The first 192 lines.
Je ne peux pas
perdre !
Pas question de perdre !
Surtout pas face à lui !
Je commence ma lecture.
Voici le cinquième apôtre.
« Je me dresse au sommet d’une montagne solitaire,
et les larmes me montent aux yeux.
Me demandant pourquoi,
je me rappelle le chemin que j’ai parcouru pour arriver ici.
Réfrénant mon impatience,
j’ai marché d’un pas décidé vers mon objectif.
C’est étrange,
le paysage tour à tour respirait la sérénité
puis sortait ses crocs, révélant son âme indomptable.
Mais j’ai continué, sans faillir,
poursuivant ma quête de son âme
jusqu’à son point culminant.
J’avais beau avancer, cette beauté silencieuse
restait hors de portée, m’échappant sans relâche.
Ô, mont désiré,
es-tu un démon ou bien un dieu ?
J’ignore combien de temps cela m’a pris,
mais je suis enfin parvenu à atteindre le sommet.
Oui, j’y suis arrivé !
Quelle béatitude ! Quelle transparence !
Quelle joie de comprendre le monde dans son ensemble !
Ce vin unique en son genre me fait penser à ce sommet.
Quel que soit l’idéal que l’on poursuit,
quelles que soient les attentes que l’on puisse avoir,
jamais il ne vous décevra, j’en suis certain. »
Alors, ce filou a décidé de sortir celui-ci.
Que voulez-vous dire ?
Hé, Robert !
Shizuku, Issei, les enfants,
si vous tenez vraiment à trouver le cinquième apôtre,
préparez-vous à mettre vos vies en jeu.
Enfin arrivé !
Je n’étais jamais montée au sommet du mont Fuji.
– Quelle vue magnifique ! – Oui.
Mais elle ne correspond pas au vin dont parle mon père.
Je pense que le vin qu’il décrit dans son testament
correspond au Cervin, la plus belle montagne des Alpes.
– Écoute, Miyabi. – Oui, quoi ?
Je refuse de perdre, cette fois.
Arrête, tu es à égalité avec M. Tomine.
Non, ça ne suffit pas.
Il s’est voué corps et âme au vin.
C’est toute sa vie.
Pour avoir ne serait-ce qu’une chance de le rattraper,
je vais devoir aiguiser ma seule arme contre lui, mon instinct.
Pour ce faire, je vais grimper sur le Cervin !
Je dois l’expérimenter par moi-même !
Ça ne va pas, Issei ?
Tu n’aimes pas ce vin ?
Le cinquième apôtre est figuré par la plus belle montagne des Alpes,
qui a pris la vie de nombreux alpinistes.
Il s’agit du Cervin.
De là, je me sens tiraillé.
Devrais-je le gravir afin de trouver le cinquième vin ?
Tu n’as pas besoin de risquer ta vie.
Ce n’est pas ça qui me fait hésiter.
Le Cervin n’est plus aussi dangereux qu’avant.
Attends…
Cependant, son ascension ne m’apportera peut-être pas la réponse.
Si, du sommet, je n’identifie pas le vin décrit par Yutaka Kanzaki,
jamais je ne pourrai trouver le cinquième apôtre.
Issei…
J’ai déjà éprouvé cette frustration lors de ma quête du troisième apôtre.
Quand j’ai dégusté le vin, j’ai compris…
parce que la réponse se trouvait dans mon passé.
Je ressens à nouveau cette angoisse.
Et si, cette fois aussi, la clé résidait dans les tréfonds de ma mémoire ?
Je refuse !
Tu risques ta vie, enfin !
Ne t’inquiète pas.
Je louerai les services d’un guide.
Là n’est pas la question.
Si tu te blesses,
le fils Kanzaki gagnera cette manche sans rien faire.
Vas-y, Issei.
Je sens que tu dois absolument y aller.
Là-bas, tu devras affronter je ne sais quoi, seul.
Mais enfin, tu t’entends ?
Promets-moi de revenir, quoi qu’il arrive.
Tu as senti quelque chose, on dirait.
J’avancerai coûte que coûte,
quels que soient les dangers !
Issei !
Maman ?
