The first 200 lines.
Voici Gavino Ledda, 35 ans.
Jusqu'à 18 ans, berger et analphabète.
Aujourd'hui linguiste et auteur d'un livre à succès.
Le livre raconte sa vie...
et du livre, ce film s'inspire librement.
L'histoire commence à l'école primaire un village sarde...
où Gavino est en cours préparatoire.
Un matin de novembre, son père surgit à la Mairie...
où certaines pièces tiennent lieu de salles de classe.
Mon père avait aussi ceci.
Oui. Merci.
Je suis venu le reprendre. Il sert à garder les moutons.
Je suis seul. Je ne peux plus abandonner le troupeau
quand je viens vendre le lait...
quand je bats le grain ou quand je taille la vigne.
Largent que rapportent le grain, les patates...
et le lait, suffit à peine à acheter les vêtements...
et ce que nous, les bergers, ne produisons pas.
Secundo.
Jai dû laisser les bêtes pour venir ici....
avec le renard et les bandits qui font main basse.
Gavino doit les garder.
Gavino contre les bandits?
II na même pas de poil au menton!
Que sais-tu de l'élevage?
Les bergers volent tous sans ailes.
Gavino ne sera ni le premier ni le dernier...
à avoir son certificat à 18 ans, comme moi.
Que veut ce gouvernement de moi?
Que, pour lenvoyer à l'école, ses frères meurent de faim?
Le garçon est à moi.
Je lemmène car je ne peux pas men passer.
Jai la conscience tranquille.
C'est la loi qui ne se sent pas tranquille.
Elle veut rendre lécole obligatoire!
La pauvreté, elle, est obligatoire!
Et c'était mon troisième point!
Non, je ne vous le donne pas!
Allons.
Tu gagneras tes sous avant tous tes camarades.
Tu seras un très brave berger.
Malheur à qui rit de Gavino!
Les mains sur le banc!
Les mains sur le banc!
Aujourdhui, c'est le tour de Gavino. Demain, ce sera le vôtre.
Ce n'est pas vrai, je me serai pas comme Gavino.
Maman me l'a juré.
Nous sommes riches, mous avons deux vaches.
Mon Dieu, fais que papa meure.
Si tu le fais mourir, je t'obéirai pour toujours.
Un coup de sabot de l'âme dans le ventre.
Ou plutôt au front.
Comme ça, il meurt tout de suite, sans s'apercevoir.
Avant moi, ce sera mon frère.
Il a un an de plus, lui doit aller sur la montagne.
Même s'il est plus petit, c'est le plus vieux.
C'est à lui de partir.
A la maison, je mettrai une chaise sous la fenêtre.
Je monterai dessus et je me jetterai en bas.
Je le ferai quand tous seront à table.
Pour qu'ils me voient et que maman essaie de m'arrêter.
Et quand tu es seul sur la montagne....
autour il n'y a plus personne....
mais personne personne...
Je le sais parce quon m'y a emmenée.
Le silence n'est pas le silence, quest-ce que tu crois?
Cest une chose forte...
qui sonne comme le glas. Ça fait: Dong!
Je t'ai fait peur, hein?
Bien sûr, je tai fait peur.
Parce que je veux que tu redescendes vite.
Avant que j'aie quarante ans.
Pauvre petit zizi, que feras-tu là-haut tout seul?
Vite, ton père tattend.
Je t'emmènerai où mûrissent les pommes sauvages.
Je creuserai avec mes ongles pour trouver des châtaignes.
Je tenseignerai comment attraper un lièvre au collet.
Tu aimes les noix? Tu en cueilleras par paniers.
Et des rochers, quelquefois, je t'apporterai...
de jeunes corbeaux.
Hier, dans l'enclos, j'ai trouvé un nid de merle et quatre oeufs.
Tu dois te concentrer.
Avec les yeux le jour, et les oreilles la nuit.
Tu dois connaître la terre et le bois, pied à pied.
Ici, tu resteras souvent seul.
Tu devras savoir t'orienter en tout lieu, à tout moment.
Pour toi et pour les bêtes.
Tu entends ce bruissement?
Tu dois apprendre à le reconnaître.
Baisse les yeux.
Je n'entends rien...
Ecoute mieux le bruit.
C'est celui du chêne qui sert de frontière.
Tourne la tête.
