de mouches.
Elles sont avec moi depuis la frontière mexicaine.
Je les amenées de Moscou.
Je les reconnais. Ce sont des mouches soviétiques.
Des mouches espionnes à l'accent russe.
Une bande rustre et bourdonnante.
Elles ont les yeux rougis, comme moi.
Ils sont rougis ?
À force de regarder !
- Diego. - Sergueï, mon ami !
Bienvenue !
Jorge Palomino Canedo. Votre guide à Guanajuato.
Sergueï Eisenstein. Parfois réalisateur russe,
ou réalisateur russe à la retraite.
Voici Alexandrov. Un éternel acteur !
- Frida. - Grisha.
Et voici Édouard Tissé, cameraman. Le cameraman.
Les valises, s'il vous plaît.
Messieurs. Soyez les bienvenus !
Regardez !
Mettez tous les livres rouges ici.
Les livres bleus là-bas.
Les livres anglais à côté du lit.
Les livres américains sous le lit.
Les livres russes à la salle de bain.
- Je peux vous aider ? - Il y a une astuce ?
Que fais-je de travers ?
Probablement rien.
Nous n'avons pas de douches à Moscou.
Personne n'a de douche en Russie.
Des bains turcs. Des hammams.
Et des lavabos.
Nous avons parfois de l'eau courante
et parfois juste de l'eau.
Parfois rien ne sort des robinets
et parfois il faut casser la glace dans le réservoir.
Souvent nous ne nous lavons pas du tout.
Qu'est-ce qui vous fait rire ?
Un corps russe, très blanc.
À Moscou nous voyons peu le soleil et pas de nudité en public.
- Je ne peux pas être en public. - C'est assez public.
Ce sont les siennes.
Un corps très bien nourri.
Soupe de petits pois, betteraves, lard salé, chou saumuré.
Quand on peut en obtenir.
Petit-déjeuner ?
Tortillas, burritos au poulet,
chimichangas, sopecitos, huarachitos, pan de muerto...
De l'eau chaude ?
Nu en public ?
Ou une réaction face à un jeune homme charmant ?
Madame la queue, un peu de tenue.
Il est beau gosse, c'est vrai.
Et il vous a vue, c'est vrai aussi.
Mais vous êtes une étrangère avec un passeport russe,
un visa touriste à durée limitée et très peu d'expérience sexuelle.
Vous seriez très désavantagée.
Vous êtes ici pour tourner un film avec moi
et j'ai besoin de vos frustrations pour m'inspirer.
Pas de distractions !
Cela conduit à une réduction de mon énergie.
Je me bats pour la liberté de l'expression cinématographique.
On ne m'a jamais ciré les chaussures.
Ça fait longtemps que c'est fini en Union soviétique.
Nous sommes au Mexique. Laissez-vous tenter.
Je me comporte comme un colon vaniteux.
Cirer les chaussures, c'est baiser les pieds.
Qui baise les pieds de nos jours ?
Fi de ma culpabilité bourgeoise avec un pourboire.
Non.
Si vous faites ça
votre générosité se saura au bout de cinq minutes.
Et vos chaussures ne seront plus à vous.
On verra en vous une victime fortunée.
Vous n'êtes pas ici pour des chaussures brillantes.
Que recherchez-vous ici ?
Je suis venu au Mexique pour tourner un film.
Je suis venu au Mexique
car ma première pièce à Moscou s'intitulait Le Mexicain.
Je suis venu au Mexique
car votre révolution a eu du succès
cinq ans avant nous.
Je suis venu à Guanajuato car vous avez un Musée des morts.
Pourquoi pas un film sur le Musée des vivants ?
Ce sont mes excuses. Quelles sont les vôtres ?
Je vis ici avec ma famille.
Et j'enseigne ici, ainsi qu'à Mexico.
- Et qu'enseignez-vous ? - Je suis anthropologue.
Et à présent j'enseigne les sciences religieuses.
Nous sommes dans un pays catholique romain.
Pourquoi êtes-vous autorisé à parler d'autres religions ?
Le catholicisme romain au Mexique est généreux et ouvert.
Panthéiste. Un peu de tout. Nouveau et ancien.
