The first 200 lines.
Par-delà les idées du bien et du mal,
il y a un champ.
Je t'y retrouverai.
Poète mystique persan du XIIIe siècle
TÉHÉRAN, IRAN 12 AOÛT 1979
INSPIRÉ DE FAITS RÉELS
Allez ! Venez dehors !
Non, khanum, c'est bien trop lourd, voyons.
Habibeh, tu travailles depuis 5 h ce matin.
- Je peux porter un gâteau. - Farnaz.
Navid, continue de sourire. Avec un peu de chance,
ça finira par me donner des neveux.
Khanum , je t'en prie, laisse-moi faire.
Votre attention, s'il vous plaît !
Votre attention. S'il vous plaît !
Approchez.
Ne vous inquiétez pas, je ne chanterai pas.
C'est promis.
Merci. Merci à tous
d'avoir fait le déplacement.
Je dirais qu'on a passé une année...
ombrageuse.
C'est le moins qu'on puisse dire.
Nous avons tous été mis à l'épreuve.
Sans exception.
Mais nous revoilà en train de faire la fête.
Et...
C'est à toi qu'on doit tout ça, mon fils.
À toi et à ton satané entêtement.
Je repense à ton grand-père, s'il avait été encore là.
Il aurait eu les mêmes mots pour moi.
Tu t'apprêtes à intégrer une université aux États-Unis.
- Félicitations ! - Bravo !
Il me semble avoir dit qu'il fallait qu'on y réfléchisse.
Et moi : N'y pense même pas en rêve.
Et pendant ce temps, il a fait
ce que tout jeune homme avec une...
Vous savez.
Tu as fait comme moi à ton âge.
Tu as pris les choses à bras-le-corps.
Et je ne pourrais vraiment pas être plus fier.
Donc nous y voilà.
Avec notre Parviz qui rejoint
la Deerfield Academy,
dans le Massachusetts.
Bon voyage. Et travaille bien.
Et ne t'avise pas de revenir avec un chapeau de cow-boy.
L'chaim.
En territoire ennemi
Huit mois à peine après la fuite du shah d'Iran,
l'ayatollah Khomeini et ses révolutionnaires islamiques
se sont solidement installés au pouvoir
et ont transformé le pays.
La charia est appliquée à la lettre.
Et une vague de violence vise désormais plusieurs des groupes
qui avaient pourtant œuvré à l'avènement de la révolution.
Cela concerne les étudiants, les socialistes,
les intellectuels et à peu près tous ceux
qui ne se reconnaissent pas du fondamentalisme islamique.
Le corps des Gardiens de la révolution islamiques...
Je t'en prie, chéri, allons nous coucher.
Il suffirait d'une petite étincelle, et boum.
Oy ,
tu ne te rends vraiment pas compte ?
Ou tu ne veux pas ?
Nous sommes assis sur une bombe.
Tu vois dans quel état ça te met ?
Ce n'est pas bon pour toi, tu es complètement remonté.
Remonté. Mais tu ne vois pas
que notre pays est au bord du séisme ?
Je t'en prie, Isaac, ne recommence pas.
Ouvre les yeux, Farnaz !
Et regarde bien.
Parce qu'un jour viendra, bientôt,
où il nous faudra tout abandonner.
Maman ? Papa ?
Est-ce que tout va bien ?
Tout va bien, mon chéri.
Qu'est-ce qu'il y a eu ?
Il a dû y avoir... un mauvais contact.
Oui.
Je... Il faut...
- que je finisse mes valises. - D'accord.
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
Dans un revirement sur sa précédente déclaration,
selon laquelle le gouvernement ne devrait pas être dirigé
par un chef spirituel suprême,
l'ayatollah a affirmé que la souveraineté...
Habibeh, tu peux éteindre, s'il te plaît ?
Oui, khanum.
Il faut qu'on parle.
Je rentrerai pour déjeuner.
D'accord. Vers quelle heure ?
- À 1 h. - Parfait.
Tu ne m'embrasses pas ?
- Au revoir, papa. - Au revoir.
Verrouille ta portière.
Vas-y maintenant, tu vas être en retard.
Shirin, mets ton foulard.
Comme tu es belle.
