The first 200 lines.
Bien, commençons.
Qui veut se lancer ?
Oui, Brittany, on vous écoute.
Je n'ai pas d'avis sur la nouvelle...
Mais le mot que vous avez écrit au tableau n'est pas correct.
"LE NÈGRE FACTICE"
Je ne pense pas avoir fait de faute d'orthographe.
Ce n'est pas drôle.
On ne devrait pas avoir ce mot sous les yeux toute la journée.
Écoutez...
Ceci est un cours de littérature axé sur les États du sud.
Vous devrez vous frotter à des idées archaïques et à une langue très crue.
Mais on est tous adultes ici, je crois qu'on est capables de comprendre
le contexte dans lequel elle a été écrite.
Mais je trouve ce terme très dérangeant.
Sauf votre respect, Brittany,
si j'ai réussi à m'en remettre, je suis sûr que vous le pouvez aussi.
Je ne vois pas pourquoi.
Bien.
Quelqu'un d'autre a une opinion sur la nouvelle ?
Ça a mis certains de tes étudiants mal à l'aise.
Quand sont-ils devenus si délicats ?
- Ce n'est pas un incident isolé. - Pardon ?
Le mois dernier, tu as demandé à un étudiant
s'il venait d'une famille de nazis.
Oui, c'est vrai. Il est allemand,
on lisait Le Complot contre l'Amérique
et à sa manière de se tortiller sur sa chaise, c'était évident.
Bon sang...
Monk, tu es un auteur talentueux et on a beaucoup de chance de t'avoir.
- Quoi ? - Il n'a rien publié depuis des années.
J'ai sorti trois romans depuis ta dernière publication.
C'est vrai, et ça prouve que pour faire de la qualité,
il faut y passer du temps.
- Va te faire voir, Monk. - Détends-toi, Mandy.
Oui, détends-toi, Mandy.
Et mon nouveau livre est chez Echo,
et mon agent dit qu'ils sont très emballés.
C'est une bonne nouvelle.
- De quoi ça parle ? - On peut revenir à nos moutons ?
Écoute, Monk.
On veut que tu fasses une pause.
- Comment ça ? - Tu vas partir en vacances.
Des vacances obligatoires.
Tu as déjà prévu d'aller à Boston pour le salon.
- Tu pourrais prolonger ton séjour... - Je hais Boston, toute ma famille y est.
Tu as besoin de te reposer. Tu es tendu, mec.
Et d'après toi, passer du temps avec ma famille
me calmera.
- Je vais bien. - C'est faux.
Je t'ai vu pleurer dans ta voiture. Il a même tapé sur le volant.
Si tu passais un petit peu moins de temps à m'espionner,
tu arriverais à pondre une dizaine de romans
qu'on peut trouver dans les boutiques d'aéroports entre les coussins de voyage.
Et voilà. Tu veux qu'on en parle dehors ?
Profite bien de Boston !
Tu pourras acheter mon bouquin à l'aéroport.
Et bonne chance chez Echo.
FICTION À L'AMÉRICAINE
Allô ?
Bien arrivé ? Ça te fait quoi de revenir dans tes pénates ?
C'est l'extase.
Je me suis déjà fait insulter par un type en maillot des Bruins.
Ça porte bonheur ici.
Un peu comme marcher dans une merde du pied gauche.
Tu as eu des nouvelles ?
Patrick chez Echo n'en veut pas. Mais on s'en fout, de lui.
C'est un vieil ivrogne.
On en est à combien, neuf ?
Je te le lis. "Ce roman est écrit dans un style élégant.
"Les personnages sont aboutis et la langue est extrêmement riche.
"Mais on peine à comprendre en quoi cette réinterprétation moderne
"des Perses d'Eschyle reflète l'expérience afro-américaine."
Nous y voilà.
- Ils veulent de la négritude. - C'est ce que j'ai fait.
Je suis noir et c'est moi qui l'ai écrit.
Tu me comprends.
Tu dis qu'ils veulent que je parle d'un flic qui a buté un ado
ou d'une mère célibataire avec cinq gosses à Dorchester.
Dorchester, c'est devenu très blanc. Mais oui.
Bon sang. J'y crois même pas, au concept de race.
Je sais. Le problème, c'est que tu es bien le seul.
En tout cas, amuse-toi bien au salon.
Et essaie de n'insulter personne d'important.
S'il te plaît.
FESTIVAL DU LIVRE DU MASSACHUSSETTS CENTRE D'EXPOSITIONS DE BOSTON
Pour un écrivain, adopter une perspective historique ne signifie pas pour autant
qu'on ne peut pas créer une œuvre qui parle aux publics d'aujourd'hui.
J'en veux pour preuve le succès notamment de Game of Thrones .
Nous aussi, les nerds, nous pouvons connaître le succès.
Nous allons hélas devoir nous arrêter là.
Merci à nos auteurs et merci à vous tous d'avoir participé.
C'est moi, ou il y avait pas grand-monde, même pour un salon du livre ?
Oui, on fait pas le poids face à Sintara.
À qui ?
