The first 200 lines.
Sa palette est craquelée,
ses pinceaux desséchés,
cependant le génie
de Henri de Toulouse-Lautrec
est aussi frais et vivant
que le jour où il les posa.
Devant vous,
pendant un court instant,
ils vont être remis entre ses mains.
Toulouse-Lautrec,
son Paris bien-aimé
et son époque vont revivre.
J'espère que ton pantalon a craqué.
A les entendre, ils sont forts comme Hercule.
Mais après trois tours de polka, ils soufflent comme des phoques.
Il faudrait leur donner des sels.
Mes souliers sont trempés.
Ôte-les.
Je n'ai pas de chaussettes.
Quand on nous servira, tu paieras.
Vous buvez trop vite, M. Lautrec. Vous aurez des brûlures d'estomac.
J'ai soif !
Buvez plutôt du vin.
Pourquoi pas de l'eau !
L'eau, c'est pour les Américains.
Certains savent faire du trapèze volant.
D'autres savent être Président de la République.
Moi, je ne sais que boire du cognac.
Henri ! Une grande nouvelle !
Prends un verre.
- C'est la gloire ! - Encore ?
Vraiment !
Sais-tu qui est venu à la galerie ?
- Camondo ! - Pour s'abriter de la pluie ?
Et devine !
Ta "Blanchisseuse",
il l'a regardée et il a hoché la tête deux fois !
Tu comprends ce que ça signifie ?
C'est le succès !
C'est le plus grand collectionneur du monde !
Ses achats font les célébrités !
A-t-il acheté ?
Pas exactement.
Il ne pleuvait plus et il était pressé.
Crois-moi, il reviendra demain. Je m'occupe de tout.
Prends plutôt un verre.
C'est comme si l'affaire était conclue !
Tu l'as vue me marcher sur le pied ?
Tu l'avais frappée !
Moi ? Un jour, je lui couperai le cou
et je donnerai son cœur à manger à mon chat !
Si tu peux l'avoir. Elle a les bras longs.
- Tu m'as frappée ! - Non ! C'est toi !
Buvons un verre !
Vous revoilà amies.
Ces filles se conduisent comme des chattes de gouttière.
Un régiment d'anges ne rétablirait pas l'ordre.
Ce n'est pas mal.
Ça ferait une bonne affiche pour le Moulin.
Pourquoi pas ?
J'ai une idée, M. Lautrec.
Faites-moi une affiche et vous boirez gratis pendant un mois.
- Jamais je n'ai eu meilleure offre. - Pensez-y.
Voici avril
Les amoureux reparaissent
Le long des quais de la Seine.
Voici avril
Tous les regards brillent
Est-ce l'amour qui a mis ta main dans la mienne
Qui t'était destinée ?
Est-ce l'amour qui a chanté un air resté jeune
Alors que nous avons vieilli ?
Approche-toi, chéri
Et écoute le chant
De tes dix-sept printemps.
Dans le soleil et sous la pluie
Au bord de la Seine.
Au loin, au loin
Regarde le fleuve couler
Au moins, au moins
Puisse notre amour demeurer.
Voici avril
Les lilas sont en fleur
Tout le long de la Seine.
Voici avril
On chante de bon cœur.
Est-ce l'amour qui m'a conduite un dimanche
Danser avec toi sous les branches ?
Est-ce l'amour qui m'a renvoyé lundi
En écho la musique de la brise ?
Approche-toi, chéri
Et écoute encore
Le chant de tes dix-sept printemps.
Dans le soleil et sous la pluie
Sur les bords de la Seine.
- Comme ils t'aiment ! - Ils sont cruels !
Ils font semblant d'applaudir ma chanson.
En réalité, c'est mon cœur brisé qui les attire.
Qu'ai-je donc ?
Les autres femmes trouvent le bonheur
je ne trouve que des déceptions.
Mais souvent !
C'est ma faute, je le sais.
Je ne vois pas les hommes comme ils sont réellement.
La brume de mes rêves les enveloppe.