Cest le torrent derrière le bois.
Tu l'as vu en passant.
Et ça, écoute...
Cest Sebastiano qui rentre avec son cheval.
Il fume le feu en bouche...
pour ne pas servir de cible, la nuit.
Sur sa tête pèsent dantiques vengeances.
L'aube aussi, il faut shabituer à l'entendre...
avec tous ses bruits.
Voyons si tu es fort comme un homme.
Prends le seau de lait.
Sans le verser! Aide-toi de la voix.
Cette nuit, tu restes ici tout seul.
Surveille la bergerie.
Garde ta tête dans l'enclos!
Retourne à la bergerie!
II y a un serpent!
Là derrière!
Les couleuvres ne font pas de mal.
Et quand bien même, ce serait pareil.
Ce pâturage est à nous, le troupeau est à nous.
Nous devons le défendre et en tirer profit.
Je t'enseignerai aussi comment traiter les serpents.
Ne mets pas le nez hors de la bergerie.
Antonio!
Va-t'en!
Dici, personne ne doit sapprocher.
Tais-toi! On nous entend.
Cest défendu. Si mon père nous découvre,
regarde ce qu'il me fera.
C'est à cause de Gavino!
C'est à cause de Gavino!
Prends l'autre seau.
Giovanni!
Je ne te bougerai pas!
Bête merdeuse, je sais...
Tu veux recommencer, mais je te bouche le cul.
Et quand je t'aurai trait...
avec ta merde, je te boucherai la gueule...
les yeux et les oreilles.
Moi, je t'aurai dès que tu bougeras la tête.
Tu m'as battue et je chierai dans le lait.
Ainsi ton père te battra toi aussi.
Tu n'y arriveras pas. Je te tiens le cul bouché.
J'y arriverai, parce que tu es stupide.
Tu trembles, tu sues et tu pues.
Tu me sais même pas traire avec tes menottes pleines d'engelures.
Tu me fais mal aux mamelles, Gavino Ledda.
Et moi, je chierai dams le lait.
GAVINO VIENT DAVOIR VINGT ANS
Lezê, occupe-toi du troupeau. Va!
Nous devons aller à la fête de Muros.
Nous nous sommes égarés.
Où se trouve Muros?
II ne parle pas, celui-là.
Attends!
Attendez!
Regarde, on dirait le singe de Tarzan!
Je te donne ça pour ça.
Pour cet accordéon?
Celui-ci.
Bon.
Attends, cest trop peu.
- Un agneau c'est peu. - Mais laccordéon est cassé.
Non, demande-lui deux agneaux.
Au moins deux, le double.
Non, deux non.
Deux!
Nos accordéons valent le double.
Ils ont un beau son, écoute!
Par là!
Deux agneaux. Les bandits.
Ils t'ont même blessé à la bouche.
Je le jure!
J'ai juré!
Alors, pourquoi as-tu peur que je te frappe?
Tu ne mangeras pas de fromage.
Ni de sucre jusqu'à ce que tu rembourses les agneaux.
Le sel dans le lait fortifie. Va dormir.
Va dormir!
Muros... la fête de Muros....
...accordéon... en nacre...
Gavino m'échappe, je le sens.
Et je ne trouve pas le moyen de le reprendre.
Je vieillis.
Ou peut-être me suis-je pas aussi intelligent...
que je croyais? Je dois me concentrer.
Tenir en éveil mon cerveau.
Sept fois neuf... soixante-trois. Seize fois seize...
deux cent cinquante-six. Trente-trois fois dix-neuf...
Petite jument, ne tremble pas.
Moi, je me tremble pas, tu vois.
Si, je tremble un peu, aussi.
Mais si Thiu Giuseppe et Thiu Gellon ont dit vrai...
nous ferons la paix pour toujours.
Que la paix soit entre nous.
Nous te remercions davoir accepté de tondre avec nous le troupeau...
selon lusage.
Gellon! Arrête, il est mort!
C'est moi qui dirai sil est mort! Cest moi qui dirai.
Madame, je men vais. Je laisse un collègue en bas.
Eilsio, occupe-toi de tout liquider.
Je rejoins les miens en Australie.
Ou ils finiront par me tuer, moi aussi.
Vous êtes désormais comme mes parents.
Tu vendras les maisons, les bêtes, loliveraie.
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