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Harold et Maude
Tu trouves ça drôle, je suppose, Harold ?
- Allô ? Fée ? - Oui.
Très cher, soyez gentil, annulez mon rendez-vous avec René cet après-midi.
Il sera furieux, je sais, mais j'ai une journée épouvantable aujourd'hui
et du monde à dîner ce soir... Vous voulez bien ?
Dites-lui que je promets d'être là mardi.
Merci, Fée, vous êtes un amour. Oui.
Au revoir.
On dîne à 8 h, Harold.
Et essaie d'être un petit peu plus animé.
Bien sûr, son père avait le même sens de l'absurde.
Un jour, à Paris, il est sorti pour acheter des cigarettes
et soudain, j'apprends qu'il s'est fait arrêter
pour avoir nagé tout nu dans la Seine !
Il étudiait les courants avec des flotteurs en caoutchouc !
De couleur mauve.
Il a fallu beaucoup d'argent et d'influence pour étouffer l'affaire !
Harold, chéri, arrête de chipoter.
Que se passe-t-il ? Tu te sens mal ?
J'ai mal à la gorge.
Je veux que tu ailles te coucher tout de suite après le dîner.
Harold a toujours été un enfant délicat.
Déjà bébé, il était prédisposé à toutes sortes de maladies.
Harold, chéri, mange tes betteraves.
Un jour, à Tokyo, j'ai dû téléphoner à l'ambassade pour avoir un médecin...
Oh, mon Dieu !
C'en est trop.
Je ne peux plus le supporter.
Je ne peux plus.
Oh, mon Dieu !
Mon Dieu !
C'est très intéressant, Harold, et très révélateur.
Il semble que nous ayons là une manifestation récurrente
et bien sûr, dès qu'elle est isolée, nous pouvons y faire face.
Reconnaître le problème, c'est être sur la voie de la...
de la solution.
Dis-moi, Harold, quelles sont tes distractions ?
Quelle est l'activité qui te procure un plaisir particulier ?
Qu'est-ce qui te comble le plus ?
Qu'est-ce qui te donne... une satisfaction particulière ?
Je vais aux enterrements.
"Tu dresses devant moi une table, En face de mes adversaires,
"Tu oins d'huile ma tête,
"Et ma coupe déborde.
"Le bonheur et la grâce me poursuivent tous les jours de ma vie
"Et j'habiterai dans la maison de l'Éternel pour de longs jours.
"À l'Éternel la terre et ce qu'elle renferme
"Le monde et ceux qui l'habitent.
"Car il l'a fondée sur les mers, Et affermie sur les fleuves.
"Qui pourra ascensionner la montagne de l'Éternel ?
"Qui s'élèvera jusqu'à son lieu saint ?
"Celui qui a les mains innocentes et le cur pur
"Celui qui ne livre pas son âme au mensonge
"Et qui ne jure pas pour tromper.
"Il obtiendra la bénédiction de l'Éternel
"La miséricorde du Dieu de son salut.
"Voilà le partage de la génération qui l'invoque..."
Harold ?
Je ne sais pas pourquoi tu as acheté cette monstruosité.
Choisis la voiture que tu veux, mais cette horreur fait mal aux yeux
et est inconvenante.
Il est temps que tu t'assagisses
et cesse de gâcher ton talent avec ces petites comédies d'amateur,
ces petits divertissements,
si purifiants psychologiquement soient-ils.
Je ne sais que faire.
Va te confier à ton Oncle Victor.
Peut-être te comprendra-t-il.
Après tout, il a été le bras droit de MacArthur.
Qu'en dis-tu, Harold ?
C'est la belle vie.
Il y a de l'action, de l'aventure et la chance de voir la guerre de près.
Et plein de filles aux yeux bridés.
Ça fera de toi un homme, Harold.
Tu iras de par le monde, avec un uniforme et une occupation virile.
Le port altier, une lueur dans le regard, tu marcheras d'un pas vif
et avec la certitude au cur que tu travailles pour la paix,
tout en servant ton pays,
tout comme Nathan Hale.
Voilà ce qu'il lui faut à ce pays : Des Nathan Hale.
Il me semble voir un peu de Nathan Hale... en toi.
Dis-moi, Harold, combien de ces...
suicides as-tu commis ?
C'est difficile de donner un nombre précis.
Eh bien, dis-moi en gros.
Un chiffre en gros ?
Je dirais... 15.
- 15 ? - C'est approximatif.
Étaient-ils tous pour le bénéfice de ta mère ?
Non, non, bénéfice n'est pas le mot exact.
Harold, je n'ai que quelques minutes et je veux t'informer de ma décision.
Tu as mené jusqu'à présent une vie insouciante, oisive, heureuse,
la vie d'un enfant.
Mais désormais, il faut mettre fin à ces gamineries
et faire face aux responsabilités d'adulte.
Nous aimerions tous vivre sans souci du lendemain
mais c'est impossible.
Nous avons des devoirs, des obligations, des principes.
Bref, Harold, il est temps que tu te maries.
