The first 200 lines.
…
On parle en latin.
…
- Plus fort, Milou. Elles doivent t'entendre.
Oncle Albert disait :
"Il n'y a que Virgile qui calme les abeilles."
- Le patois aussi. Celles d'ici, en tout cas. Les autres…
…
*- Très violente manifestation hier, au Quartier latin, à Paris.
Une vingtaine de voitures brûlées,
des barricades érigées : 12 blessés parmi les forces de l'ordre,
et 50 arrestations chez les manifestants.
L'Union des étudiants de France dénonce les brutalités policières.
La préfecture de police
affirme que les étudiants sont encadrés par des milices armées.
Manifestations aussi en province,
où, pour la première fois,
des paysans ont érigé des barricades autour de Nantes,
engageant les paysans derrière les étudiants et les ouvriers.
Nous marquons une pause de publicité.
Adèle…
Adèle ! Milou !
Elle chantonne.
…
Elle soupire.
Miaulement.
Hoquet de surprise.
Il parle en patois.
…
Elles sont nerveuses.
Eh oui ! C'est dans l'air.
…
Monsieur Vieuzac !
Monsieur Vieuzac !
- Je suis en retard. Maman va m'engueuler.
Vas-y. Je termine.
Mais pars sans courir.
…
…
- Ça fait 30 min que vous m'avez promis ce numéro à Londres !
Et Nice ? Vous allez m'avoir Nice ?
Comment, "urgent" ? Ma pauvre mère vient de décéder.
Je sais. Mais ce n'est pas ma faute si vos collègues font la grève.
J'essaie juste de prévenir ma famille, moi.
Allô ?
Allô ?
Mr. Vieuzac, please.
His brother.
J'arrive. Elle est là.
He's not here ?
You know where I can "touch" him ?
Radio. Le curé prie en latin.
…
Il monte le volume de la radio.
…
*Explosions, tirs et sirènes à la radio.
…
Vous avez vu ?
Ils ont organisé un hôpital à la Sorbonne.
Les étudiants en médecine.
Ça marche au quart de poil, paraît-il.
- On n'a pas encore beaucoup vu Dieu sur les barricades.
- Parce qu'on ne sait pas regarder, M. Vieuzac.
Peut-être.
Ah ! Restez tranquille.
Sinon vous aurez l'air d'un sauvage, au cimetière.
- Tu as pu trouver du poulet ? - Oui.
Et du fromage aussi.
Pour le pain, ça devient difficile.
J'ai pris des biscottes sans sel.
Là.
C'est plus propre.
Mangez.
Elle serait pas contente de vous voir comme ça.
Vous avez eu Camille ?
Elle sera là demain.
Et Claire ?
Claire aussi.
Et Georges ?
Il est à Saint-Tropez, figure-toi.
Qu'est-ce qu'il y fabrique en ce moment ?
Avant qu'ils arrivent,
je te fais cadeau de son renard.
Il te plaît ?
- C'est trop beau. J'oserai jamais le mettre.
Mais non. Pas ce soir !
Pas avec un mort dans la maison. Ça porte malheur.
Et puis j'ai mes règles.
Vous êtes fatigué. Allez vous coucher.
Je vais la veiller.
Je vous réveillerai en partant.
…
Sanglots.
…
Cri de chouette.
…
On chante L'Internationale.
…
Ils font les malins.
Ils se la coulent douce. - Provoque pas, je t'en prie.
- Boutelleau doit être content. - Bien fait pour lui.
- Lisez ça, camarade. - Merci.
- "Boutelleau, salaud. Le peuple aura ta peau."
Celui-ci est en chêne.
Intérieur façon soie.
Avec des poignées en cuivre.
C'est ce qu'ils ont choisi pour Mme de Villesselle.
- C'est de bon goût. - Et élégant.
Les prix sont raisonnables. Je vous le conseillerais.
Si je le commande maintenant, je l'aurai demain.
Bon. Très bien.
Encore !
Et l'essence ?
Je l'attends.
Les gens ont vidé les pompes.
L'épicier, il en a rempli sa baignoire !
Si jamais la foudre tombe dessus, dites donc !
- Un petit-beurre, les enfants ? - Que ferez-vous de la maison ?
- Le mieux serait de vendre, si papa se décide.
Elle t'intéresse ? - Non.
Et nos vacances, alors ?
- On ira à la mer. C'est fortifiant. - Pas à la mer. On est bien, ici !
Tais-toi, Françoise.
Il sifflote L'Internationale.
Paul !
Ah, mon pauvre papa !
Ça a dû être un choc.
Oui.
La révolution a dû la tuer.
Elle détestait le désordre.
Hé, les jumeaux !
J'ai apporté 2 kilos de sucre.
Et de la farine, de l'huile…
Où est Adèle ? - Elle fait les chambres.
- Les magasins ferment tous, à Bordeaux.
- À cause de ces petits cons. - Des enfants gâtés.
Ils tiennent le coup.
- Ils auraient besoin de taloches ! Peut-être même d'un mort ou deux.
Elle est dans le salon ? - Dans la bibliothèque.
Bonjour.
Elle est bien, ici.
Elle a l'air calme.
Oui. Pour une fois.
C'est quand, l'enterrement ?
- Après-demain, si tout le monde est là.
- Je passe chez le notaire en repartant ?
Tu repars ?
- Je vais pas rester 2 jours. Je reviendrai.
Qu'as-tu de si urgent à faire ?
Les malades ne font pas la grève !
On peut l'embrasser ?
Non. C'est trop tard.
Dites une prière.
- On va la mettre de ce côté. C'est moins humide.
C'est papa, là ?
Oui.
Il doit plus rester grand-chose. Le bois, ça dure plus que les os.
Vous avez pensé aux fleurs ? - Non.
Je m'en occupe.
À table, les enfants.
Une voiture arrive.
Le moteur vrombit.
Vos mains sont propres ? - Oui.
Ah ! C'est toi, Daniel.
- Ah ! - Attention ! C'est brûlant.
Je suis désolé pour ta grand-mère.
Oui. Merci.
Ça a été si soudain.
T'as pas perdu ton appétit !
Moi ? Je mange rien.
T'as une nouvelle voiture ? - Oui, une Alfa.
Très nerveuse, mais un peu…
Et les affaires ?
- Ça marchait pas trop mal jusqu'au mois dernier. Mais maintenant…
Si vous décidez de vendre la maison, tu m'en parles.
- Papa te doit de l'argent ? - Ben, oui.
Combien ?
- Je lirai le testament avec tout le monde.
Des surprises ?
Non. Trois héritiers, trois parts.
Elle m'a rien laissé ?
- Non. Mais tu es fille unique. Tu auras la part de ton père.
- Toujours chatouilleuse ? - Ça dépend.
Toujours pas marié ?
Je t'attends.
Tu fais comment, en attendant ?
- Tu sais, maintenant, avec la pilule…
Même à la campagne ?
Ben, oui. "Même à la campagne."
Cris d'oiseaux.
Bruits d'animaux.
…
Vrombissement de moteur.
…
- Tu n'as pas eu peur ? - Non. Peur de quoi ?
Il imite la poule.
…
- On croit toujours qu'il reste de l'essence, et on tombe en panne !
J'ai pris sur ma réserve personnelle. Elle m'a fait du charme.
Combien je vous dois ?
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