Sintara Golden. Vous n'avez pas lu son livre ?
Non, il s'appelle comment ?
C'EST AUCH DANS LE GHETTO
La critique est dithyrambique. Le Post, le Bookforum.
Le London Review a dit :
"C'est auch dans le ghetto est un premier roman déchirant et viscéral."
Et mon petit doigt m'a dit qu'il y aurait dans les tuyaux une adaptation télévisée ?
Sans commentaire.
GRANDE SCÈNE
J'aurai tenté ma chance.
Dites-nous, à quoi ressemblait votre vie avant de devenir autrice ?
J'ai fait mes études à Oberlin et je me suis installée à New York
dès que j'ai été diplômée. Quelques mois plus tard,
j'étais assistante dans une maison d'édition.
C'est une expérience qui a influencé votre style ?
Tout à fait. J'étais lectrice,
ce qui veut dire que c'est moi qui lisais les manuscrits
qui nous étaient envoyés et je transmettais aux éditeurs
ceux qui me paraissaient bons.
J'ai eu quelques bonnes surprises. Mais beaucoup de mauvaises.
Mais la sensation dont je n'arrivais pas à me débarrasser,
était que peu importe leur qualité,
la majorité avaient été écrits par des hommes blancs de New York
en plein divorce,
et très peu sur les gens comme moi.
Et je me suis dit : "Où sont nos histoires ?
"Où est notre représentation ?"
Et c'est de ce manque que mon livre est né.
Nous feriez-vous le plaisir de nous en lire un extrait ?
Merci.
"'Yo, Cheranda !
"'Tu bouges où comme ça, meuf ?'"
"dit Donna qui m'attrapait juste comme je me cassais.
"'Lâche-moi, ça te regarde pas. Mais si tu veux vraiment savoir,
"'je vais faire un tour au pharmacien.'
"Là, je regarde la porte en deuspi pour voir si la daronne écoute.
"'Au pharmacien ? Et pour faire quoi ?' elle me demande.
"'Tu sais, t'as vu', je lui réponds.
"'Trop ap', elle lâche.
"'Attends. Dis-moi pas que t'es encore en cloque !'
"'Ptêtre', j'y réponds.
"'Mais tranquille, Ray-Ray va pas esquiver, cette fois,
"'il a promis de gérer.'"
Merci.
Oui !
- Bonjour. - Bonjour.
Je viens voir Lisa Ellison.
Vous avez rendez-vous ? On est sur le point de fermer.
Non, je suis son frère.
Oh, la voilà.
PLANNING FAMILIAL
Salut, Monk.
Salut Lisa.
J'en ai une. Tu es dans un bateau, le moteur s'éteint,
mais l'eau n'est pas très profonde,
mais tu as des chaussures à 600 dollars,
mais ton taxi
qui doit t'emmener à l'aéroport s'impatiente...
Comment tu fais pour traverser vite et à sec ?
J'en sais rien.
Tu prends tes jambes à ton cou.
Oh mon Dieu !
Je crois qu'elle est dans mon top trois.
Waouh !
D'accord.
Quand as-tu recommencé à fumer ?
Juste après le divorce.
J'ai toujours détesté Larry.
Je suis au courant.
Tu me l'as dit quand je l'ai rencontré. Ça m'avait bien énervée.
"Ça te regarde pas qui je baise. Ni qui je fellationne."
- J'ai pas dit "fellationne". - Je crois que si.
C'est ce que j'ai entendu.
Je suis contente de te voir.
Oui, moi aussi je suis content.
Ça va, le boulot ?
C'est pas très glamour.
J'ai droit au détecteur de métaux chaque jour.
- Ton travail est important. - Eh bien...
Moi, tout ce que je fais, c'est inventer des petits personnages dans ma tête
et leur mettre des conversations dans la bouche.
Les livres, ça peut changer la vie des gens.
Dans les miens, il y en a un qui t'a changé la vie ?
Absolument.
Absolument.
Ma table de salle à manger était complètement bancale...
- Mon Dieu ! - ... avant ton dernier roman.
- Elle est calée au millimètre. - Ouais. Oh, mon Dieu.
- Je te dis... - Ramène-moi à l'aéroport.
- L'aéroport pourra rien faire pour toi. - Oh, mon Dieu !
Te voilà au bercail, baby !
Bonsoir ! Bonsoir. Salut !
- M. Monk ! - Lorraine !
Arrête de m'appeler monsieur, c'est Monk tout court.
Oh, faut pas me demander ça,
à mon âge, je suis trop vieille pour apprendre les nouveaux noms.
- Ça va, Mlle Lisa ? - Très bien.
- Vous avez bonne mine, M. Monk ! - Je suis gros.
Oh, en Californie, ils ne pensent qu'à leur ligne.
Si je vous emmenais dans l'Arkansas, vous seriez une reine de beauté.
- Mon petit Monkie ? - Ça me fout la trouille.
Maman.
- Tu as grossi. - Je sais.
Vous êtes prête à aller dîner, Mme Ellison ?
Le temps de prendre mon sac et mon gilet noir.
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