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Et ainsi, par une disposition de la grâce divine,
il a été décidé très-justement que Jeanne, enfant de Dieu,
fille de France, soit aujourd'hui élevée au nombre des saints.
Sainte Jeanne d'Arc, dont l'histoire est retracée ici,
ne vécut que 19 ans sur cette terre.
Elle naquit en 1412 au village de Domrémy,
dans la marche de Lorraine, au temps où la France,
en voie de perdre la guerre de Cent Ans, était submergée par ses ennemis,
ses villes ruinées, ses fermes démantelées,
son peuple désespéré.
Mais pour les ennemis de la France, c'était sans compter sur la pucelle Jeanne
qui priait dans la petite église ruinée de son village.
Agenouillée là, les voix des saints lui parlaient encore et encore,
lui enjoignant de se faire soldat,
et de conduire les armées de France à la victoire
afin par ce moyen de couronner le Dauphin.
Des choses impossibles à réaliser pour elle,
et pourtant demandées sans répit !
C'est pitié.
C'est grande pitié au royaume de France.
Jeannette!
Jeanette, Durand est ici, sers-lui un déjeuner.
Qu'est-ce que tu fais ici ?
Pourquoi restes-tu toujours seule, à n'écouter personne
et à vivre comme dans un rêve ?
C'est bien d'aimer son église, mais tu ne penses à rien d'autre !
Tu me regardes sans me voir.
Tu oublies tes amis et tu restes toujours seule.
Ce ne peut être bon.
Tu es en train de devenir bien étrange, Jeanne.
Je n'ai plus confiance en toi. Je ne peux plus.
Va préparer le déjeuner.
J'étais caché, je les ai vus saccager, piller, tuer.
Ils tuaient tout sur leur passage.
Mon oncle, c'étaient des Anglais ou des Bourguignons ?
Des Bourguignons. Ils étaient une soixantaine, à cheval et en armes.
Bourguignons ou Anglais, ils prennent le même chemin !
Je ne comprends pas : des Français qui tuent des Français !
Terroriser son propre peuple !
Je ne sais pourquoi les Bourguignons nous trahissent.
Le dernier roi a légué la France aux Anglais, avant de mourir.
ILs se sont vendus à l'or anglais.
Nos seigneurs luttent les uns contre les autres.
Le jeune Charles notre roi, ou notre Dauphin,
de quelque façon qu'on l'appelle, est trop faible pour remettre de l'ordre
et ne pourra jamais payer ses dettes.
J'ai vu Ribaud au marché, il a perdu un bras à la bataille d'Orléans.
Pauvre Ribaud !
- Ils peuvent s'emparer d'Orléans. - Ils vont s'en emparer, c'est sûr..
Ils ont encerclé notre dernière grande ville.
La guerre n'apporte que désespoir et famine.
Il n'a plus d'espoir d'y échapper, nous ne pourrons résister plus longtemps.
Si Orléans tombe, c'en est fini de la France !
Je vais rentrer à la maison avant que ma femme n'imagine que j'aie été attaqué.
Restez ici, je vous prépare un lit.
Reste à t'occuper et intéresse-toi à ce qui se passe autour de toi.
Merci, Isabelle Au revoir, Jeannette.
Ne fais pas attention à ton père. Nous savons bien que tu es une bonne fille,
mais les cauchemars qu'il fait à ton sujet, ça le rend irritable et de mauvaise humeur.
Des cauchemars ?
Il rêve que tu es embarquée avec les soldats, à l'armée.
D'abord il pensait que tu étais enlevée,
et puis maintenant, que tu irais de ton plein gré.
Il rêve que je veux rejoindre l'armée ?
- Il en a rêvé plus d'une fois. - Mais ne lui en parle pas !
Il a dit qu'il te jetterait à la rivière, si une chose pareille devait arriver.
Et que s'il n'était pas ici, ce serait à nous de le faire !
Pierre !
Mon doux Seigneur, ayez pitié de moi !
Aidez-moi à m'en sortir..
