Μια αιωνιότητα και μια μέρα
The first 184 lines.
Alexandre, tu viens ? On va dans l'ile.
- Ou ca ? - Dans l'ile.
On va plonger pour voir la ville antique.
Apres, on montera la-haut sur le rocher...
et on saluera les bateaux qui passent.
Qu'est-ce que tu sais, toi, de cette ville antique ?
Grand-pere dit que cette cite heureuse a ete engloutie
dans un tremblement de terre...
et qu'elle dort sous la mer depuis des siecles.
Elle ne sort de l'eau qu'une fois toutes les lunes
et pour tres peu de temps...
quand l'etoile du matin regrette d'avoir a quitter la terre...
et s'arrete pour la contempler.
Et tout s'arrete alors... Le temps aussi s'arrete.
Le temps... qu'est-ce que c'est ?
Grand-pere dit que le temps est un enfant...
qui joue aux osselets au bord de la mer.
Tu viens alors ?
Alexandre !
Vous vous etes endormi la ?
Et vous n'avez toujours rien mange !
J'ai un gout de sel... le gout de la mer dans la bouche.
Dernierjour donc...
Laissez-moi venir avec vous, demain, a l'hopital.
Ourania, ne compliquons pas les choses !
Du reste, n'est-ce pas ainsi que tout se termine ?
Le cafe est servi dans le bureau...
J'ai fait votre valise aussi.
Tu ne l'as pas trop remplie, j'espere, ca ne servirait a rien...
tu le sais bien.
Ourania...
je te remercie pour les 3 annees que tu as passees ici.
Sans toi, je ne sais pas ce que je serais devenu.
Le chien a mange.
Ces derniers temps...
mon seul contact avec le monde...
c'est cet inconnu, en face...
qui me repond toujours avec la meme musique.
Qui est-ce ?
Comment est-il ?
Un matin, je suis parti a sa recherche...
mais je me suis ravise.
ll vaut peut-etre mieux ne pas le connaitre et l'imaginer.
Serait-ce un solitaire comme moi ?
Ou une petite fille peut-etre...
qui avant de partir pour l'ecole...
joue avec l'inconnu.
Tout est alle si vite !
Cette douleur suspecte...
Mon entetement a vouloir apprendre... a vouloir savoir...
Ensuite le noir...
Le silence autour de moi...
Le silence.
Tout portait a croire qu'avant la fin de l'hiver...
avec les silhouettes etherees des bateaux...
comme de soudaines percees dans le ciel...
avec les couples d'amoureux sur la Promenade au soleil couchant...
et la promesse hypocrite du printemps...
Tout portait a croire qu'avant la fin de l'hiver...
Mon seul regret, Anna...
mais est-ce le seul ? -
c'est de n'avoir rien termine.
Tout est reste a l'etat d'ebauche.
Des mots jetes par ci par la...
Monte !
D'ou viens-tu ?
Tu parles grec ?
Tu veux que je t'emmene quelque part ?
Bonjour papa.
Qu'est-ce qui t'amene un dimanche ?
Ca ne repondait pas chez toi. Ca fait 15 jours que j'appelle.
Je m'inquietais. Qu'est-ce qui t'arrive ?
Je dois m'absenter quelque temps.
Je ne sais pas ou laisser le chien, Katerina.
Tu bois quelque chose ?
- ll y a du cafe... - Je t'ai apporte ca aussi.
- Des vieilles lettres de ta mere. - Des lettres de ma mere ?
Tu pars, tu dis ?
Tu vas ou ?
Tu sais... Nikos ne veut pas d'animaux dans la maison.
Et ton travail... ca va ?
Mon travail ?
Sur ''Les Libres Assieges'' de Solomos...
ton troisieme projet, inacheve...
Depuis la mort de maman, c'est bien la-dessus que tu travaillais ?
D'ailleurs, je n'ai jamais compris...
comment un grand ecrivain comme toi delaissait soudain son oeuvre...
pour terminer un poeme inacheve du 19e siecle.
Ne me dis pas que tu as laisse tomber !
Je ne sais pas...
Peut-etre que je ne trouvais pas les mots...
Celle-la n'a pas d'enveloppe ? Pourquoi ?
Je l'ouvre ?
