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Ave !
Je souhaite la bienvenue au plus ardent défenseur de l'URSS,
mais je voudrais savoir qui est ce M. Neruda.
À la fois, il prône la paix
et soutient les grévistes qui agressent la force publique.
De quel droit se permet-il
de proférer des injures à l'encontre de notre président
dans la presse étrangère ?
C'est à vous que je parle, monsieur. A vous.
Je vous écoute, sénateur.
- Vous êtes bien Neruda? - Effectivement.
Allez savoir, il y a peu, il s'appelait Ricardo Reyes.
Pourquoi changer de nom ? Vous avez vole quelque chose?
Silence !
C'est honteux !
Une simple question.
Respectez le sénateur !
Silence, bande d'inconscients !
Je passe la parole à l'honorable sénateur Neruda.
Merci, M. le président de ce Sénat de merde.
Tout d'abord, je remercie le peuple russe
d'avoir vaincu le fascisme et obtenu la paix dans le monde.
Je remercie aussi
le parti communiste, mon parti, d'avoir toujours défendu
les droits des travailleurs et du peuple.
Des droits bafoués en ce moment même, cher sénateur,
car on emprisonne responsables syndicaux et militants communistes
à la demande de votre président,
le traître Gonzâlez Vldela, vendu à l'empire du Nord !
Vous l'avez élu, non ?
On l'a tous élu, malheureusement.
Tous les imbéciles ici présents l'ont élu !
Excusez-moi.
Trois ans seulement que la 2de Guerre mondiale est finie
et ici, dans cette joyeuse villa,
va commencer une formidable traque.
C'est ainsi que s'amuse l'élite de la gauche chilienne
quand elle ne se plaint pas de quelque chose.
Au fond ils sont heureux, ils sont amoureux
et adorent s'imprégner de la souffrance et de la sueur des autres.
Dans cet antre se retrouvent les intellectuels,
les artistes, ceux qui ont voyagé et sont revenus heureux.
Conseillers,
avocats...
Tout criminel doit s'entourer d'hommes en cravate
ayant appris à la fac l'art de la ruse bureaucratique.
Don Pablo.
Il n'est pas encore prêt, il va se déguiser en Lawrence d'Arabi<-:,
le guérillero du désert.
Son épouse.
Je ne la comprends pas.
C'est une aristocrate argentine éduquée à Paris,
qui a fini par éduquer ce fils de cheminot.
Alors, je suis comment?
Méconnaissable.
Silence, s'il vous plaît !
Silence !
Merci.
Nous poursuivons notre programme avec une surprise de notre hôte.
Avec vous, ce soir,
le poète Pablo Neruda.
Tous les yeux sont surlui.
Toutes les lèvres.
"Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit...
Beaucoup veulent l'embrasser
Ils veulent lui tenir la main.
Ils veulent dormir dans son lit.
On dit qu'il sent l'algue marine.
"Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante...
La honte de répéter une fois de plus ce poème d'école de campagne.
Écrit il ya plus de vingt ans.
"Je l'ai aimée
"Parfois, elle aussi m'aima...
Les femmes doivent penser
qu'il fait l'amour une rose entre les dents.
Et qu'après les avoir embrassées,
il court écrire les poèmes d'amour qu'elles lui inspirent.
C'est le roi de l'amour
"Moi aussi, je l'aimais...
"Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit
"Songer queje ne l'ai pas...
Ils ignorent ce qu'est dormir par terre,
mais ce sont tous des rouges.
"Entendre la nuit immense
"Plus immense encore sans elle...
En cas de révolution bolchévique,
ils fuiraient les premiers.
"Comme la rosée sur l'herbe"
Neruda serait le communiste le plus important au monde.
Il doit croire fermement en l'unité des ouvriers, des paysans
et en la dignité et la lucidité historique du parti bolchévique chilien.
Nous prendrons de l'eau.
Ils sont là pour le travail.
Remportez ça, s'il vous plaît.
Merci.
Nous sortons d'une réunion d'urgence de la commission politique du Parti.
Tais-toi !
On nous envoie vous prévenir
que le gouvernement arrête nos responsables syndicaux.
Nous venons vous informer que...
nous allons passer à la clandestinité.
Moi aussi ?
Oui, vous aussi.