Voilà plus de quatre ans que j'entends ces voix
dans le jardin de mon père.
Toujours, les voix de vos saints me disent que je dois partir.
Mais comment pourrais-je sauver la France,
et mener le Dauphin au couronnement ?
Je ne suis qu'une pauvre fille de ferme. Je n'ai jamais vu ni roi ni armée.
Je suis incapable de parler aux grands de ce monde ou même de me tenir en leur compagnie.
J'ai essayé pourtant...
j'ai essayé de m'y mettre... Mais je n'y arrive pas !
Je sais bien que chaque jour rapproche la France de sa perte.
Mais je ne sais toujours pas comment répondre à ce qui m'est demandé.
Alors je ne fais rien. Pardon, pardon !
Je suis désemparée et angoissée.
Une voix viendra-t-elle me dire que je suis pardonnée ?
J'ai essayé de toute mon âme, j'ai essayé.
il faut pourtant que j'y aille,
et que je fasse mon possible sans savoir comment.
Oncle Durand ! Oncle Durand !
Oncle Durand !
Jeannette, j'ai oublié quelque chose ?
Non, seulement, oncle Durand, je dois aller à Vaucouleurs, emmène-moi avec toi.
À Vaucouleurs ?
Ton père ne m'en a rien dit.
- Ta mère non plus ? - Non.
C'est étrange, Jeannette. Tu veux acheter quelque chose en ville ?
J'ai à parler au seigneur Robert de Baudricourt.
À quel sujet ? Qu'as-tu à dire au capitaine du roi ?
Je ne peux pas te le dire, oncle Durand.
Alors je ne t'emmène pas !
Bon, j'irai à pied.
Même s'il fallait m'user les jambes jusqu'aux genoux. Je dois y aller.
J'ai peut-être tort... mais c'est bon, viens.
- Suivant. - Gerard Morseau, messire Robert.
Morseau, tu es en retard pour tes impôts.
ils ont brûlé ma maison, seigneur Robert. Et pillé mon grain.
Donnez-lui jusqu'à la prochaine moisson.
Durand Laxart, les impôts sur ton village ne sont pas encore à échéance.
Je sais, messire Robert. Voici, euh ... c'est ma nièce.
- La fille de Jacques d'Arc,de Domrémy. - Oui, oui.
Elle voudrait vous parler.
- Je... Je... - Oui, oui, vas-y, parle. Dis-moi tout.
Je... Je vous apporte un message, messire Robert. Vous devez m'envoyer vers le Dauphin.
C'est mon Seigneur qui l'ordonne.
Ton seigneur ? Je suis ton seigneur !
Mon Seigneur est le roi du ciel.
Mmm, en effet. Bien sûr.
Et ce sera à moi de conduire les armées du Dauphin.
Conduire ses armées ? Depuis quand le Dauphin a-t-il une armée ?
Et les femmes ne conduisent pas les armées, jeune péronnelle, elles les suivent !
Mais si tu veux en être, ça peut s'arranger !
- Mais j'ai à sauver la France. - Sauver la France ?
Retourne chez toi, la fille, arrête tes bêtises !
S'il avait été possible de sauver la France, ce serait fait depuis belle lurette.
N'est-ce pas, de Metz ?
Mais le sort de la guerre va changer, quand j'aiderai le Dauphin.
Je dois le conduire au couronnement.
Laxart, remmenez cette jeune fille chez elle, et dites à son père qu'elle est folle.
Mais vous devez m'envoyer vers le Dauphin, je dois sauver la France !
Je suis désolé, messire Robert. J'ignorais ce qu'elle allait vous raconter.
Je vais la ramener chez elle.
Tu m'as rendu ridicule. Si j'avais su ce que tu allais dire...
Je ne voulais pas vous mêler à ça, oncle Durand, mais il n'y avait pas moyen autrement.
il fallait que je lui parle.
il fallait ?! Ton père ne me le pardonnera jamais. Jamais de la vie !
- Chut, chut, cousin. - Place !
