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CHINE, 1926...
Ravagée par des seigneurs de la guerre corrompus...
Opprimée par les grandes puissances
qui l'avaient mise sous le joug un siècle plus tôt...
La Chine... Un pays divisé qui tente de devenir une nation... par la révolution...
- Ordre de mission ? - Oui.
Présentez-vous. Ne sortez pas, pas de permission.
Bien.
- Mitch ? - Mort il y a quelques mois.
- Comment ? - Un matin, il s'est pas réveillé.
Je servais sur son bateau. Je m'appelle Baxter, je l'ai remplacé.
- Pour tout ? - Pour tout.
Donne-moi un whisky.
- Il était bien. - On redonne des permes ?
Non, je suis muté sur le San Pablo.
Je t'en fais cadeau. Ces canonnières valent rien.
- Elles ont des machines, non ? - Oui.
Alors, elles valent quelque chose.
- Je te plais ? - Tous les matelots me plaire.
L'uniforme est irrésistible.
On ne peut pas les forcer à nous aimer.
- Exactement. - Alors ?
Libre à vous de détester les canonnières, Jameson,
mais les missionnaires sont tolérés grâce à elles.
- J'en doute. - Les Chinois vous chasseraient.
Ils vous détestent, vous méprisent. Admettez-le.
Moi, je les aime, et je me fie plus à Dieu qu'aux canons.
Lors des émeutes contre les étrangers,
combien de fois vous êtes-vous réfugié sur nos bâtiments ?
À ma grande honte, deux fois. Je ne le ferai plus.
Je m'appelle Hamilton.
- Holman. - Enchanté. Mlle Eckert,
et M. Jameson. Comme vous l'avez compris, ce sont deux missionnaires.
- Voici M. Outscout. - Enchanté.
Un Anglais.
- Votre destination ? - Le San Pablo. Une canonnière.
Si j'étais vous, je sauterais vite par-dessus bord.
Vous en a-t-on parlé ?
Les canonnières américaines sont la risée de la Chine centrale.
- Et la pire de toutes est le San Pablo. - Ah, oui ?
Vous avez dû en hériter de l'Espagne, après la guerre hispano-américaine.
Je l'ai pas faite, celle-là.
Il fait tache sur le Yang-Tsé, il est sur une petite rivière.
Vous devez le connaître. Près de Changsha.
- Oui, nous le connaissons. - M. Jameson déteste les canonnières.
Que leur pavillon soit anglais, français ou américain,
elles symbolisent ce qu'on a fait à cette nation.
Nation ? Allons donc !
Un ramassis de bandits, seigneurs, populace, viols, pillage et chaos !
La Chine ne pourra pas faire le ménage
tant que vos traités iniques l'asserviront.
Des étrangers perçoivent ses impôts, gèrent ses douanes, ses postes !
Ils ne relèvent pas des lois chinoises. Tolérerions-nous qu'un Français
qui commet un crime aux États-Unis ne soit pas jugé chez nous ?
Vous connaissez la justice chinoise.
Des aveux arrachés sous la torture, la corruption...
Avez-vous vu le bourreau des seigneurs de la guerre dans la rue ? "Toi !"
"Toi !"
Ça vous fait rire ?
C'est vous qui me faites rire.
Oui, ça arrive. Mais ils font des efforts.
Des dirigeants chinois essaient de mettre de l'ordre.
- Le parti nationaliste... - Une populace qui nous menace !
C'est compliqué. Et pénible.
Je lègue la Chine et ses maux à vous, les jeunes, avec compassion
et avec l'espoir que vous comprendrez ce qui s'y passe
et la raison pour laquelle tant de gens vont mourir.
Les bons, les méchants, les innocents.
- Pardon, mais vous dites des sottises. - C'est possible.
De la poigne, voilà ce qu'il faut.
Vous êtes là pour ça.
Je fais tourner des machines, moi.
Tout le reste, c'est du chiqué.
- Plaît-il ? - De la frime. C'est pour les officiers.
C'est pas mon truc.
Continuez.
C'est tout ce que je sais faire. Le papillon et le lapin.
C'est votre premier voyage en amont ?
Oui.
Vous avez compris de quoi ils parlaient hier ?
- De politique. - J'aimerais en savoir plus.
En fait, je suis une institutrice. Je devrais en savoir plus.
Vous allez enseigner aux Chinetoques ?
Oui.
J'ai enseigné chez moi, dans le Vermont.
- D'où êtes-vous ? - De Grover, dans l'Utah.
Mais je me sens chez moi sur mon bateau.
Vous êtes mécanicien ?
J'aurais cru qu'un gros bateau était mieux qu'une canonnière.
On a affaire à trop de petits chefs.
ah
Sur un petit bateau, y a pas toutes ces foutaises militaires.
On... on nous laisse tranquilles.
Mon frère a fait la guerre dans la marine.
