The first 169 lines.
Putain, mais qu'est-ce qui va pas ?
Je suis peut-être née comme ça.
Si tu nais dans une famille qui s'en fout,
peut-être que toute ta vie, les gens s'en foutront.
Tu ne mérites pas d'être aimée.
Tu es née comme ça.
Je me sens seule, bordel !
Je suis si seule.
J'ai l'impression d'être une enfant.
Une enfant...
J'ai besoin de réconfort.
Mes parents me manquent.
Mais je me demande fondamentalement
pourquoi ils m'ont mise au monde.
Ça va ?
Pas de réseau.
Je ne me rappelle aucun moment de tendresse avec ma mère.
Aucun.
Je suis allée la voir en prison.
Elle venait dans ma famille d'accueil, totalement déchirée.
Elle promettait d'aller en désintox, d'arrêter,
et de nous récupérer.
Tu attends, tu attends et il ne se passe rien.
Tu te dis :
"Elle ne m'aime pas assez pour arrêter."
Je me souviens d'elle
après sa sortie de prison.
On a passé un bon moment, avant qu'elle meure.
J'ai pris un café avec elle.
Un café. J'étais une adulte, une femme.
Je crois me souvenir qu'elle n'avait pas toutes ses dents.
Je me souviens que je me suis dit qu'elle n'était pas méchante.
Je n'aurais pas aimé avoir sa vie.
Mais ce n'était pas ma mère.
Elle m'a mise au monde, mais n'a jamais été une mère.
Je veux que ma sœur change le destin des Mokhenache,
le cycle de cette famille.
J'ai l'impression que cette famille est maudite.
Il y a une malédiction.
C'est effrayant de voir sur combien de générations.
Une femme qui fait un enfant, l'abandonne,
va en prison, fume...
Je l'ai vu, Leila l'a vu, ma mère l'a vu.
Le cycle se répète.
Mais nous deviendrons la référence.
Si une génération brise le cycle,
on donnera une chance à la prochaine
d'avoir de nouvelles références.
Attends.
Je crois que c'est coincé.
J'ai faim.
J'ai faim !
Pardon ?
Qu'est-ce qui se passe ?
J'ai faim.
Je vais aller te chercher à manger. Sucré ou salé ?
Salé.
Salé.
Mais Marion est en train de préparer
des œufs et de la purée.
J'attends. Ensuite, on échangera pour que j'aille manger.
Je vais quand même aller te chercher à grignoter.
À cette époque, on a des vents de nord-est.
Plus on va vers le nord,
meilleur est l'angle pour Reykjavik.
Puisqu'on embarque des scientifiques sans grande expérience,
il faudra trouver un compromis.
Du confort,
une vitesse adéquate, pas trop de miles.
Évitons tout retard.
Mais si les conditions sont difficiles,
on se retrouverait coincés deux semaines.
Le problème ne sera pas d'être coincés,
mais que la glace commencera à dériver
à cause des courants en direction du nord.
Entre le vent et le courant,
les 100 premiers miles seront tendus.
Il n'y a pas de courants forts, là ?
Pas trop, non.
Nous sommes une force.
Si les gens ne voient pas de cohésion entre nous,
on leur donne le bâton pour se faire battre.
- Ils gâcheront l'expédition. - Voilà.
On doit montrer qu'on forme un bloc.
Que ce soit toi, toi ou moi,
on dit la même chose.
Une interrogation ? On se renseigne.
On ne sait pas tout, on doit réfléchir.
Tout ça apportera une certaine discipline.
C'est extrêmement important.
Vous le savez, c'est parfois compliqué.
En arrivant, ils croient que tu es le capitaine.
Il leur faut du temps pour accepter l'idée
qu'une femme de 1,60 m puisse être une excellente capitaine.
Vous le voyez, au début, je porte un masque.
Je prends une grosse voix.
Je fais en sorte
de cacher mes émotions, de jouer la dure.
Quand ils voient que je suis fiable, que je sais de quoi je parle,
ils commencent à se détendre, et moi aussi.
Mais s'ils voient que mon équipage ne me respecte pas, ne m'écoute pas,
ou s'il y a des tensions,
ils vont faire de ma vie un enfer.
Il est très important qu'on se serre les coudes.
On n'a pas le choix.
La couleur de l'eau est différente à environ 10 mètres.
Je vais continuer comme ça.
Quand ce sera bon et que j'aurai ces deux-là à 90°,
je les contournerai.
C'est pas flagrant, mais il y a une légère différence de couleur.
Je pense qu'il y a plus d'eau sur la gauche que sur la droite.
Allan !
On a 50 mètres de profondeur.
Si on est une femme un tant soit peu jolie,
c'est hyper difficile !
Ça te pompe une énergie folle.
Quand on rencontre un homme, c'est épuisant.
Imagine qu'en pleine nuit,
quelqu'un s'est pointé pour me toucher la chatte.
"Hayat, tu es une super capitaine, tu viens du Sud..."
J'ai voulu repousser sa main, il voulait me toucher.
"Allez, Hayat, allez..."
"Tu me touches pas si j'ai pas envie."
Il est devenu super agressif, mais je lui ai dit :
"Écoute, si ça se reproduit, compte pas sur moi pour me taire."
C'était pas la première fois. L'an dernier, en Finlande,
il me regardait en remuant sa langue de façon dégoûtante.
C'est arrivé bien trop de fois.
Aux Caraïbes, j'ai vécu des situations
où un sale dégueulasse, avec sa femme à bord,
venait me voir et frottait sa queue contre moi.
Une fois, ça passe.
Le bateau est étroit, on peut se toucher par mégarde.
Mais à chaque fois qu'il allait dans la cuisine ?
Putain !
Laisse-moi tranquille !
On a le droit de faire ce boulot sans que...
J'ai rencontré une Anglaise, qui est à bord,
qui navigue super bien.
Elle a plein d'histoires comme ça. Je ne suis pas la seule.
Mais si on parle, on est "folle".
On a le droit de décider ce qu'on veut faire de notre corps.
J'ai dit au syndicat qu'il y avait un problème.
J'ai fait sept heures de bagnole pour en parler,
avec l'espoir infini qu'on m'aide.
Le type m'a dit :
"Vous devez vous débrouiller seule."
Pardon ?
J'ai été choquée. Sous le choc.
Je n'oublierai jamais son visage,
ni ses mots,
ni sa froideur.
Ça m'a bouleversée
de supporter le sexisme, le racisme,
l'injustice.
Traverser ces épreuves seule, c'était trop.
Je ne sais pas si je vais tenir, je suis si fatiguée !
Je ne peux pas apaiser ma souffrance quand la vie me maltraite.
Je ne sais pas quoi faire.
Les vêtements sales...
Les vêtements sales, on les met ici.
Ça, c'est à toi.
Écoute, tous les vêtements sales doivent être mis dans ce coin.
Ensuite, tu le mets au frigo.
Ça veut dire quoi ?
Qu'est-ce que c'est selon toi ?
Le voilà.
- Ça, c'est le frigo. - Oui.
Et ça, c'est...
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