Ils marchent au son du pipeau d'un berger
et le matin dissipe la brume.
Pauvre Philippe !
Je le vois grelottant dans le froid de l'aube.
Que vient faire ici Philippe ?
C'est fini depuis des siècles. Excuse ma confusion,
Tu me disais la semaine dernière...
La semaine dernière, l'an dernier. Quelle différence ?
Pourtant il était supérieur à Etienne sur bien des points.
Sur tant de points...
Qui est Etienne ?
As-tu déjà eu affaire à un homme de loi ?
C'est à n'y pas croire !
Je n'étais pas l'objet de ses rêves
mais "la partie adverse".
Il ne me déclarait pas son amour.
Il "reconnaissait l'existence d'un état d'affection".
Pourquoi n'es-tu pas grand et beau ?
Deux de plus et je le serai !
Toi seul ne m'as jamais ennuyée.
Moi seul ne t'ai jamais aimée.
Là-bas...
Quelle magnifique créature !
Regarde ses épaules !
Pourvu qu'elles ne soient pas rembourrées.
Je vous reconduis ?
Il en reste un verre, Zidler. Je le finis.
Pardon, mon ami,
Je touche toujours les bossus et les nains pour me porter chance.
Tu es issu d'une glorieuse lignée.
Ton arrière-arrière-arrière arrière-grand-père,
Raymond, quatrième comte de Toulouse,
conduisit les Croisés contre les Turcs à Jérusalem.
Nous avons été ducs d'Aquitaine, comtes de Rouergue,
de Quercy, d'Albi,
marquis de Narbonne,
vicomtes de Lautrec,
mais surtout, nous sommes et serons toujours comtes de Toulouse.
Aujourd'hui, je suis le chef de famille.
Un jour, ce sera toi.
Puis ce sera le tour de ton fils aîné,
puis de son fils
et des fils de son fils,
aussi longtemps que la France existera.
Permettez-moi de vous présenter...
Mon petit...
Mes jambes !
Les os se sont mal ressoudés.
Nous devons consulter un spécialiste.
Il faudra peut-être opérer.
Malheureusement, l'opération a échoué.
Il faudrait lui recasser les jambes
et espérer qu'elles se ressoudent mieux.
Vous devez savoir la vérité.
Tout ce qu'il était possible de faire a été fait.
Ses jambes ne grandiront plus.
Ce n'est pas vrai !
Vous êtes cousins germains, n'est-ce pas ?
En effet.
Je crains que ce ne soit là l'explication.
Vous ne vous souvenez pas de moi ?
Denise de Frontenac.
Nous n'aurions pas dû nous marier, Adèle.
Notre malheureux Henri est la preuve de notre erreur.
Nous ne devons pas avoir d'autre enfant.
Je dois vous quitter.
Mais je ne vous aime pas, Henri.
Je ferai tout pour votre bonheur.
Vous n'aurez pas à le regretter.
Vous me faites mal !
Vous épouser ? Quelle idée absurde !
Pourquoi ? Parce que je suis infirme ?
Oui, affreux petit monstre !
Aucune femme ne vous épousera jamais !
On se fait facilement des illusions.
Peu à peu, on minimise sa laideur
et on finit par se croire un garçon acceptable, légèrement différent.
Jusqu'au jour où l'on comprend qu'on est difforme et grotesque.
Un jour une femme te verra grand et bien constitué.
Elle t'aimera.
Aucune femme ne m'aimera jamais. Je le sais de source sûre.
Je pars.
Je vais à Paris.
Je veux devenir peintre,
tenter de mener ma propre vie.
Tu seras si seul là-bas.
Je serai toujours seul partout.
Je vous en prie ! Dites que je suis avec vous.
- Laissez-la. - Vous mêlez pas de ça.
Laissez-la ou j'informerai la police.
La police!
Je suis de la police !
Et votre uniforme ?
Inspecteur Balthazar Patou. Voici ma carte.
Je vous crois. Mais elle a passé la soirée avec moi.
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