Les gens prennent ce dont ils ont besoin.
À tel point
qu'il faudrait l'appeler catholicisme mexicain.
Ils l'ont adapté. Nous avons des équivalences précolombiennes
pour les inventions catholiques.
Nous avons inventé les sacrifices sanglants avant eux.
Le christianisme s'est adapté à nous.
Pas l'inverse.
C'est Gideon. Son nom est Gideon.
Il est né aveugle. Et les cloches l'ont rendu sourd.
Il y a un problème.
On a fouillé vos livres et trouvé de la pornographie.
Vous aimez ça ?
Je n'y ai jamais réfléchi.
Une des femmes de chambre a dérobé des photos,
mais elle n'est pas majeure.
Sa mère s'est plainte auprès du directeur de l'hôtel.
Je m'en occupe.
Ne quittez pas vos gardes du corps.
Sergueï !
Sergueï !
Mexico !
Mexico !
Guanajuato !
Je me vide de partout. Je n'ai rien à faire ici.
Je devrais être en Russie et constipé.
À Moscou, on peut rester une semaine sans chier.
C'est moi, Canedo.
C'est moi, Canedo.
Venez. C'est bien.
J'étais une fois assis comme un tsar
sur le trône du Palais d'Hiver.
Mais le tsar n'avait pas l'eau courante.
Les Mexicains n'ont pas de tsars, mais ils ont l'eau courante.
- Quel est-ce bruit ? - Quelqu'un tape sur les tuyaux.
On se réveille.
C'est le 22 octobre aujourd'hui.
Quelqu'un cogne sur les tuyaux
afin de commémorer le début de la Révolution russe.
Non, c'est le plombier de l'hôtel
qui répare les tuyaux d'eau chaude.
Dormez à présent.
L'eau chaude de la Révolution.
L'eau chaude de la Révolution nous purifiera tous.
Surveillez-le mieux ou Staline s'occupera de vous.
Staline a le bras long.
S'il lui arrive quelque chose,
ce sera Sibérie et cul gelé
ou pic à glace dans le crâne !
Vos photos.
Mettez-les en lieu sûr.
Ne les laissez pas traîner là où d'innocentes femmes de chambre
peuvent les voler et les montrer à leur mère.
Mais ce sont des tableaux !
Les mères mexicaines protègent leurs filles innocentes.
Nous avons rétorqué que la femme de chambre vole les clients.
Le vol est pire que le voyeurisme ?
On ne va pas la licencier. Sinon vous devrez intervenir.
Elle est dans le bar avec ses parents.
- Dites-lui. - Non, vous.
Dites à la mère que j'ai pardonné sa fille pour le vol
et à présent elle sera la seule
qui pourra m'apporter mon petit-déjeuner au lit.
Le gérant dit qu'elle n'a pas regardé dans votre valise rouge.
Qu'est-ce qu'il y a dans la valise rouge ?
Assez pour vous faire enfermer.
Et comment le gérant sait-il ce qui se trouve dans la valise ?
Suite à la plainte il a tout fait fouiller.
Il n'en a pas le droit. C'est ma vie privée !
Il vous fait un clin d'il. Considérez-le comme un bon signe.
Mais si vous l'offensez, cela pourrait vous nuire.
Soyez prudent.
Les Camorristas.
Ils cherchent des étrangers riches pour les voler.
Ils attendent devant les grands hôtels.
Vous leur donnez une bonne raison de vous agresser.
C'est pourquoi vous avez des gardes du corps.
Ils ne sont pas importants. Oublions-les.
Ils jouent les gros durs, mais ce sont des fainéants.
Les vrais gros durs sont bien plus brutaux.
Et les plus gros poissons demeurent invisibles.
Donc prudence et n'attirez pas l'attention !
Ne laissez pas les journaux vous photographier.
S'il y a l'espoir d'une rançon, ils vous enlèveront.
- Que croyez-vous valoir ? - Pas beaucoup.
Que paierait votre gouvernement pour préserver votre vie ?
Rien.
Faites confiance à notre vigilance.
Mais peut-être es-tu un Camorrista ?
Si c'est le cas, vous êtes perdu.
Faites un film sur eux.
No comments yet. Be the first to leave one.