The first 200 lines.
Encore la messagerie ?
Hé, Che !
Qu'est-ce que tu fabriques ?
Les humoristes qui passent à la télé se contentent de parler sur scène.
A quoi ils jouent ?
On appelle ça des programmes spéciaux, mais ils n'ont plus rien de spécial.
Ça n'a rien à voir avec le temps où ils portaient des costards en cuir.
Tu te souviens de ça ? C'était le bon vieux temps.
Ils montaient sur scène
et ils donnaient tout, les performances étaient inoubliables.
Maintenant, les types qui montent sur scène n'ont rien à dire.
Tu dois dire des trucs importants, Che, parle de ce qui se passe.
Tu es au bon endroit pour ça,
dis ce que tu as sur le cœur, n'aies pas peur de t'exprimer.
Mesdames et messieurs,
je vous demande de faire du bruit.
Merci d'accueillir Michael Che !
Merci !
Merci beaucoup !
Putain !
Vous me remontez le moral.
J'ai passé une sale journée.
J'avais bien besoin de ça.
Un SDF m'a traité de nègre dans le train.
Comme c'était un SDF, je n'ai rien dit, je croyais que c'était la loi.
Je croyais qu'on devait laisser un SDF dire ce qu'il voulait
et faire semblant de ne pas le voir.
Je suis le seul à penser ça ?
Quand un SDF monte dans le train et se met à crier,
je deviens comme un garde britannique : je regarde droit devant, sans bouger.
"Tu peux dire ce que tu veux, le SDF, ça ne m'atteint pas."
"Mais ne me touche pas avec les mains mouillées."
Je...
n'essaie pas d'être insensible.
J'ai donné 20 dollars à un SDF sans le vouloir.
Ça vous arrive de voir quelqu'un et de vouloir l'aider ?
J'ai vu un type que j'ai voulu aider, je me suis approché
et j'ai mis la main dans ma poche.
J'ai senti que j'avais un billet,
je l'ai sorti et j'ai vu que c'était un billet de 20 dollars.
Lui aussi.
Je ne pouvais pas faire demi-tour, imaginez la fausse joie.
Je n'allais pas m'approcher du SDF et lui dire :
"Ah, non, ça, c'est pas pour ta gueule."
Je ne voulais pas lui donner 20 dollars.
J'ai pensé à acheter un truc que je ne voulais pas
pour faire de la monnaie.
Comme un soda dont je n'aurais bu que la moitié...
pour ne pas gâcher mon argent.
Mais c'est un être humain, je lui ai donné le billet.
Il était content, mais il était surpris. Il m'a demandé : "Vous êtes sûr ?"
J'ai répondu : "Bien entendu, vous êtes humain, vous le méritez."
Il m'a dit : "Que Dieu vous bénisse."
J'ai dit : "C'est le moins que je puisse faire."
Il voulait me prendre dans ses bras, j'ai dit non.
J'ai proposé de lui serrer la main.
Il m'a tendu sa main, elle était trempée.
J'étais furieux.
J'ai eu trop peur de serrer le poing pour le frapper.
Je ne voulais pas activer le liquide que j'avais sur la main.
Je l'ai regardé et j'ai espéré qu'il ne devienne pas collant en séchant.
Il m'a traité de nègre.
C'est un mot difficile à gérer.
J'ai fait une blague là-dessus pendant un autre spectacle.
Et le public est devenu silencieux, comme vous.
J'ai essayé de détendre l'atmosphère, de les faire rire à nouveau.
Ça a marché, ils ont ri et ont oublié ce que je disais.
Moi aussi j'ai oublié ce que je disais.
J'ai dit : "De quoi est-ce qu'on parlait ?"
Et une femme blanche au fond a crié : "Des nègres !"
Vous en riez, mais le public n'a pas trouvé ça drôle.
Tout le monde était horrifié !
J'ai entendu : "Frappez-la !" Je n'allais pas la frapper.
Elle avait raison, c'était de ça que je parlais.
Ce n'est pas comme si je parlais de basketball quand elle a crié ça.
Et elle n'a pas crié de façon agressive, le ton fait la différence.
Elle a crié et a eu l'air gêné.
Ce n'était pas une remarque raciste, elle voulait juste entendre la chute.
Je ne pouvais pas lui en vouloir.
Je ne pouvais pas lui en vouloir.
Si c'était un homme blanc, ce serait différent.
C'est parce que ça me met la pression, en tant qu'homme noir.
Je ne sais pas si vous le savez,
mais si un homme blanc me traite de nègre,
ça veut dire que je dois me battre.
Même si ça ne me fait rien, je dois me battre.
C'est une obligation pour un homme noir.
Et il faut que je gagne !
Si je perds, il va sans doute me le répéter.
Vous imaginez raconter ça ?
"Un type m'a traité de nègre hier."
"Qu'est-ce que tu as fait ?", "Je me suis fait tabasser."
"Ensuite, il m'a insulté à nouveau et il est parti sur un Vélib'."
Le Vélib', c'est le moyen de transport le plus typiquement blanc.
Je ne sais pas pourquoi.
Beaucoup de blancs me demandent, mais je suis incapable de répondre :
"Quand est-ce qu'on peut le dire et quand est-ce qu'on ne peut pas ?"
"Je peux le dire ?" Tu n'as qu'à essayer.
