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"LA MARQUE DU VAMPIRE"
Je suis désolé, monsieur et madame,
mais vous feriez mieux de passer la nuit ici.
Voyons, mon bon monsieur, nous n'avons pas peur.
Nous connaissons vos mauvaises routes.
Non, vous ne comprenez pas.
Ce n'est pas à cause des routes, mais de l'obscurité.
Ici, nos portes sont protégées par des épineux pipistrelle.
- Mais de quoi vous protègent-ils ? - Comme ça, ils n'entrent pas.
Ils en ont peur, les démons du château.
Bonsoir. Quelle belle soirée !
Eh bien, docteur, pour quelqu'un qui n'a pas peur de l'obscurité,
votre cheval allait bien vite.
Oh, vous connaissez les chevaux.
Quand il est l'heure de rentrer, rien ne peut les arrêter.
J'admets que j'étais un peu impatient... Je veux dire, avide
de me rassasier d'un de vos bons petits plats.
Oui, les vampires ont faim, eux aussi, c'est l'heure du souper.
Sottises. Balivernes. Des vampires. Sottises.
Ce ne sera pas long. Je prendrai mon souper dans une minute.
Il peut bien rire de moi et des vampires,
mais je n'aimerais pas avoir besoin de lui dans une ferme ce soir.
- C'est quoi ces histoires de vampires ? - Oui, et ce château.
C'est là qu'ils vivent, dans leur cercueil.
Ils sortent la nuit et boivent le sang des gens.
Stupide superstition !
Vous ne ririez pas si vous habitiez dans cette contrée.
Imagine, Ronnie, des vampires au XXe siècle.
Épatant. Les membres du club n'en reviendront pas.
Elle vous demande de ne pas vous moquer,
parce que si les vampires vous entendaient,
ils se vengeraient sur nous tous.
- Sais-tu ce qui se passe ? - Monsieur le baron Otto arrive.
Votre attention. J'ai quelque chose à vous dire.
Je suis le porteur de bien mauvaises nouvelles.
Hier soir, votre maître, Sir Karell, a été assassiné.
Il n'y a pas de quoi s'alarmer.
Relevez-vous.
L'inspecteur Neumann de Prague est à l'étage auprès du corps.
Il ne va pas tarder à descendre pour vous interroger.
Si vous lui dites la vérité, il ne vous arrivera rien.
Ce sera tout. Vous pouvez reprendre votre travail.
À l'université de Prague, dans les archives,
des documents prouvent l'existence de ces créatures.
Dr Doskil, je me fiche de ces contes de bonne femme.
Je veux savoir comment Sir Karell est mort.
Mais l'explication est là.
Ces petites incisions sur le cou sont les morsures d'un vampire.
- Oui, selon vous. - J'ai déjà vu cela par ici.
Vous avez laissé Sir Karell à 21 h 15.
Oui, monsieur l'inspecteur.
Dans ce cas, que faisiez-vous ici ce matin, à 3 h 30 ?
Je ne sais pas. Je n'arrivais pas à dormir.
Une chauve-souris contre ma fenêtre, j'ai senti que quelque chose n'allait pas.
À cause d'une chauve-souris ?
Oui, monsieur. Non, monsieur. Je ne sais pas.
Et vous, pourquoi ne pas être venu au château dès que Jan vous a appelé ?
Parce que Jan m'a dit que Sir Karell était déjà mort.
Votre permis médical autorise Jan à certifier la mort de vos patients ?
Oh, non, voyons. Bien sûr que non.
Mais c'était la nuit, et je savais que je ne serais guère utile.
Je vois. Vous n'êtes pas un oiseau de nuit. Vous êtes plutôt du matin.
S'il fait assez jour pour que monsieur veuille bien travailler,
faites un examen et déterminez la cause du décès.
Et pas de balivernes.
Jan, donnez un coup de main au docteur.
Quel toupet !
Je vais chercher votre châle. Nous allons aller chez moi.
- Vous n'avez rien mangé. - Oh, je ne puis rien avaler.
Comment voulez-vous ?
Mais Irena, il vous faut rester forte.
- C'est Fédor. - Ma chère, laissez-moi le prévenir.
Non. Non, merci.
Mais où étiez-vous ? Je fais du bruit à réveiller les morts.
Oh, ne plaisantez pas, Fédor.
Mais qu'y a-t-il ? Que s'est-il passé ?
Fédor, père est... Père...
Oh, pauvre chérie.
Ce jeune homme, parlez-moi de lui.
Qui donc, Fédor ? C'est le fiancé de Mlle Borotyn, M. Vincenté, de Prague.
- Vient-il d'une famille fortunée ? - Moyennement. Pourquoi ?
Sir Karell étant mort,
Mlle Borotyn hérite d'une coquette somme.
Voyons, vous soupçonnez Fédor ?
Que compte faire Mlle Borotyn ?
Bien évidemment, elle va s'installer chez moi,
je suis son tuteur.
- Oh, son tuteur. - Eh bien, oui.
Et en tant que tel, naturellement, vous êtes l'exécuteur testamentaire.
Oui. Mais pourquoi dites-vous cela ?
Oh, je vois. Cela fait de moi un autre de vos suspects.
Dans ces cas-là, il n'y a que des suspects.
Comment ose-t-il me parler comme à un vulgaire policier ?
"Des contes de bonne femme.
"Recherchez la cause du décès.
"Et pas de balivernes."
- Quoi ? Qu'est-ce que c'est ? - Regardez.
Alors, docteur, vos conclusions ?
Inspecteur, l'examen ne fait que confirmer mon diagnostic.
Ces marques sont les seules traces de violence.