J'ai la certitude absolue
que tôt ou tard,
sans doute plus tôt que tard,
l'inique procès politique dont j'ai fait l'objet
sera réexaminé comme il se doit
et qu'on donnera à ses instigateurs et exécutants le nom qu'ils méritent.
Merci beaucoup.
Silence !
Silence, s'il vous plaît !
Le Chili bafoue la liberté d'expression. On vit dans la peur.
En ce jour du 6 janvier 1948,
on me persécute pour être fidèle à de hautes aspirations humaines
etj'ai comparu pour la première fois devant un tribunal
pour avoir dénoncé auprès des Amériques la violation indigne de ces libertés
dans le dernier endroit au monde où j'aurais souhaite que cela arrive,
ici, au Chili !
Pourquoi font-ils ça ?
Les communistes détestent travailler
Ils préfèrent brûler les églises.
Ils disent que ça les fait se sentir vivants.
Uaristociatie chilienne aime étaler sa richesse.
Mais le poète n'est pas impressionné.
Il a connu les salons parisiens,
cette imitation provinciale le fait rire,
mais lui plañ.
Alessandn' a été deux fois président de la République.
C'est l'actuel président du Sénat.
Dans le tiroir de son bureau, il a une clé où est écrit "Chili".
Tous les chiliens sont ses sen/items.
Bonjour.
J'ai vu le président, il est très triste.
Pourquoi ça ?
Vous l'auriez insulte' en tenant des propos tendancieux.
Peut-être,
j'essaie de lui nuire le plus possible.
Vous devriez écrire un livre en sortant de prison,
intitule' "Poèmes carcéraux".
Très mauvais titre. Vous n'y connaissez rien.
En politique; l'insolence est une forme d'admiration.
Fermez le camp de concentration de Pisagua et libéra mes camarades.
Vous savez que je suis contre.
Je vous croyais autonome.
Vous n'êtes qu'un laquais du traître Gonzàlez Videla.
C'est ce genre de langage qui vous attire des ennuis.
Ce qui m'attire des ennuis, c'est d'être communiste.
Et aussi le fait que vous encouragiez le soulèvement...
syndicaliste.
Je ne le regrette pas.
Et vous regrettez d'être devenu un bourgeois ?
Je regrette d'avoir soutenu le traître.
Vous lui avez même écrit un poème.
Maintenant ça fait rire, mais pendant la campagne...
Les traîtres ont aussi leur charme.
Je ne suis pas d'accord.
Vous et vos camarades communistes étiez si avides de pouvoir
que vous vous êtes fait avoir par un populiste.
Quel mal y a-t-il à vouloir le pouvoir ?
C'est notre tour. On a le droit de briguer la Moneda.
Comment gouvernerez-vous ?
Avec une démocratie de soviets
composée de soldats, d'ouvriers et de paysans.
Dieu nous en garde.
La Moneda sera jonchée
de coques de cacahuètes, de bris de verre,
vos lois seront truffées de fautes d'orthographe...
Peut-être.
Mais le cimetière ne sera pas plein d'exécutés politiques.
Arrêtez, sénateur.
Vous croyez vaincre le communisme en nous forçant à l'exil,
en nous emprisonnant...
Je vous donne un conseil :
la solution est de nous tuer tous.
Tua-nous.
Votre problème sera règle'.
Taisez-vous, beaucoup seraient tentés de le faire.
Vous, peut-être ?
Je vais y réfléchir.
Pablo, la Cour suprême va confirmer ta déchéance.
Tu dois quitter le pays sans tarder.
S'il vous plaît, écoutez-moi.
Si vous quittez le pays sans autorisation officielle,
votre situation va empirer.
Je vais être déchu, de toute façon.
Don Pablo, c'est la position du Parti.
Pablo devrait se laisser arrêter.
Non, absolument pas.
Je suis plus dangereux en prison ou en cavale?
Qu'est-ce que tu dis?
En cavale.
- Tu es sérieux? - Bien sûr.
Il va falloir qu'on décampe?
Pablo n'est pas un simple leader politique.
C'est un écrivain, son devoir est d'écrire.
Emprisonné ou mort, il ne pourra pas le faire.
Personne ne va me tuer.
Tu veux entrer dans l'Histoire ?
Il veut entrer dans l'Histoire.
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