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L'OMBRE D'UN DOUTE
DÉCHARGE INTERDITE
CHAMBRES
Entrez.
M. Spencer. M. Spencer, je ne veux pas vous déranger...
mais deux hommes sont passés.
Ils vous ont demandé. Un jeune et un plutôt plus âgé.
J'ai dit que vous étiez absent. Ils étaient désolés.
- Ils ont dit qu'ils reviendraient ? - Non, mais je pense que oui.
J'ai dû aller au magasin là, maintenant. Ils étaient au coin.
J'aurais peut-être dû les laisser entrer mais vous vouliez la paix...
- Oui ? - Et je suis sûre qu'ils reviendront.
Vous m'avez l'air fatigué, et c'est la vérité.
Vous avez mal au crâne ?
Je pense que vous avez peut-être besoin d'un vrai repos.
Vous ne devriez pas laisser tout cet argent traîner, M. Spencer.
Ça me rend nerveuse.
Tout le monde n'est pas honnête, vous savez.
Bien que je n'aie pas eu de problèmes de ce genre.
Vos amis m'ont dit...
de ne pas mentionner leur passage.
Ils voulaient vous surprendre. Mais j'ai pensé que vous voudriez savoir.
Oui, bien sûr. S'ils reviennent, faites-les entrer.
- Oui. - C'est drôle, Mme Martin.
Ce ne sont pas exactement des amis. Ils ne m'ont jamais vu.
- C'est bizarre, n'est-ce pas ? - Vous l'avez dit.
Et maintenant que je suis ici, je vais devoir les rencontrer.
Je vais peut-être même sortir les rencontrer.
Ou peut-être bien que non. Pas encore.
Faites votre sieste. Je vais baisser le store.
Que savez-vous ? Vous bluffez. Vous n'avez rien contre moi.
Allô ? L'Union Postale ? Je veux envoyer un télégramme...
à Mme Joseph Newton à Santa Rosa en Californie.
Voici le message. Prête ?
Vous me manquez tous. Stop.
Vais venir vous rendre visite pendant un temps. Stop.
Arriverai jeudi, et essayez de m'en empêcher.
Vous communiquerai l'heure exacte plus tard.
Vous envoie mon amour à tous...
et un bisou pour la petite Charlie de la part d'Oncle Charlie.
C'est ça. C'est la signature. "Oncle Charlie."
C'est ça. Santa Rosa.
Santa Rosa, Californie.
Ann ! Ann, réponds au téléphone.
Résidence Newton. Ann Newton à l'appareil.
Bonjour, Mme Henderson. C'est Ann.
Maman n'est pas encore rentrée.
Un télégramme ? Eh bien...
je ne vois pas de crayon. Mieux vaut peut-être qu'elle vous rappelle.
J'essaye d'avoir l'esprit libre de choses sans importance...
parce que je dois garder tellement de choses à l'esprit.
Des choses innombrables.
Je lui dirai de vous appeler. Merci de votre appel.
Au revoir.
Bonjour, Ann. Où est ta mère ?
- Elle est sortie. - Sortie ?
Mme Henderson vient d'appeler du bureau de l'Union Postale.
Elle dit que nous avons un télégramme.
Je l'aurais écrit mais je ne trouvais pas de crayon.
Un télégramme, hein ?
Je savais qu'il y aurait des ennuis si ta tante Sarah passait le permis.
- Où a eu lieu l'accident ? - Je n'ai pas pris de notes.
Alors fais-moi un bisou.
CRIMES NON ÉCLAIRCIS
C'est très drôle, n'est-ce pas ? Je suis pratiquement une enfant...
et je ne lirais pas les choses que tu lis.
Je suppose qu'elles te donneraient des cauchemars.
Des cauchemars ? Tu ne comprends pas, papa. Les mystères ont fait...
- Où est Roger ? - Il est sorti. L'esprit moyen...
- Où est Charlie ? - Dehors. Non, en haut, à réfléchir.
Ne lis pas trop. Tu vas t'abîmer les yeux.
Et laisse mon livre tranquille. Qu'est-ce que tu lis, toi ?
Ivanhoé.
Qui est-ce ?
C'est moi.
Qu'est-ce que tu as ? Tu ne te sens pas bien ?
Non. Je vais très bien.
Je pense depuis des heures et j'ai conclu que j'abandonne.
- Purement et simplement. - Qu'est-ce que tu vas abandonner ?
Réfléchis-tu au fait qu'une famille doit être une chose merveilleuse ?
Et que notre famille s'est désintégrée ?
- Ah bon ? - Bien sûr que oui.
On a notre train-train et il ne se passe rien. On s'encroûte.
J'y pense depuis des mois. Quel va être notre avenir ?
Allez, Charlie. Ça ne va pas si mal que ça.
- La banque m'a augmenté en janvier. - L'argent.
Comment peux-tu parler d'argent quand je parle d'âmes ?
On mange et on dort, et c'est à peu près tout.
On n'a même pas de vraies conversations.
- On parle, c'est tout. - Et on travaille.
Oui. Ma pauvre mère. Elle travaille comme un forçat.
- Absolument. - Où est-elle ?
Elle est sortie. À son retour, ça sera exactement la même chose.
Dîner, vaisselle, dodo. Comment supporte-t-elle ça ?
C'est vraiment une femme merveilleuse, tu sais ?
Ce n'est pas qu'une mère. On devrait faire quelque chose pour elle.
- Tu ne crois pas ? - Si. À quoi pensais-tu ?
Oh, à rien, je suppose.
Je suppose qu'il faudra qu'on attende un miracle.
Tu as tout à fait raison, Charlie. Je vais trouver un moyen...
Je ne crois plus aux bonnes intentions.
Je n'attends plus qu'un miracle.