Sir Karell était-il souffrant ?
Bien au contraire, il se portait bien,
à part quelques petits soucis cardiaques.
- Vous le soigniez contre cela ? - Naturellement.
- Eh bien, je veux une autopsie. - Bien entendu, cela sera fait.
Mais croyez-moi, son décès résulte de ces petites blessures.
Voyons, docteur, un homme aussi instruit que vous ne croit pas aux vampires...
Dans ce cas, comment expliquez-vous qu'il se soit vidé de son sang ?
Oui, monsieur le légiste.
Durant la nuit, le fermier Narodni a été retrouvé mort sur la route.
Le comte Mora et sa fille ont été aperçus près du château.
Oh, balivernes. Ce n'est qu'idiotie et superstition.
- Docteur Doskil. - Oui ?
Vous avez aussi examiné le corps de ce fermier ?
En effet. Le cadavre était vidé de son sang.
Il présentait les mêmes marques que celles trouvées sur le cou de Sir Karell.
Et avez-vous vu ce comte Mora et sa fille ?
Non, monsieur le légiste.
Quand je les ai vus, c'étaient des chauves-souris.
Ces pauvres simples d'esprit croient
que les vampires se transforment en chauves-souris,
puis reprennent une forme humaine.
- Quelle imagination... - Un peu de respect !
"Ces pauvres simples d'esprit." Je proteste.
- Diplômé de la faculté de médecine... - Assis !
Tenez-vous à ridiculiser votre commune et ce tribunal ?
Assez de ces superstitions moyenâgeuses. Nous sommes en 1934.
Mesdames et messieurs, vu les circonstances actuelles,
en conclusion de cette enquête, il est entendu que Sir Karell Borotyn
est mort de cause inconnue.
Très chère, ils dansent pour vous. Cela ne vous rend pas heureuse ?
- Que... Mais c'est que vous pleurez ! - Boris, rentrons, je vous prie.
Je suis désolé. Je ne voulais pas vous rendre triste.
Il faut m'excuser, Fédor, d'être si peu gaie,
mais les voir tous danser ainsi m'a rappelé les paroles de père.
Il disait qu'à mes noces de mariage,
tous les villageois et paysans des environs viendraient
chanter et danser.
Fédor, il avait tout prévu.
Mais il n'est plus.
Je ferai tout pour vous rendre heureuse et respecter ainsi le souhait de votre père.
Les villageois et les paysans se contenteraient de vin du pays.
C'est ce que Sir Karell aurait fait.
- Oui, monsieur, à une exception près. - Laquelle ?
Il aurait célébré le mariage au château.
Voyons, pensez-vous que Mlle Irena supporterait d'y retourner ?
- Après cette effroyable tragédie ? - Sans doute que non.
Voir le château tomber en décrépitude m'attriste.
Pluie et neige fondue entrent par les fenêtres cassées.
Cela m'attriste aussi.
Vérifiez à nouveau votre liste. Assurez-vous qu'on ne manque de rien.
Mais n'oubliez pas que la vie continue, très chère.
Votre père n'aimerait pas que vous soyez triste en ce jour.
Je sais. J'ai honte de la façon dont je me suis comportée avec Fédor hier soir,
mais la tristesse m'a de nouveau envahie.
Eh bien, il faut que cela cesse, jeune fille.
Si je ne me trompe, nous avons des noces à organiser.
Fédor ! Fédor, oh, chéri, que vous arrive-t-il ?
Annie, de l'eau, vite !
Fédor ? Que vous est-il arrivé ?
Je ne sais pas. Je ne me souviens de rien.
Je courais vers le train, et devant le château, je suis tombé.
J'ai dû me cogner la tête.
Oh, mon pauvre chéri. Buvez.
Fédor.
Vous dites être tombé devant le château ?
Alors que je revenais à moi, l'aube se levait.
J'étais trop faible pour bouger.
Je suis resté étendu, là.
Il me... J'ai l'impression d'y être resté des heures avant de réussir
à me traîner jusqu'ici.
Annie, le docteur, vite. Le docteur Doskil.
Fédor ! Ces marques, père avait les mêmes.
Des vampires ! Des vampires ! Je ne resterai pas ici !
Va moins vite ! Ralentis !
- Est-ce que tu veux ma mort ? - Lâche ! Lâche !
Va moins vite ! Je ne veux pas atterrir dans un fossé !
Et je dirai au baron que tu as fouetté son cheval.
C'est ta faute, tu as mis des heures à boire ta bière.
Je voulais rentrer avant la tombée de la nuit.
Pourquoi as-tu peur de la nuit ? On ne craint rien dans le noir.
Si tu te réveilles morte demain, ton corps vidé de son sang,
tu auras peur du noir !
Peur du noir...
Dieu du ciel ! Mon Dieu, protégez-nous. Oh, mon Dieu.
J'ai été une bonne fille. Je l'ai toujours été.
Ne la laissez pas me tuer.
Elle m'attaque ! Elle m'attaque !
Il faut nous laisser le voir !
- Non ! On ne peut pas le déranger ! - Il faut qu'on le voie.
Il faut qu'il sache.
Je vous dis qu'on ne peut pas le déranger.
- Que se passe-t-il ? - Le château, monsieur !
Il est hanté. Par des morts !
- Jan, laissez-nous. - On les a vus !
- Oui, croyez-nous ! - Taisez-vous. Je vais vous expliquer.
- Des agents immobiliers de Prague... - Non. On a vu une femme.
- Une morte drapée de blanc. - Assez !
Vous avez dû voir une cliente qui faisait le tour du château.
On le fait visiter.
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