The first 180 lines.
- Oh ! Quelle heure qu'il est maintenant ?
Quatre heures moins dix.
- Quelle heure qu'il est maintenant ?
Quatre heures moins neuf.
- Non, du coton roulé plié dans de la toile à matelas.
- Quelle heure qu'il est maintenant ?
Quatre heures moins huit !
Je viens chercher Doinel.
Doinel, c'est lequel ?
Doinel, c'est lequel ?! - C'est moi. Pourquoi ?
Par ici.
- On peut sortir pour aller pisser ? - Non, seulement à 6 h.
- Ah ! Pourri ! Salaud ! Dégueulasse !
- Il fallait pas assommer la sentinelle, la semaine dernière.
- Doinel, tu pisseras pour nous ! - Entendu !
- Hé ! Tu baiseras pour nous ! - Oui, oui, d'accord !
- À 5 h ! - À 5 h justes !
On pensera à toi à 5 h !
- La mine antipersonnelle est plus petite que la mine antichar.
Lorsqu'elle explose, elle blesse grièvement l'homme...
- Tu m'attends là. - ...déchire les pneus des véhicules
et n'a pas d'action sur...
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Le deuxième classe Doinel est là.
Bon, une minute.
Bon ! Alors...
Vous sondez le sol avec la baïonnette
et vous vous dites :
Tiens, je sens quelque chose de dur.
C'est ce que vous dit votre fiancée quand vous arrivez en permission, non ?
Bon ! Bien, le déminage, c'est comme les gonzesses :
il faut y aller doucement.
Une fille, vous lui mettez pas directement la main au cul, non ?
Vous tournez autour.
Les mines antichar, c'est pareil : il faut tourner autour.
Bon ! Examinez-la pendant mon absence.
Alors... ça y est !
Tant mieux pour vous.
Etj'ajoute : Tant mieux pour nous.
Parce qu'il y a des individus que dans l'intérêt général,
on a pas intérêt à s'en encombrer dans l'armée.
Voilà votre livret individuel.
"Le deuxième classe Doinel Antoine,
"engagé pourtrois ans,
"a été l'objet d'une résiliation de contrat en exécution...
à la suite de sa réforme définitive."
Maintenant, il y a une chose queje comprends pas.
Il y a les garçons qui n'aiment pas l'armée ;
on les appelle, ils font leur service et puis voilà.
Mais ils demandent pas à y entrer !
Pourquoi vous êtes-vous engagé, hein ?
Bien, c'est... enfin...
J'avais des raisons personnelles.
- À cause d'une fille, sûrement. C'est lamentable !
L'armée n'est pas un refuge.
Sans compter que vous avez dépensé
votre prime d'engagement.
Je me demande d'ailleurs pourquoi on vous la fait pas rembourser !
Si c'était moi...
Oui, vous devez être sûrement protégé. Vous avez des amis communistes.
Maintenant, c'est eux qui font la loi.
Passons.
"Appelé pour servir à Vidauban... n'a pas rejoint.
"Porté insoumis à Strasbourg... n'a pas rejoint.
Consigné à la caserne Dupleix... n'a pas rejoint."
En somme, vous ne rejoignez jamais.
Vous êtes comme le chien de Jean de Nivelle
qui fout le camp quand on l'appelle. C'est ça !
Et en plus, vous vous êtes fait voler vos habits civils.
Vos effets militaires, il faudra les renvoyer avant 30 jours !
Ah, le certificat de bonne conduite vous a été refusé
par décision du général de division. Voilà.
Ah, vous savez que sans certificat de bonne conduite,
pas question d'entrer dans une administration
ou dans une maison privée sérieuse.
Vous aurez toujours la ressource de vendre des cravates dans la rue.
Je ne sais pas si je vous en achèterais beaucoup.
Voilà !
Bonne chance.
Et au plaisir de ne plus vous revoir. Rompez.
- Bien, dis donc, où tu vas ? Il faut payer la chambre.
Ça fait huit francs.
Ça y est, Ginette s'est fait emballer. - Encore ?
- Oui. - Laisse quelque chose.
- C'est la troisième fois depuis lundi.
- Faudra penser à lui porter des sandwichs au commissariat.
- Merde alors ! Faut pas qu'elle compte sur moi.
- Moi, je peux pas bouger d'ici, je suis bloquée.
- Non, non, pas sur la bouche. - Mais pourquoi ?
Jamais avec les clients.
Non, laisse mes cheveux tranquille, j'ai mis de la laque.
Ah non, je garde mon pull-over, j'ai froid. Je viens d'avoir une bronchite.
Viens, je vais te laver.
Qu'est-ce qu'il y a ? Où tu vas ?
Ça va, ça va.
- Tu me trouves toujours au Balto. Demande Josianne.
Si je suis pas là, tu attends dix minutes.
O.K.? - Oui. Eh bien, disons samedi ?
- Samedi ? Bon, O.K., mon gros. Allez, au revoir, mon gros.
