The first 200 lines.
Je suis Karl Glocken.
Et ceci est un bateau d'imbéciles heureux.
J'en suis un et vous en rencontrerez d'autres.
Cette barque en est pleine.
Des dames émancipées. Des sportifs.
Des amoureux. Des amoureux des chiens.
Des filles de joie.
Des Juifs tolérants.
Des nains. Tous les genres.
Et qui sait, si vous regardez bien,
vous vous verrez peut-être vous-même à bord de ce bateau.
Bonjour, docteur.
Bonjour.
Ravi de quitter Veracruz. Tout le pays est sur le point d'exploser.
Vous les avez vus? Quelque chose d'intéressant?
Quelque chose d'un peu intéressant?
Il y a un nain, grand comme ça.
Un jeune couple de peintres américains.
Et un représentant de commerce juif au sens de l'humour contagieux.
Les femmes, Willie. Les femmes.
Il y a une séduisante Américaine d'âge moyen.
Mais probablement plus assez jeune pour vous.
A cet âge, elles savent apprécier ce qu'on leur offre.
Il y a une troupe de danse espagnole, mais ça doit être des professionnels.
On a déjà eu une de ces troupes à bord.
Et un assortiment classique de femmes de chez nous.
Femmes de professeurs? Vendeuses mijaurées?
- J'en ai peur. - Des gouvernantes?
- Vous ne devriez peut-être pas. - Ça va.
Vous allez descendre à Bremerhaven alors?
Ce fut une courte carrière. Trois voyages.
Assez longue pour moi.
- Que vais-je faire sans vous? - Vous vous en sortirez.
Voulez-vous que je vous dise une triste vérité?
Je me suis plus attaché à vous qu'à tous ceux que j'ai connus.
On s'est habitués l'un à l'autre.
Avec qui vais-je jouer aux échecs? Avec qui vais-je discuter?
Vous connaissez le genre de passagers de ce bateau.
Chaque fois que je dois aller à table, j'en tremble.
Je dois être gâteux.
Après mon...
Je cherchais quelque chose.
Je croyais apprendre quelque chose en devenant médecin de bord.
Mais j'ai déjà vu tout ça. J'ai déjà vu tous ces gens.
Ailleurs que sur un bateau, c'est tout.
Entrez.
Le déjeuner est servi, capitaine.
S'il vous plaît...
- Que dois-je leur dire, cette fois? - Ce que vous voudrez.
Que je répare les toilettes.
1933 sera une bonne année. Je suis optimiste.
En tout cas, elle commence très bien.
C'est bon de rentrer sur un bateau allemand, avec des Allemands.
On dira ce qu'on voudra, les Allemands ensemble, c'est quelque chose.
Je ne sais pas... Cette Gemütliche Kameraderie n'existe pas chez les autres.
- Je ne l'ai pas trouvée ailleurs. - Les Mexicains disent...
détester les Américains, haïr les Espagnols,
se méfier des Anglais, admirer les Français et aimer les Allemands.
C'est charmant. J'en suis ravi.
Mais en ce qui me concerne, après un temps au Mexique,
je ne raffole pas des Mexicains non plus.
Depuis quand n'êtes-vous pas rentré chez vous, Herr Freytag?
- Quatre mois. - Vous devez être content aussi.
Oui. Ma femme m'y attend.
Tous les hommes charmants sont mariés!
Fräulein Spockenkieker, vous me blessez.
A part vous, Herr Rieber. Je suis désolée.
Ce petit chien est tellement mignon.
Il a tant partagé avec le professeur et moi que j'ai parfois l'impression qu'il est notre fils.
Un chien, à table, est-ce bien correct?
Bébé nous accompagne partout.
Nous l'avons emmené dans les meilleurs restaurants.
Personne ne s'en est plaint.
Ça va être un superbe voyage, David.
Ça me gêne encore quand tu payes l'addition.
On avait dit qu'on ne parlerait pas de ça.
T'ai-je dit que ces trois mois ont été les plus beaux de ma vie?
T'ai-je dit que je t'aime tant que cela en est agaçant?
Quoi? Qu'y a-t-il?
Vingt-six jours dans des lits séparés.
C'est sûrement une très bonne chose.
Nous ferons connaissance.
Nous découvrirons s'il y a autre chose entre nous que le sexe.
Je suis sûr que le Suédois t'a donné plus de fric.
- Je te l'ai donné. - Le barman dit que non.
Il ment.
- Si tu l'as planqué, je t'arracherai la langue. - Etripe-moi si tu veux. Je n'ai pas plus.
- J'ai demandé une table seule. - Je suis désolé, Madame, c'est impossible.
Je vous en prie, ne vous levez pas.
Vous êtes américaine?
Je m'appelle Bill Tenny.
Mary Treadwell.
Je prendrai le pâté et le Rheinischer Sauerbraten.
- Monsieur? - Un steak?
- Oui, Monsieur. - Epais?
Nous ferons de notre mieux.
Je vais m'en tenir à des choses simples.
Je donnais des cours de base-ball à Veracruz. Ils ont voulu m'empoisonner.
J'ai eu la courante pendant trois semaines.
Comme c'est intéressant.
Racontez-moi ça.
Herr Rieber, j'ai cru comprendre que votre magazine publiait des articles intellectuels.