Les blancs qui utilisent ce mot ne sont pas tous racistes.
Peut-être juste qu'ils aiment la musique.
Pour moi, le titre de raciste se mérite.
Ça ne suffit pas d'insulter un noir, le racisme se mérite.
Une blanche m'a traité de nègre pendant une dispute,
mais je la connais depuis 20 ans, elle ne peut pas être raciste.
Parce qu'elle n'a aucun amour-propre.
Quand on ne croit pas en soi, on ne se sent pas supérieur aux noirs.
Désolé.
Il faut être très sûr de soi pour être un suprématiste.
Vous pensez qu'Hitler avait des complexes ? Non !
Cet enfoiré croyait en lui, il avait un objectif.
Dites ce que vous voulez sur Hitler...
Ça devrait être le titre du programme : Dites ce que vous voulez sur Hitler.
Je n'aime pas quand un blanc me demande s'il peut dire le mot.
Ça me rend un peu...
Si un blanc me demande s'il peut dire "nègre",
c'est un peu comme si un alcoolique me demandait une gorgée de ma bière.
C'est sans doute innocent, mais ça peut déraper et je ne veux pas...
Je ne veux pas être responsable de ça.
Je ne comprends pas pourquoi les blancs ne peuvent pas accepter
qu'il y a des choses qui ne se disent pas.
Moi, il y a des choses que je ne peux pas dire.
Comme "se chier dessus".
Je me sens mal à l'aise de le dire, même dans mon propre programme.
Je ne savais pas que c'était une expression, vous la connaissez ?
La première fois que je l'ai entendue, c'était au travail,
un interne était parti me chercher un café.
Il m'a ramené le mauvais.
Je lui ai dit : "Je n'avais pas commandé ça."
Et il me répond : "Pardon, Che, je me suis chié dessus sur ce coup-là !"
J'ai dit : "Je te demande pardon ?"
Il répond : "Ça veut dire que je me suis trompé."
J'ai dit : "Non, ça veut dire que tu t'es chié dessus."
"Tu ne devrais pas dire ça sur ton lieu de travail."
J'ai appris depuis que c'est une expression utilisée très souvent.
Sans doute que les blancs ont ce problème régulièrement.
Et ils ont dû en parler comme de quelque chose de terrible.
Jusqu'à ce que ça passe inaperçu dans une conversation normale.
"C'est le mauvais café." "Je me suis chié dessus."
"Ne change pas de sujet, tu m'as ramené le mauvais café."
"Tu as le mauvais café, je me suis chié dessus."
"On a tous nos problèmes."
On peut dire qu'il n'avait pas le cul bordé de nouilles.
Tenez, encore une expression débile.
J'aborde le racisme d'emblée, parce qu'en ce moment,
il y a beaucoup de tensions.
Surtout entre les noirs et la police, vous l'avez peut-être vu dans les infos
ces 400 dernières années.
Je ne sais pas si vous l'avez vu.
On traverserait une période difficile.
Mon frère est flic.
Je fais attention avec lui.
Je l'adore, mais je fais attention.
Surtout en ce moment, c'est dangereux.
Je ne le vois qu'à Thanksgiving.
A table, je fais gaffe : "Je ne prends que les pommes de terre."
Il déteste ça, ça ne le fait pas rire du tout.
Moi, ça m'éclate !
On n'est plus d'accord sur rien.
Personne n'est d'accord dans ce pays, on se bat pour tout.
Même à propos du mouvement Black Lives Matter.
Ça crée la polémique.
"Les vies noires comptent."
On ne dit pas qu'elles comptent plus, juste qu'elles comptent.
Elles comptent.
Elles comptent, c'est tout.
C'est à ce niveau qu'on commence les négociations.
Elles comptent.
Et on n'est pas d'accord là-dessus ? Qu'est-ce qu'on peut dire de moins ?
Que les vies noires existent ? On a le droit de dire ça ?
Ça va créer une polémique ?
On demande toujours le plus petit dénominateur commun.
On réclame les droits les plus limités.
Les homosexuels réclament l'égalité.
L'égalité. Saviez-vous que c'était une possibilité ?
Qu'on peut réclamer l'égalité ?
Certains vont dire :
"Je pense qu'on devrait tous avoir les mêmes droits."
Et d'autres disent :
"Non, je ne suis pas d'accord."
"Je ne pense pas."
Les noirs se sont battus pour les droits civiques, pas égaux.
Seulement civiques.
"Allez, on se contentera des droits civiques."
"Rien que les droits civiques."
"Arrêtez les manifestations, les mecs, on se contentera des droits civiques."
Ils ne disent pas que les vies noires ne comptent pas.
Non, ce n'est pas leur argument.
Ils font plus forts que ça.
Ils disent : "Toutes les vies comptent."
Sérieusement ? On fait dans la sémantique ?
Imaginez si votre femme vous demande : "Est-ce que tu m'aimes ?",
et vous répondez : "J'aime tout le monde, ma chérie."
"J'aime tous les enfants de Dieu
et tu en fais partie."
Pourquoi les noirs acceptent les choses si facilement ?
Merci à la dame noire.
Pourquoi est-ce qu'on accepte les choses si facilement ?
L'esclavage ? Oh, c'était il y a 400 ans.
La ségrégation ? Oh, vous avez le mois de l'histoire des noirs.
On vous a dédié le mois de février.
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