Viens, Issei…
nous n’avons plus aucune place nulle part.
Où est-ce qu’on va, maman ? J’ai froid.
Suis-moi.
Cette montagne nous appelle.
Non, arrête maman, je veux pas y aller !
Tout ira bien.
Non, je veux pas ! J’ai peur !
Je vois un grand démon blanc, là-bas ! Sauve-moi, maman !
Est-ce que ça va, M. Tomine ?
Que m’est-il arrivé ?
Je vous ai hypnotisé pour vous replonger dans le passé.
J’ai dû vous réveiller parce que votre pouls s’affolait.
Je vais bien.
Recommencez, s’il vous plaît.
J’étais à un moment clé.
Non, c’est trop dangereux ! Vous allez vous briser !
Je refuse de cautionner cette folie.
Très bien.
Veuillez m’excuser
pour le dérangement.
M. Tomine !
Alors ? Comment se porte Issei ?
Il a repris connaissance.
Par contre, il est confus.
Franchement, ce n’est pas le moment, là !
Issei ?
Pardon de t’avoir inquiétée, Maki.
Je vais mieux.
Tu es sûr ? Je te trouve bien pâle, moi.
Explique-moi ce qui t’est arrivé.
Rester au Japon ne m’aidera pas
à identifier le cinquième apôtre, c’est devenu clair.
Kobayashi, je serai absent pendant une semaine.
Reportez toutes mes conférences.
Et je rédigerai mon manuscrit en route.
Pour les choix des vins,
Loulan et vous pourrez me remplacer avec vos talents.
Euh, entendu.
Maki, prends-moi un billet d’avion pour la Suisse.
Tu ne renonceras pas ?
Non.
Je compte gravir le Cervin.
La Suisse est à douze heures de vol. La vache, c’est long.
Souhaitez-vous boire quelque chose ?
Oui, un verre de vin, s’il vous plaît.
Avec plaisir.
Du rouge ou bien du blanc ?
Voyons…
Que me recommandez-vous ?
Dans ce cas…
voici du vin rouge.
Oh, ça, c’est du bon.
C’est le goût festif et caractéristique de la noix de muscade.
Il me fait penser
à un totem multicolore.
Étrange et rigolo à la fois !
Il me plaît. Resservez-moi.
J’en veux aussi.
– Moi aussi. – Oui, tout de suite.
Mais qui est ce rouquin ?
Ouf, enfin arrivé à destination.
J’ai mal partout.
Bon, je profiterai de la vue du Cervin demain matin.
Zut, j’ai trop dormi !
Quel idiot, j’ai perdu du temps !
Veuillez m’excuser.
Non, c’est moi.
– Le rouquin au vin ! – L’hôtesse !
Quelle coïncidence ! Que faites-vous ici ?
Comme je suis de repos, je pensais faire du ski d’été.
Ça a l’air sympa.
Ah oui, pardon, je me présente.
Shizuku Kanzaki, du département vin des bières Taiyô.
« Kanzaki », hein ?
Maki Yamashita, hôtesse de l’air chez Swiss New Air.
Seriez-vous, par hasard,
de la famille du grand spécialiste du vin,
le célèbre Yutaka Kanzaki, décédé il y a peu ?
En fait, je suis son fils.
Ah oui, vraiment ?
Oui.
Mon père m’a déjà amené ici, mais j’étais petit,
alors, je suis un peu perdu.
Je pourrais vous guider.
Pour tout dire, je viens ici chaque année.
J’ai postulé dans cette compagnie parce que j’adore les Alpes.
J’ai de la veine, apparemment. On y va ?
D’abord, je dois admirer le Cervin.
Vous aimez cette montagne ?
Eh bien, je viens pour la gravir.
Le voilà ! Il est canon !
Vous êtes un alpiniste amateur ?
Non.
En fait, je n’ai rien escaladé depuis le lycée.
Pourquoi vous y remettre ?
Pour dénicher un vin. Marrant, non ?
D’abord, je veux aller à la maison des guides.
Suivez-moi, c’est par ici.
Impossible.
Vous ne trouverez personne sans avoir préalablement réservé.
Et ça doit se faire un mois à l’avance.
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