The first 200 lines.
L'EMPIRE DE LA PASSION
D'après une histoire originale de ITOKO NAMURA
1895 - UN VILLAGE AU JAPON
Tu n'en peux plus.
Bois avec moi, Seki .
C'est assez chaud ?
Ça suffit, je sors.
Toyoji est passé ?
Il vient te voir ?
Oui, depuis son retour de l'armée.
Il a du temps à perdre, ce grand fainéant !
Il ne serait pas amoureux de toi ?
Il pourrait être mon fils !
Tu fais très jeune.
Ils t'appellent ''petite Seki'',
ils te donnent 30 ans.
Ils sont bons ?
Je pense bien !
Ils sont de ce matin .
Donne-m'en trois pour quatre sous.
J'y perds.
Comme tu viens tous les jours. . .
Quel beau temps !
Vous en voulez un ?
Que c'est gentil . Tu me gâtes toujours. . .
Ce n'est rien .
Tu les as achetés où, Toyoji ?
Chez l'épicier.
Ils étaient si frais.
Je parie qu'ils sont bons.
Ah oui !
Bien, j'en prends un .
Je me laisse toujours gâter.
Je vais faire du thé.
Goûtez d'abord .
Il ne serait pas amoureux de toi ?
Qu'as-tu . . .
à me regarder ?
Servez-vous, Belle Dame !
Au fait, Toyoji,
quand tu es venu la première fois, c'était pour quoi ?
Encore un .
Non, c'est pour toi .
Non, pour vous.
Pour toi, Toyoji .
Eh bien . . .
moitié-moitié.
En ce jour béni. . .
Béni du ciel. . .
Félicitations, Madame.
Faut pas nous oublier, Seki .
Elle aime mieux s'occuper de son mari .
Toujours aussi charmante et jeune, notre Seki .
Elle plaît toujours autant.
Ça doit inquiéter son Gisaburo.
Oh, Madame !
Mes félicitations ! Quel beau jour !
Le sak é te rend bien gai et tu es gai tous les jours !
Même gai, on n'oublie pas sa femme !
Entre donc, et viens boire.
Il serait temps de te marier.
Ça te fait quel âge ?
Le même âge que le marié.
Ce que vous deviez être belle,
le jour de vos noces !
Merci .
Belle Dame. . .
Elle dort ?
Hé, l'enfant !
Ne prends pas tout !
Laisse-m'en un peu .
L'enfant est un fardeau léger
et bien lourd.
Belle Dame. . .
Ah, Toyoji !
Il pourrait faire froid .
Je ne sens plus mes épaules, ces temps-ci .
Des courbatures ?
Laissez-moi . . .
L'enfant crie et pleure,
la nourrice gronde l'enfant,
la grand-mère gronde la nourrice. . .
Arrête ! Je ne veux pas !
Non, Toyoji !
Voyons. . .
Vous ne voulez pas ? Détendez-vous. . .
Tu me fais mal !
Tu bouges trop.
Voilà . . . tranquille. . .
C'est bon ?
Tu ne voulais pas. . . et regarde, tu es émue.
Tu es si brutal .
Quel froid !
Il ne va pas rentrer tôt, ce soir.
Dis, Seki .
Je n'y tiens plus. Regarde.
Quoi ?
Eh bien, regarde.
Ecoute, Toyoji . . .
Rentre-le.
Justement pas.
Regarde.
Je ne peux pas faire ça à Gisaburo.
Arrêtons.
Tu l'as fait une fois, tu le referas.
Et tu n'es pas contre.
Je pensais à cette histoire. . .
L'employé de la mairie me l'avait racontée.
Quelle histoire ?
Une femme violée par un bandit. . .
Le souvenir lui est resté toute sa vie.
Seki,
tu as changé, depuis la première fois.
J'oublie. . .
que tu as vingt-six ans de moins que moi .
Et moi . . .
que tu en as vingt-six de plus. . .
Mais. . .
Mais ?
Tu comprends. . .
je deviens fou quand je vous imagine, toi et ton mari !
Papa !
Tu dors ?
Ça me fait du bien .
Sers-toi à ta guise.
Non ! Je préfère te masser.
Tu es bien nourrie, là-bas ?
Oui, mais j'ai toujours faim.
C'est dur ?
J'aimerais mieux l'école.
Ta mère aussi a gardé des enfants.
A l'école,
on n'apprend rien .
C'est de l'argent perdu .
Je veux avoir une belle vie.
Ta mère disait ça .
''Je veux une belle vie. . . Une belle vie. . .''
Elle n'y est pas arrivée.
Que font-ils, tes parents ?
Pas l'amour, quand même !
Pas en plein jour !
Dis, petit !
Que fait ta maman ? Dis !
Qui est là ?
Hé ! Le sourd !
Quel temps !
Toyoji dehors, par cette pluie !
On est aux aguets ?
On ne guette pas, on voit.
Avec ce temps, même le pousse-pousse
ne sort pas ?
Ni lui ni Seki, à cette heure, eh . . .
Vous ne les avez pas vus ?
Pas une âme depuis trois jours.
Quel jour de l'An pourri !
Tu prendras bien du thé ?
Entre donc.
Non, ça va .
Merci, vraiment.
Toyoji !
Seki !
C'est dangereux.
On ne nous voit pas.
Où étais-tu ?
Chez ma tante malade.
Je croyais. . .
D'où viens-tu, toi ?
Si longtemps sans se voir !
- Viens ! - Où ?
Chez moi .
Et ton jeune frère ?
Denzo ? Qu'importe !
Il est tard . On m'attend chez moi .
Qui donc ?
Rase-le !
Rase-le !
Rase-toi !
Il faut qu'on le tue.
On va le tuer.
Tu es rasée, à présent.
Il va s'en apercevoir.
Je m'arrangerai . . .
Tu crois ? Pas si simple.
Je ne peux pas.
Le tuer, je ne peux pas.
Tu ne peux pas, mais tu le feras.
C'est le seul moyen ?
Le seul .
Seki,
je ne peux plus vivre sans toi .
Ou bien il meurt, ou bien on me tue.
Que dois-je faire, Toyoji ?
Que dois-je faire ?
Dis, Toyoji .
On le tue.
On le jette dans un puits.
Personne ne le saura .
Personne ? Tu es sûr ?
Certain !
Il finira par pourrir,
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