C'est magnifique, Harad.
Merci, patron.
Excellent.
Nous sommes en avance sur le calendrier.
Oui, les commandes seront expédiées demain.
Merci.
C'est un plaisir. Comme toujours. Au revoir.
Frère, Amin. On vient sur ordre des Gardiens
de la révolution.
Tu es en état d'arrestation.
Puis-je voir vos papiers ?
Tu ne devrais pas te préoccuper de la paperasse.
T'es bien le frère Amin, pas vrai ?
- Oui. - Alors suis-nous.
Je suis le frère Mohsen. Viens, suis-moi.
Assieds-toi.
Pas là. De l'autre côté.
Alors... frère Amin...
explique-moi ce que tu fais.
Je suis gemmologue.
Et joaillier.
Nos archives indiquent que tu vas en Israël,
disons... assez fréquemment. C'est exact ?
- Oui. - Pour quoi faire ?
Eh bien, monsieur, j'ai...
Je t'en prie, appelle-moi frère.
J'ai de la famille en Israël.
Mon frère.
Aucune loi n'interdit de voyager, il me semble.
Mon frère, es-tu proche du Mossad ?
Je n'ai rien à voir avec les affaires du gouvernement.
Ni ici ni dans aucun autre pays.
Je suis un homme d'affaires qui se trouve être juif.
C'est tout.
C'est pas si simple.
Parle-moi de ta femme. Farnaz Amin, c'est ça ?
- Qu'est-ce qu'elle fait ? - C'est une femme au foyer.
Ah bon. Alors...
Qu'est-ce qui est écrit là ?
Je crois bien lire Farnaz Amin.
Est-ce que je me trompe ?
Ça lui arrivait d'écrire de temps en temps, oui.
Tu te rends compte que cette patinoire
était l'antre du péché et que cet article est un élément
de Propagande ?
Non, ce n'est pas ce que vous croyez.
Elle n'écrivait tout ça que pour raconter ce qui l'entourait.
Mon frère...
Je vous en prie, dites-moi qu'elle va bien.
Il y a trop d'éléments en ta défaveur pour le moment.
- Allô ? - Farnaz.
Navid.
Merci de me rappeler.
J'ai pas arrêté d'essayer de te joindre. Où es-tu ?
Il serait préférable de pas en parler.
Quoi ? Comment ça ?
Je n'ai aucune nouvelle d'Isaac.
Isaac... il a été arrêté.
- Comment tu sais ça ? - Par un ami
qui avait rejoint les Gardiens à leurs débuts.
Mais pourquoi ?
Tu crois qu'il leur faut une raison ?
- Tu sais où ils l'ont emmené ? - Pas encore.
Dès que je le sais, je t'appelle.
Il faut que tu m'aides à retrouver ton frère.
Ils feront tout pour le faire craquer.
Après ça, on sera tous en danger.
Faut que je te laisse.
Je sais.
Ça sent mauvais.
C'est horrible.
Je suis désolé.
Je me présente. Je suis Mehdi.
- Isaac. - Raconte.
Comme c'est dehors ?
Dehors ? Comment ça ?
Depuis quand vous êtes là ?
Ça va faire presque huit mois.
Huit mois ?
Surtout, s'ils te demandent quoi que ce soit,
contente-toi du strict minimum.
Ne t'en fais pas. Amin-agha est un homme bon.
Et il sera relâché. Prie Allah.
Chaque pèlerin rejoint la Mecque à sa manière.
Ma sœur ?
Je suis à la recherche de mon mari.
J'aimerais savoir s'il est ici.
On ne donne pas ce genre d'information.
Mon frère, je t'en prie.
J'aimerais savoir s'il est toujours en vie.
Il n'est pas rentré à la maison, hier après le travail.
Il avait peut-être mieux à faire.
Je connais beaucoup d'hommes de cet acabit.
Mais Isaac Amin n'en fait pas du tout partie.
- C'est qui, elle ? - Je suis une amie.
D'accord. Restez là.
Tu vois, khanum, tu as bien fait de l'emmener.
Il a apprécié l'idée que quelqu'un comme toi
puisse avoir une amie comme moi.
- Entrez. - Ça va bien se passer.
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