''20 septembre 1966''.
C'etait mon jour a moi !
Maman me parlait souvent de ce jour.
''Tu dormais encore quand je me suis reveillee.
''Je t'ai regarde respirer.
''Tu revais... Alexandre ?
''Tu as remue legerement la main comme pour me chercher''.
Tes paupieres clignaient, puis tu as replonge dans le sommeil.
Une goutte de sueur a perle entre tes yeux.
Elle a roule, voyage.
A cote, le bebe a pousse un petit gemissement.
Une porte a grince.
Je suis sortie sur le perron...
et j'ai pleure.
Bonjour Anna.
Je fais des reves bizarres, ces derniers temps.
- Tu pleurais, Anna ? - Ce n'est rien.
Tu pleurais.
Ce n'est rien.
Qu'est-ce que tu as ?
- Anna, tu pleurais. - Ce n'est rien.
Alors... ?
- Comment tu me trouves ? - Belle comme un jour d'ete !
Menteur ! Et les kilos de la grossesse ?
Elle est nouvelle, cette robe ?
- Tu ne te souviens pas ? - Non.
C'est toi qui me l'as rapportee d'un de tes voyages.
Tu ne penses qu'a ton livre !
Quand le remets-tu a l'editeur qu'on se voie un peu ?
J'aurais tellement voulu garder ce moment !
L'epingler comme un papillon pour l'empecher de voler !
lls arrivent !
Va t'habiller ! Vite !
Va t'habiller !
Je t'ecris devant la mer, immobile, evanouie.
La maison sent le lait chaud et le jasmin humide.
Je t'ecris, je te parle...
J'ai l'impression d'etre si proche de toi,
que tu te sens menace et que tu resistes.
Crois-tu que je menace ton monde, Alexandre ?
Pourtant, je ne suis qu'une femme amoureuse.
La petite dort ?
Elle est avec son autre grand-mere, sur la plage.
Grand-mere... moi aussi ! Mon Dieu, aurais-je tant vieilli ?
Tu vois, ma fille, a force de continuer ajouer...
des roles d'ingenues, ta mere est persuadee...
Elle n'a pas joue que les ingenues...
Elle ajoue aussi Hecube, Clytemnestre...
Ma femme a toujours donne dans l'exces.
Papa, arrete de la taquiner tout le temps !
- Comment allez-vous l'appeler ? - Vous avez decide ?
Eleni ou Katerina...
On verra quelle grand-mere aura le dernier mot !
Tu es resplendissante, tu sais. Ma petite Anna... maman !
Je vais mettre les fleurs dans un vase.
Pour autant que je me souvienne, la maison n'a pas change.
Dernier ete d'insouciance, Alekos !
Qu'est-ce que tu racontes ?
Tout le monde parle d'une intervention de l'armee avant les elections.
Mais vous les politiciens, vous passez a cote !
La nuit, je te regardais.
Je ne savais pas si tu dormais ou si tu te taisais.
J'avais peur de ce que tu pouvais penser...
peur de m'etre insinuee dans ton silence.
Alors, j'ai laisse parler mon corps...
le seul langage que je connaisse -
parce qu'alors seulement tu ne te sens pas menace.
Je ne suis qu'une femme amoureuse, Alexandre.
Et l'heureux pere, ou se cache-t-il ?
Plonge dans ses pensees, mon oncle, comme toujours. ll est la sans l'etre.
Petits, on devait parler tout bas quand il travaillait.
Pere se mettait en colere quand on derangeait son fils cheri !
Et maintenant, si vous voulez voir la petite merveille...
suivez-moi !
Elle est belle, n'est-ce pas ?
Je marchais nue sur le sable.
Le vent soufflait...
Un bateau passait.
Tu tardais a te reveiller.
Sur moi, je sentais encore ta chaleur.
Je n'osais pas rever que tu reves de moi !
Ah ! Alexandre...
si un seul instant, je pouvais y croire...
je ne serais plus qu'un cri.
Tu disais quelque chose, papa ?
Tu pars deja ?
Je n'avais pas compris...
Bonjour.
Tu tombes bien ! Je voulais te parler.
Tu sais, on a vendu la maison du bord de mer.
La maison ?... Vous l'avez vendue ?
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