Les escaliers de derrière sont raides.
Qu'est-ce qu'il y a, Charlie ? Qu'est-ce qu'elle a, Joe ?
- Eh bien, il semble que... - Je suis une vieille enquiquineuse.
Et tu es allée en ville avec cet affreux chapeau que tu devais jeter.
- Maman ! - Qu'est-ce que ça peut bien faire ?
Je ne vois pas pourquoi tu la laisses crier. Si elle...
Je descends de toute façon.
De quoi parliez-vous quand je suis entrée, Joe ?
Un miracle ?
Ce n'est rien. Charlie est un peu souffrante.
Ça va aller mieux. Viens, chéri. Descendons.
Ça ne sert à rien de rester ici.
Je vais aller me chercher une bière.
Maman, je vais aller au centre-ville envoyer un télégramme.
À qui veux-tu envoyer un télégramme, ma chérie ?
Je connais quelqu'un qui viendra nous secouer. Il nous sauvera.
Comment ça, "Il nous sauvera" ?
Tout ce temps, une seule personne pouvait nous sauver.
- Tu as l'adresse d'Oncle Charlie ? - Oncle Charlie ?
- Ne lui demande pas d'argent ! - Mais non ! Ça ne nous aiderait pas.
- C'est quoi, son adresse ? - La dernière...
J'ai fait combien de pas entre ici et le drugstore aller-retour ?
- 649. - Non.
Si tu as oublié, je ne te le dirai pas.
- Je me souviens. Philadelphie. - On ne demande pas à un homme...
occupé comme lui de faire tout ce chemin pour rien.
Il viendra pour moi. Vous m'avez donné son nom.
Et puis, on est sa seule famille.
Si on remonte la 4ème rue, ça fait 802.
- Devine, Maman. - Je n'ai pas le temps.
Qu'est-ce que tu as dans les cheveux ?
Je vais te le dire quand même même si c'est mieux quand on devine.
Mme Henderson a dit de l'appeler parce qu'on a reçu un télégramme.
Tu ne devrais pas te mettre des choses derrière les oreilles.
- Ça peut te rentrer dans l'oreille. - Ann dit qu'on a un télégramme.
Tu devrais te renseigner. Quelqu'un est peut-être malade.
Mme Henderson ne m'a pas lu le télégramme...
parce que je ne trouvais pas de crayon.
Plus tard, ma maison sera remplie de crayons bien affûtés.
Mme Henderson a dit de qui était le télégramme ?
Non.
Elle a peut-être dit de qui c'était.
- Allez, Ann. C'est ma chaise. - Je vais appeler pour savoir.
Si vous voulez bien ne pas faire de bruit une seconde.
Allô. Le 181, je vous prie. Je me demande qui ça peut être.
Oh, rien, opératrice. Seulement le 181.
- Si c'est de ma sœur... - Allô ?
Mme Henderson ? Ici Emma Newton.
Ann dit que vous avez un télégramme pour moi.
Pas besoin de crier, maman.
Vraiment, papa. On dirait qu'elle n'a jamais vu un téléphone.
Elle ne tient pas du tout compte de la science.
Elle croit devoir s'époumoner pour couvrir la distance.
Comme c'est merveilleux ! Vous avez dit jeudi ?
On dirait que quelqu'un vient.
- Qui vient, maman ? - Quelle merveilleuse surprise !
C'est mon frère, vous savez. Mon cadet. Le petit.
Bien sûr. Vous savez comme les familles gâtent les plus petits.
C'est tout simplement merveilleux.
Merci infiniment, Mme Henderson.
Qu'en dis-tu ? Charles arrive.
- Qui ? - Votre Tonton Charlie.
Tu as dit : "Charles" ?
Et notre Charlie est allée lui envoyer un télégramme.
- Qu'est-ce qui lui a donné l'idée ? - Comment ça, notre Charlie...
Bonjour, Charlie. Je viens d'appeler chez toi.
- Un télégramme pour ta mère. - Ah bon ?
J'allais le donner à Bill Forest, mais tu peux le prendre.
- Merci. - C'est de ton oncle. L'enfant gâté.
Mon oncle ? Mon oncle Charlie ?
Oui.
Mme Henderson, croyez-vous à la télépathie ?
J'ai intérêt. C'est mon métier.
Pas la télégraphie. La télépathie mentale.
Comme, par exemple, supposez que vous pensiez...
à une personne qui est sur votre longueur d'ondes.
À des kilomètres de là, elle capte votre pensée et elle répond.
- Et c'est entièrement mental. - Je ne vois pas de quoi tu parles.
Je n'envoie des télégrammes que de la façon normale.
Il m'a entendue.
- M. Otis ? - Oui ?
Vous êtes presque à Santa Rosa. Soyez prêt avant l'arrivée.
- Je suis prêt. Merci. - Je vais vous chercher vos bagages.
- Comment vous sentez-vous, M. Otis ? - Plutôt bien.
Un peu faible, mais plutôt bien en général.
Harry, dis au bagagiste que tu es médecin.
Demande si tu peux faire quoi que ce soit pour ce pauvre homme.
- Je suis en vacances. - Mon mari est médecin, et s'il...
Non, madame. C'est un homme très malade. Il ne consulte personne.
Moi-même, je ne l'ai pas vu depuis que nous sommes montés.
Tu n'as pas très bonne mine non plus.
Nous y voilà. Venez, les enfants.
Ferme la porte, là. C'est ça.
- Es-tu... - Charlie. La jeune Charlie.
Au départ, je ne t'ai pas reconnu. Je te croyais malade.
- Malade ? - Tu n'es pas malade, dis ?
Regarde, papa ! Le voilà !
Mais tu n'es pas malade ! C'était trop drôle.
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