Prions le Seigneur, plein de gloire,
qu'il bénisse l'âme de tous les défunts et les délivre
des tourments de l'enfer et du puits sans fond.
Délivrez-les de la gueule du lion et de l'ombre qui y règne
et faites-les venir à la lumière bénie,
à la vie sainte et au repos éternel.
"Oh, Seigneur, ne soyez pas affligé
"car nul homme...
"n'est sanctifié si vous ne lui accordez votre pardon.
"Je vous implore, dès lors,
"de ne point prononcer de jugement contre lui...
"mais au contraire, par votre grâce,
"que la condamnation lui soit épargnée
"car durant sa vie, il se signait du sceau de la Sainte Trinité.
"Vous, qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.
"Amen."
- Tu veux du réglisse ? - Non merci.
C'est comme tu veux.
Tu le connaissais ?
- Non. - Moi non plus.
Il paraît qu'il avait 80 ans. Je les aurai la semaine prochaine.
Un bel âge pour s'en aller, non ?
Je ne sais pas.
À 75 ans, c'est trop tôt, mais à 85, il n'y a plus qu'à tuer le temps.
On veut voir de l'autre côté de l'horizon.
Fermeture hermétique
Je ne comprendrai jamais cette manie du noir.
On n'envoie pas des fleurs noires.
Des fleurs noires, c'est mort. Qui en enverrait à un enterrement ?
C'est absurde !
- Comment t'appelles-tu ? - Harold, Harold Chasen.
Enchantée. Moi, c'est Mme Marjorie Chardin mais tu peux m'appeler Maude.
- Je suis ravi. - Merci.
Je crois qu'on va devenir de grands amis.
Je peux te déposer, Harold ?
Non, merci. J'ai ma voiture.
Il faut que je parte. Mais nous nous reverrons.
Dis-moi, est-ce que tu danses ?
- Pardon ? - Tu chantes ? Tu danses ?
- Non. - Non, je m'en doutais.
Cette femme ! Elle a pris ma voiture !
J'ai là les formulaires informatisés de l'agence nationale de rencontre.
Ils filtrent les grosses et les laides,
c'est donc une compagnie de grande classe.
D'abord, il y a le test de personnalité,
que tu dois remplir et renvoyer.
Alors, es-tu prêt, Harold ?
Voici la première question.
"Aimez-vous faire de nouvelles connaissances ?"
Je crois que la réponse est oui, tu ne crois pas ?
"Croyez-vous qu'on doive enseigner l'éducation sexuelle à l'école ?"
Je dirais non, n'est-ce pas, Harold ? Alors, on met un D, là.
"Une femme peut-elle être présidente des États-Unis ?"
Et pourquoi pas ? Oui, absolument.
"Connaissez-vous des blagues et aimez-vous les raconter aux amis ?"
Non, tu ne fais pas ça, n'est-ce pas, Harold ? Absolument pas.
"Avez-vous parfois l'impression que la vie ne mérite pas d'être vécue ?"
Qu'en penses-tu, Harold ? A ? B ? On va mettre C : Ne sait pas.
"Accorde-t-on trop d'importance à la question sexuelle dans les médias ?"
La réponse est oui, n'est-ce pas ?
"Acceptez-vous mal les critiques ?"
Non. On met un D.
"Avez-vous mal à la tête et au dos après une dure journée ?"
Oui, bien sûr.
"Vous endormez-vous facilement ?"
Je dirais oui.
"Êtes-vous partisan de la peine de mort en cas de meurtre ?"
Oui, certainement.
"Selon vous, la politique est-elle une perte de temps ?"
Juste ciel, non !
"Dieu a-t-il une influence sur notre existence ?"
Oui, absolument, oui.
"Dans votre religion ou votre philosophie personnelle
"croyez-vous à la vie après la mort ?"
Oui, absolument. C'est certain.
"L'enfance était-elle une bonne période de votre vie ?"
Oui, tu étais un merveilleux bébé, Harold.
"Pensez-vous que la révolution sexuelle soit allée trop loin ?"
Certainement.
"Jugez-vous déplaisante la pratique de l'échangisme ?"
Je trouve que la question est déplaisante.
"Avez-vous..."
Harold, s'il te plaît !
"Êtes-vous gai ou triste sans raison précise ?"
C'est tout à fait toi, Harold !
"Très chers frères, souvenons-nous de notre frère avec amour et foi
"que Dieu a rappelé à lui, loin des vicissitudes de ce monde.
"Dieu, ayez pitié, Jésus Christ, ayez pitié, Seigneur, ayez pitié."
Notre Père qui êtes aux cieux,
que votre nom soit sanctifié,
que votre règne vienne, que votre volonté soit faite, sur la terre...
Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien et pardonnez nos offenses
comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
Ne nous soumettez pas à la tentation mais délivrez-nous du mal.
Amen.
Pardon, mon garçon.
Un instant. Qui était cette vieille dame qui vous faisait signe ?
Bonjour, Harold. Je te dépose quelque part ?
Vous voilà, madame. N'est-ce pas vous qui conduisiez ma voiture, hier ?
- Celle avec le Saint Christophe ? - Oui.
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