The first 200 lines.
Seul le temps nous apprend à distinguer la vérité de la légende.
Certaines vérités ne survivent pas aux ans.
Mais la légende de l'enfant aux yeux bleus
sera à jamais murmurée
aux quatre vents des Grandes Montagnes Blanches.
Nous, les Yagahl,
chassions la plus puissante des bêtes,
le Mannak.
Mais notre monde changeait.
Les Mannaks venaient de plus en plus tard.
Parfois même
ils ne venaient pas du tout.
Nos chasseurs rongeaient leur frein et notre peuple avait faim.
Une seule parmi nous,
appelée "Vieille Mère", la dernière de sa lignée,
pouvait parler aux esprits de la terre
et appeler la sagesse des Pères à notre secours.
Sans relâche elle appelait.
Et enfin, une nuit,
ils lui répondirent et envoyèrent un signe.
Un signe
du commencement de la fin.
On l'a trouvée dans les montagnes, cramponnée à une morte.
Les Pères l'ont envoyée.
Elle vient nous annoncer
que les démons à quatre jambes
mettront un terme à notre monde.
Ils arriveront dans notre vallée le jour où...
... nous partirons pour notre dernière chasse.
Mais soyez sans crainte.
De cette chasse
un guerrier naîtra
et elle
sera sa femme.
Ils nous guideront vers une nouvelle vie
où les Yagahl ne connaîtront plus jamais la faim.
Cette nuit-là,
Vieille Mère ne vit pas le visage du guerrier dont elle parlait.
Mais elle savait que l'enfant aux yeux bleus
était une bénédiction qu'elle devait protéger.
Pour notre peuple,
elle était Evolet,
la promesse de vie.
Pour un garçon nommé D'Leh,
elle était bien plus que cela.
Un seul Yagahl ne croyait pas à la prophétie de Vieille Mère.
Le père du jeune garçon.
Il portait la Lance Blanche et sifflait le début de la chasse.
Je veillerai sur ton fils comme si c'était le mien.
J'en suis certain.
Mais promets de ne dire à personne pourquoi je suis parti.
On ne peut pas attendre la dernière chasse.
Bien lancé !
Ka'ren ?
Non, pas toi.
Ton père a trahi notre peuple.
Va-t'en.
Cogne !
Démolis-le, Ka'ren !
Laisse-le !
J'ai dit, laisse-le !
D'Leh...
C'est le fils d'un lâche.
Ne redis jamais ça.
Vous non plus.
Tu es seul,
comme moi.
Qu'est-il arrivé à ta tribu ?
Ils ont été tués
par les démons à quatre jambes.
Tu ne seras plus jamais seule, Evolet.
Tu vois cette lumière ?
Celle-là.
Elle ne parcourt pas le ciel comme les autres.
Elle est comme toi dans mon cœur.
Elle ne s'en ira jamais.
Elle ne s'en ira jamais ?
Non, jamais.
Evolet, viens là.
Ne t'éloigne pas de la hutte sans prévenir.
Pendant bien des lunes,
Evolet et D'Leh se regardèrent
et l'amour dans leur cœur grandit.
Jusqu'au moment où,
après bien des années,
le jour de la dernière chasse
arriva.
On reste longtemps à l'affût ?
Jusqu'à l'arrivée des Mannaks.
Ils arriveront quand ?
Je ne sais pas.
Quand serai-je un chasseur ?
Quand tu poseras moins de questions.
Le Grand Chasseur Tic'Tic a parlé à Vieille Mère.
Le temps de la prophétie est venu.
Elle lui a dit de ne pas tuer le Mannak.
Elle pense que Ka'ren gagnera la Lance Blanche
et réclamera Evolet.
Baku,
regarde ce que je t'ai trouvé.
Ka'ren est un excellent chasseur.
Sauvons-nous.
On peut franchir les Grandes Montagnes.
Et trahir notre peuple ?
Comme mon père ?
Je ne peux pas faire ça.
J'ai mis des lunes à le fabriquer.
On ne pourra être ensemble
que si je tue le Mannak.
Les voilà ! Regardez !
Regardez comme ils sont nombreux.
Aujourd'hui,
je ne percerai pas le cœur du Mannak.
Ce sera l'un de vous.
L'un de vous réclamera la Lance Blanche.
Puissent les Pères des Yagahl
et l'esprit du puissant Mannak choisir le meilleur d'entre vous.
Ka'ren, tu frapperas le premier.
Le Mannak est à toi.
Tu seras notre chef.
Qu'en dis-tu ?
Je chasse
pour gagner Evolet.
Nous chassons ensemble,
tous unis !
Tic'Tic a repéré le chef.
Moins vite !
Ils nous échappent !
Rattrapez-les !
Baku ! Les voilà !
Le dernier arrive !
Un mâle énorme !
Voilà D'Leh !
Ka'ren, frappe !
Retenez-le !
Attrapez le filet !
Il est trop fort ! Lâche, Ka'ren !
D'Leh, il faut lâcher !
Impossible, j'ai la main coincée !
Regarde !
C'est D'Leh !
Tu l'as tué. Tout seul !
Personne n'avait jamais fait ça.
C'était courageux.
D'Leh a tué le Mannak.
Il est le seul à ne pas avoir lâché le filet.
Qu'est-ce que tu attends ?
Esprit Sage,
j'ai tué le Mannak.
Je réclame
la Lance Blanche
ainsi que ma femme,
Evolet.
De ce jour, D'Leh ne fut plus le fils d'un lâche.
A présent, les Yagahl l'honoraient
pour avoir apporté les bienfaits du Mannak,
une toute dernière fois.
Mais si le cœur de Vieille Mère se réjouissait
de voir Evolet heureuse,
son âme craignait
que le tueur de la puissante bête
n'ait pas le courage d'affronter ce qui s'annonçait.
Tic'Tic ne participe pas à la fête ?
Il y a une chose que je dois faire.
Que veux-tu ?
Je n'ai pas été courageux.
Je n'ai pas chassé avec les autres.
Les Pères des Yagahl se sont joué de nous.
Que faire ?
Renoncer à la Lance Blanche, c'est renoncer à Evolet.
Elle est ta propriété ?
Un Yagahl ne réclame pas la Lance Blanche sur un mensonge.
J'ai rendu la Lance Blanche.
Pourquoi tu as fait ça ?
Parce que je n'ai pas tué le Mannak.
Tu t'es accroché au filet.
J'ai menti.
J'ai essayé de lâcher, comme les autres.
J'avais la main coincée.
Et le Mannak s'est empalé sur ma lance.
Je n'ai rien fait.
Tu te souviens de notre lumière ?
Mon sentiment n'a pas changé.
Tu seras toujours dans mon cœur.
Ça ne s'arrêtera jamais.
Pourtant...
... tu as renoncé à moi.
Cette nuit-là,
la grande pluie blanche recouvrit la vallée des Yagahl.
Le voile glacé du chagrin enserra le cœur de D'Leh.
Et avec la pluie blanche
vinrent les démons à quatre jambes.
Reste ici.
Moha !
Attention !
Ne les tuez pas !
Capturez-les !
- Baku, cache-toi ! - Oui, maman.
On ne peut rien pour eux.
Attachez-la à mon cheval !
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