Au revoir. - Au revoir.
- Alors vous entrez ou vous sortez ? - Je sais pas. Vous m'emmenez ?
- Tu es mon premier militaire de la journée.
Ça va me porter bonheur. Tu es dans quoi ?
- Moi, j'étais dans l'artillerie. - Artilleur ? Bravo.
Antoine !
Ça, c'est une surprise ! Entrez, entrez.
Lucien va être étonné de vous voir.
- Ah, Antoine ! - Bonjour.
- Eh bien, ça fait plaisir de vous voir. - Comment ça va ?
- Ça va, ça va. Vous êtes en permission ?
- Euh... non, non, j'ai été réformé. Mon engagement a été cassé.
- Vous avez dîné ? - Oui, ça va.
Vous dérangez pas pour moi. - Je suis sûr que vous avez pas dîné.
- Non, ça va. - Asseyez-vous, allez.
- Christine va être désolée, elle n'est pas là.
- C'est pas grave. - Vous avez été réformé,
vous n'êtes pas malade au moins ? Vous avez une réforme provisoire ?
- Ah non, non, non, une réforme définitive.
Instabilité caractérielle. C'est valable même en temps de guerre.
- Ça, c'est très bien. Bravo. - Ah, l'armée, l'armée...
C'est comme le théâtre, c'est un merveilleux anachronisme.
- C'est bien. - D'ailleurs, on a jamais compris
pourquoi vous vous étiez engagé. Vous êtes parti si brusquement.
Lucien, de quoi te mêles-tu ?
Oui, enfin, j'étais très exalté.
J'avais lu Servitude et grandeur militaire ;
je croyais que c'était comme ça. - Puis maintenant ?
Maintenant, vous cherchez du travail, c'est ça ?
- Oui, enfin, j'aimerais bien trouver quelque chose.
- Dis donc, et Shapiro ? - Quoi, Shapiro ?
- Bien, l'hôtel Alsina. - Alsi...
Ah, mais c'est vrai. Je l'appelle tout de suite.
C'est un client du garage. Il a un hôtel à Montmartre,
il cherche un veilleur de nuit.
Le sien est mort avant-hier. Je l'appelle tout de suite.
Ça vous irait ? - Oui, ce serait bien, ça.
Je l'appelle.
- Évidemment, vous vous attendiez à voir Christine ?
- Oh, mais ça fait rien. Je vais lui téléphoner demain matin.
- Non, elle est partie pour huit jours.
Elle est aux sports d'hiver avec une bande de copains.
Vous savez que le Conservatoire est fermé ?
Ils ont remplacé le directeur, les élèves préféraient l'ancien...
ils ont boycotté les cours. Enfin, toute une histoire.
Ah bon ?
- Antoine, ça a l'air de marcher. - Excusez-moi.
Venez parler à M. Shapiro.
- Allô, monsieur Shapiro ?... Bonjour, monsieur...
- Dis donc, j'ai entendu que tu lui parlais de Christine.
Qu'est-ce que tu lui as dit ? - Je lui ai dit la vérité,
qu'elle était aux sports d'hiver avec des amis.
Qu'est-ce que tu voulais que je lui dise ? - Non, non, c'est bien.
- Bien. Au revoir, monsieur. Ah, c'est formidable !
M. Shapiro a été très aimable. Il me demande de me présenter tout de suite.
- Tout de suite ? - Je m'excuse,
mais il va falloir que j’y aille maintenant.
- Même pas le temps de finir le fromage ? - Enfin, un petit bout.
Allez, allez-y, ça vaut le coup.
C'est pas inintéressant, veilleur de nuit. J'ai fait ça quand j'avais 20 ans.
Comme ça, vous aurez le temps de lire.
Shapiro est un gars très gentil. - Je vais téléphoner à Christine...
Bonjour, Christine.
Bonsoir, Antoine.
Je suis très contente de vous voir. Vous n'avez pas changé.
Alors vous en êtes sorti ? - Oui, tout de même.
- C'est ce que mes parents m'ont dit. Il faudra que vous me racontiez ça.
- Entendu. Et vous, vous êtes rentrée aujourd'hui ?
- Oui, ce soir. Alors je suis venue aussitôt.
Vous êtes content ici ?
- Oui, ça va, c'est pas mal. C'est tranquille.
- Mes parents ont peur que vous preniez froid la nuit,
ils m'ont dit de vous amener ça. - Qu'est-ce que c'est ?
Des granulés ? C'est très gentil, mais-- - Si, si, prenez-les tout de suite,
sinon vous oublierez. Si. - Bon.
Euh... vous voulez un truc à boire ? - Bien oui. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Un peu de tout. De l'eau minérale, du Coca-Cola...
Un Coca, oui.
Vous savez, je pensais qu'on ne se reverrait plus.
Vous ne m'avez pas écrit depuis six mois.
Bien oui, mais...
le plus souvent, j'étais en prison ou bien à l'infirmerie.
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