C'est un magazine de mode, mais moderne, très moderne.
Bonjour. Willie Schumann, le médecin de bord.
Le capitaine s'excuse. Les affaires du bateau le retiennent.
Docteur, je suis Siegfried Rieber. Le professeur Hutten, Frau Hutten.
- Je vous en prie. - Non, j'insiste. Et leur chien, Bébé.
Cette charmante jeune femme est Fräulein Spockenkieker.
Herr Freytag, Frau Schmitt, Herr Graf et son neveu Johann.
- Je ne veux pas vous interrompre. - Nous parlions du magazine d'Herr Rieber.
Il a invité des écrivains de tout le pays autour d'un sujet:
Nous débarrasser des influences étrangères et rendre sa grandeur à l'Allemagne.
Quelles influences étrangères?
Si vous avez besoin de mes soins, n'hésitez pas.
Docteur, vous n'aurez pas à vous soucier de moi.
Je ne crois pas en la materia medica.
Vraiment?
Avez-vous trouvé mieux?
- La foi. - La foi. Je vois. Eh bien...
Un toast. A la femme allemande, la plus belle du monde.
Délicieuse.
Le hareng est très bon.
Je prendrai le hareng et deux ufs durs.
Veuillez m'excuser.
Vous n'êtes pas juif, n'est-ce pas?
Non. Je fais partie d'une autre minorité.
En général, les Juifs ont une table juste pour eux, sur ces bateaux.
Pourquoi nous ont-ils réunis?
Pour être aimables. Ils ont dû penser qu'on s'entendrait.
Vous êtes certain de n'être pas juif?
Quasiment.
Vous ressemblez à mon beau-frère de Stuttgart.
C'est comme ça. On me confond toujours avec un autre.
- Du vin? - Juste une larme.
Mon Dieu. Où allons-nous les mettre?
Il faudra s'arranger.
Professeur, qu'est-ce que c'est?
Que se passe-t-il? Qui sont ces gens?
Il n'y a pas de raison de s'inquiéter.
- J'ai parlé à un officier. - Mais que se passe-t-il?
Ça a quelque chose à voir avec le prix du sucre sur le marché.
Du sucre?
Les cultivateurs n'ont pas pu obtenir leur prix,
alors ils ont brûlé leurs récoltes plutôt que de voir les prix baisser.
Il fallait faire quelque chose pour les fermiers espagnols
afin que le gouvernement cubain mette en place un plan d'action humanitaire.
Ils les renvoient chez eux.
- Comment vous sentez-vous? - Bien.
Tant mieux.
Je reviendrai vous voir. D'accord?
Mettez-la dans le coin, s'il vous plaît.
- Où peuvent-ils se laver? - Il y a deux robinets.
- Quoi? - Je n'y suis pour rien.
Cessez de me parler comme ça.
On ne met pas 600 personnes sur un pont avec deux points d'eau!
Ils se passeraient bien de se laver. Vous n'avez pas idée.
Il faut laver le pont au jet.
- Au jet? - Amenez les jets.
Je ne vais pas les arroser.
Il vaut mieux les arroser que de les laisser comme ça, non?
- Ouvrez les jets. - Envoyez les jets.
C'est noté. Vous n'êtes pas ravi de partager votre cabine avec moi.
J'ai déjà demandé à changer de cabine.
Croyez-moi, cette perspective ne m'enchante pas non plus.
Pourtant, en attendant nous sommes mutuellement prisonniers
et le mieux serait de nous mettre d'accord.
Pour les produits de toilettes,
je mettrai les miens de ce côté du lavabo.
Et vous pourrez mettre les vôtres de l'autre.
Ça ira?
Quel lit préférez-vous? Celui du haut ou celui du bas?
On m'a assuré que j'aurais celui du bas.
Il est à vous.
Quelles sont vos habitudes?
Personnellement, je me lève de très bonne heure.
Si je m'en fie à ce soir, vous êtes un oiseau de nuit.
Si vous dormez plus tard, je veillerai à ne pas vous réveiller.
Et j'espère que vous ferez de votre mieux pour ne pas me déranger.
Une autre chose.
Ma femme m'a fait savoir avec beaucoup de sarcasme...
que je ronfle.
Bonne nuit.
- Vous êtes peintre? - Oui.
- Que faisiez-vous au Mexique? - J'étais pointeur.
- Vous n'êtes pas peintre? - Si, mais j'étais pointeur.
- Pourquoi? - Pour gagner ma vie de peintre.
- La peinture ne rapporte pas? - Non.
Attendez deux secondes, là.
Vous faites un travail qui ne vous nourrit pas,
alors vous en prenez un autre pour pouvoir continuer le premier?
C'est une vie héroïque.
C'est ainsi que les hommes qui ont confiance en eux peuvent vivre.
- Bizarre. - Comment ça?
Bizarre.
Je croise toutes sortes de gens mais...
Je vous ai raconté ce qui m'est arrivé à l'immigration de Veracruz?
J'ai crié à un employé: "Hé! Pancho, viens voir par-là." Par sympathie.
Comme on dit "Mac" à un taxi ou "George" à un porteur dans le Pullman.
Et ce petit nègre... Ceux de la côte ont surtout du sang noir.
Il est resté là à me regarder.
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