C'était un lieutenant de réserve.
aha
- Depuis quand êtes-vous marin ? - Neuf ans.
- Et en Chine ? - Sept ans.
En Chine, la plupart des marins repartent pas.
Ils font leurs 20 ou 30 ans, trouvent une Chinoise et ouvrent un bar.
Je comprends.
Moi-même, je me demande souvent ce que je fais ici.
J'ai peur.
C'est romanesque, mais je voulais quelque chose d'exaltant.
Un soir, M. Jameson nous a montré des diapositives à l'église.
De sa mission, Lumière de Chine.
- Vous avez signé pour longtemps ? - Sept ans.
Ça leur fera pas de mal d'apprendre quelque chose.
J'espère que vous êtes douée. Tant que vous l'êtes, vous risquez rien.
Comme moi avec les machines.
Le pasteur vous dira qu'une jolie fille parle pas à un marin de Chine.
C'est pas la marine de votre frère.
Excusez-moi si je vous crée des ennuis.
Non.
Au revoir.
Je sens qu'il y a de la tristesse dans sa vie.
Il y en aurait s'il cherchait autre chose.
Mais non. Ces garçons réduisent la vie à presque rien, voire rien.
Du moment qu'ils obéissent, la marine se charge d'eux.
C'est une vie qui plaît à certains hommes.
Vas-y.
Bonjour, moi prendre.
- Moi prendre barda des marins. - Bon, bon. Prends.
blabla sans importance
- Un porteur dans l'âme ! - Il gagne son bol de riz.
Holman ? On se demandait où tu étais passé.
J'ai perdu du temps à Shanghai. C'est pas rien de vous trouver.
On retourne à la civilisation tous les deux ans pour le radoub.
Bienvenue à bord du Sand Pebble. C'est comme ça qu'on l'appelle.
- Frenchy Burgoyne. - Dis, y a un chef-mécanicien ?
Non, y a que le commandant. C'est toi le pro.
- Oui ? - Wong va te montrer ta couchette.
Je veux d'abord voir les machines.
Tout impeccable. Vous regarder, patron.
Impeccable partout. Tout bon.
Bonjour, machine.
Je m'appelle Jake Holman.
Café, marin ?
Bien joué, Wong.
Passe-moi le beurre.
Bienvenue à bord. Je m'appelle Bronson.
- Salut. - Comment tu t'appelles ?
- Holman. - Stawski. Aide-mécanicien.
- Farren, quartier-maître, 2ème classe. - Salut.
- Le rouquin, c'est Shanahan. - Oui. Le Roquet.
- Qui mord les derrières ! - Arrête !
- Jennings, aide-infirmier. - Salut.
Après les filles de Changsha, le toubib est le meilleur ami de l'homme.
Pas vrai, Crosley ?
Holman, ton dernier bateau ?
Un vaisseau amiral. Flotte d'Asie.
- Harris, électricien. Le mal luné. - Ouais, me provoque pas.
- Que veux-tu manger ? Demande à Wong. - Des œufs.
- Combien ? - Une demi-douzaine ?
- Ça marche. Retournés ? - Retournés.
- Jambon ? - Oui.
- Wong ? - D'accord.
Le Sand Pebble paie pas de mine, mais on y mange bien.
- Tu l'as dit. - Raconte-lui.
Holman, c'est Coupe-coupe qui rase.
Je me rase moi-même.
Il gagne son bol de riz.
Je veux pas l'en priver.
Bien.
- Bien joué, Coupe-coupe. - C'est bon, ce matin.
Allez !
Activons !
Grouillez-vous. Garde-à-vous, allez !
Allez ! Au pas de course !
Mettez-vous au garde-à-vous.
Fixe !
Première ligne ! Répondez.
Holman, Burgoyne.
Perna, Shanahan.
Colgate, Troys, Crosley, MacDonald, Haythorn.
- Au rapport ! - Pont et artillerie, présents.
Machines et navigation, présents.
- Équipage présent, commandant. - Très bien.
- Factionnaire ! - Huit heures à l'horloge.
Bien.
Garde-à-vous !
Faites rompre les rangs.
Second, faites rompre les rangs !
Rompez !
Holman, bienvenue à bord. Wellbeck, quartier-maître.
Avez-vous vu ses états de service ? Qu'en pensez-vous ?
C'est un excellent mécanicien.
- Vous avez bien regardé ? - Oui, que des bonnes notes.
Mais pas un bon chef. Il a eu sept mutations en neuf ans.
C'est l'heure de l'exercice. Que ferons-nous ce matin ?
- Repoussez une attaque à tribord. - Bien.
Repoussez une attaque à tribord !
- Repoussez une attaque ! - Au trot.
Aidez à la lance. Je suis l'adjudant Franks.
Prends ça.
Le centre est prêt !
Reculez, les Chinetoques !
Reculez, crasseux ! Reculez !
Allez !
Prêt à la lance !
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