Attention ! Place !
Jeannette ! Non, Jeannette, reviens ! Messire Robert a parlé !
Sire Robert, vous devez m'envoyer participer à la guerre !
Orléans est en grand danger, ce jour même la bataille fait rage.
Quoi ? Orléans est à 200 lieues d'ici, personne ne sait ce qui s'y passe.
Sire Robert ! Sire Robert !
Jeannette !
Je vous dis qu'il y a combat en ce moment même, et qu'il ne tourne pas en notre faveur.
Vous devez m'écouter.
Ma fille, nous voulons tous sauver la France,
mais ce n'est qu'une étendue de terre sans roi.
J'ai beau être un champion, je ne vais pas pouvoir la sauver !
Rentre chez toi. Rentre chez ton père, fillette.
Tes paroles étaient bien étranges, la fille.
Oui, elles sont étranges. J'ai été envoyée ici pour parler à messire Robert,
mais il n'a prêté attention ni à moi ni à mes dires.
Et pourtant avant la mi-Carême je dois être avec le Dauphin.
Croyez-moi, je préfèrerais rester à la maison à filer avec ma mère.
Car ce n'est pas ma place ici.
Mais il n'y a personne au monde, ni roi, ni prince, ni noble,
qui puisse porter secours à notre France bien-aimée.
Personne sauf la jeune fille qui se trouve devant vous.
Ce n'est pas pour ce que je vaux, mais le Roi du Ciel le veut ainsi.
As-tu entendu parler de la prophétie ?
Il y a une prophétie qui dit qu'une fille de Lorraine sauvera la France.
- En as-tu entendu parler ? - Non, je ne sais rien d'une telle prophétie.
- On va à l'attaque, sorcière ? - Elle veut sa bataille !
- Jeannette! - Allons-y avant que les choses se gâtent.
- Couronner notre roi, et puis quoi ? - Allons sauver la France, c'est ça !
Je sais que j'ai du mal à m'exprimer...
mais année après année on m'a ordonné de partir
pour délivrer Orléans et bouter les Anglais hors de France.
- Tes parents sont au courant, Jeannette ? - Je ne l'ai dit à personne.
Ce n'est pas que ça me plaise de mentir par omission,
mais mon père m'empêcherait de partir.
Que pouvons-nous faire ?
Je sais que je dois partir, mon oncle, mais pas avant que sire Robert m'ait entendue..
- Tu veux rester ici ? - Oui, je dois.
Je resterai devant les portes jusqu'à ce qu'il passe,
et si je ne trouve pas où loger, je dormirai à la belle étoile.
Tout ce qu'on m'a ordonné de faire, je le ferai.
Laisse-la moi, Durand. J'en prendrai soin.
Et si je rencontre son père ?
Dis-lui que tu m'as laissée ici.
Tu seras plus en sûreté ici et je veux bien t'y laisser, mais
Mais quoi, mon oncle ?
Rien. Je n'en parlerai jamais.
Qu'est-ce que tu fais là encore ? Tu sais bien que messire Robert ne te recevra pas.
Rentre chez toi, la fille, et ne reviens pas demain.
Regardez, c'est elle qui arrive.
Pardon, est-ce vous la Pucelle ?
Je suis Jeanne, la fille de Jacques d'Arc.
Nous avons entendu parler de toi, nous t'avons cherchée.
On croit en toi et on prie pour toi.
On a donné une messe pour toi dimanche dernier.
Merci. Je sais que vos prières seront utiles.
Les portes se sont encore fermées devant moi.
Mère !
Je suis venue te ramener chez nous, Jeannette.
Tu dois rentrer, Jeannette.
Tu as fait un mauvais rêve, mais ce n'est pas grave,
et bientôt ce ne sera plus qu'un souvenir, et alors tout le monde oubliera ça.
- Mais reviens ! - Je n'ai jamais voulu vous offenser, mère,
car je vous aime plus que personne au monde.
Mais même si j'avais cent pères et cent mères,
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