The first 141 lines.
La Voix Humaine
0bis
Librement adapté de la pièce de Jean Cocteau
0ter
Je suis à vous dans une minute.
0quat
- Voilà - Super ! Merci beaucoup
Puis-je vous aider ?
S’il-vous-plaît.
Assis. Assied-toi.
Cinquante.
- Un reçu ? - Non.
Merci.
Au revoir. On y va.
Il fût un temps,
quatre années consécutives, jusqu'à Il y a trois jours,
Quand je t'attendais, pendant que je regardais un DVD ou que je lisais.
Et que toujours tu revenais.
La nuit était à nous, et quelques matinées entières.
Il y avait aussi des après-midi qui, comme par magie,
se transformaient en nuits.
Tu es toujours revenu.
Jusqu'à il y a trois jours.
Enculé !
Ta gueule !
Merde.
Allo ?
Oh, c’est toi.
Oh, tu te transformes en robot.
Oui, c'est mieux. je t'entends, à présent.
Je... j’étais dans la rue.
Je n'entends pas le téléphone dans la rue.
Merci d'avoir rappelé.
Oh, je n'ai pas arrêté.
Je suis allée au théâtre les deux dernières soirs, avec Marta,
Et, euh, j'ai pris des médicaments.
Et, euh... Oh, j'ai aussi vu Fabian, mon agent.
Compulsivement j'ai acheté à manger.
Eh bien, s'il y a une chose dont je n'ai pas à me plaindre, c'est mon métabolisme.
Il brûle tout.
Je, euh... vietnamien et italien. Je ne connais pas les noms.
Eh bien, pour être honnête, les trois derniers jours, je n'ai pas arrêté.
Je ne sais pas si je m'amuse, en fait.
Oui tu as raison. Mon esprit est très occupé, oui.
Et je ne m'arrête pas.
Je m'échappe.
Eh bien, tu m'as dit de sortir.
Fuir, sortir. Qu'importe? C'est la même chose.
Hier soir ?
Euh, je... je suis allé me coucher. Très tôt.
J'étais très fatiguée, et je me suis endormie rapidement, et, euh...
Et puis Sofia est arrivée, et nous déjeuné, puis nous sommes allés faire du shopping.
Mmm. Des choses futiles.
Des choses pour l'appartement. Des trucs pratiques.
À l'avenir, je serai une femme pratique, pour changer.
Et, euh... Et je dois m'occuper. C'est ce que m'a dit mon psy.
Je suis allée le voir aussi.
Eh bien, je devais y aller.
Pour te sauver et me sauver.
Je t'ai tellement aimé.
J'ai eu peur de te faire du mal.
N'as-tu pas réalisé que ça me rendait nerveuse,
Chaque fois que nous étions dans la cuisine et je voyais un couteau,
Et je devais le ranger immédiatement.
Ça me faisait peur d'imaginer que je pourrais te planter un couteau dans la poitrine.
Te tuer ? Non, non, non, non, jamais.
Au contraire.
C’est comme, euh...
C'est comme Marta avec son vertige.
Et, Et, Et le pire, au plus haut,
Ne devient-elle pas étourdie face au vide.
C'est que le vide l'attire, comme un aimant.
Tu comprends ?
C'est comme si sa peur de tomber la poussait à sauter.
Et puis, et puis la même chose m’arrivait avec les couteaux.
La peur qu’il t’arrive quelque chose de mauvais.
Ca me faisait imaginer que ma main brandissait un couteau
Et que je te l'enfonçais.
Je... j'avais peur de moi-même.
e veux dire, pendant une seconde, je visualisais ton corps blessé et ensanglanté.
Tu ne peux même pas imaginer comment je me sentais.
Je... j'avais peur de moi-même !
Et j'avais besoin de l'aide d'un spécialiste.
Alors je suis allé voir un psychiatre.
J’avais besoin d'inventer de nouvelles habitudes.
Remplacer toutes celles que j'avais pris avec toi.
Même si je ne veux pas faire n'importe quoi.
Même si je fais tout comme un automate.
Oui, mais ne t’inquiéte pas, Je ne mentionne jamais ton nom.
Oui, je vais me jeter dans mon travail.
Tu ne le croira pas, mais Fabian, mon agent, dit que...
les femmes de mon âge sont encore à la mode.
La beauté intemporelle, il appelle ça. Les clients aiment ma pâleur.
Ce mélange de folie et de mélancolie.
Je pense que c'est une putain de blague.
Je suis un déchet. Je suis la ruine de ce que j'étais autrefois.
Mais si c'est ce qui se vend maintenant.
Et ce serait bien de travailler sur quelque chose.
Oui, tes valises sont prêtes.
Elles le sont depuis trois jours.
Elles sont là, marre de t’attendre.
Le sens de l'humour ?
Eh bien, je n'ai jamais vraiment réussi à l'utiliser avec toi.
Quand je suis folle de quelqu'un, je perds mon sens de l'humour.
C'est très gênant, de ne pas être capable d'être drôle
avec la seule personne avec qui tu aurais le plus aimé être drôle.
Non, je n'étais pas drôle avec toi.
J’étais... particulière.
Audacieuse.
Soumise.
Fine.
Passionnée.
Et chanceuse.
Je suis entré dans ta vie à un moment où tu voulais essayer de nouvelles choses,
de nouveaux sentiments.
Comme si désirer quelqu'un n'était pas le sentiment le plus ancien du monde.
Et j'étais une femme différente.
Tellement différente que parfois, je pense tu as oublié que j'étais aussi une femme.
Oui, et j'ai accepté la situation.
Je ne dis pas que j'ai apprécié te partager,
mais vu les circonstances, j’ai accepté l'humiliation.
Même si j’en ai souffert comme un chien.
Non, je sais que ce n'était pas ton intention. Je ne te fais aucun reproche.
J'étais au courant, mais je n'en ai pas moins apprécié.
J'ai souffert comme un animal, mais j'ai joui comme un animal.
J'étais tellement ivre, tellement intoxiquée.
J’en oubliais le temps et la réalité.
Mais la réalité l'emporte toujours.
Notre amour allait à l'encontre de beaucoup de choses,
et j’en ai accepté les risques.
Et ce que j'ai eu en échange, ce fût quatre ans de bonheur avec toi.
Je n'ai jamais pensé que la vie s'adapterait à mes désirs.
J'ai payé un prix très élevé.
Mais ce que j'ai eu en échange, c'est au-delà de toute mesure.
Je ne t'accuse pas, mon amour, et je ne me trompe pas.
Ce sont les règles du jeu, la loi du désir.
Et quatre ans de bonheur avec toi...
c'est inestimable.
J'accepte tout.
Tu peux me reprocher d'être un aventurière, mais je paye toujours le prix.
Non, tu as raison, ce n'est pas de bon goût de parler de prix. Je suis désolée.
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