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Oui
Oui
Je ne peux pas descendre !
Hé ; Inspecteur !
Inspecteur ; restez ici !
Lâchez-moi !
Signature !
Tampon.
~ LE MARIAGE DE MARIA BRAUN ~
C'est toi, Maria ?
J'étais morte de peur. Je pensais qu'il était arrivé quelque chose.
Personne ne veut de robe de mariée.
Trop de fiancées, trop peu d'hommes.
C'est tout ce qu'on m'en a donné.
Mais des blaireaux, il y en a sur le marché.
Ma petite.
On se fait des pommes de terre au lard.
Nous avons des messages pour les personnes suivantes :
5821, Adler,
prénom inconnu...
Ça me rend malade de les voir tous.
Une blessure en diagonale n'est pas le pire, d'après les médecins.
La symétrie, vous savez.
Touché du même côté, on ne peut même plus tenir sa béquille.
Je vois ça depuis six ans, depuis cinq je suis veuve.
Ça ne serait rien, si seulement il était rentré.
Vous avez été mariée longtemps ?
Je suis mariée.
Mais vous n'en avez pas profité longtemps.
Si.
Une demi-journée et toute une nuit.
Il est mort tout au début, en Norvège.
Il était d'abord dans la marine,
et puis le bateau a coulé.
Mais il a survécu.
Il a nagé dans l'eau glacée et couverte de mazout en flammes.
Après, il a combattu à terre.
Mais il est tombé dans une crevasse.
Pourquoi ne vous êtes-vous pas remariée ?
Ils m'ont envoyé un tableau,
avec des vagues, et une couronne qui flottait, avec l'inscription :
"Ils sont morts pour que vive l'Allemagne."
Vous vous rendez compte !
"Ils sont morts pour que vive l'Allemagne", et il est mort.
Ils m'envoient un tableau avec la mer,
et il est tombé dans une crevasse.
Il y a des montagnes là où il y avait des océans,
avant l'époque glaciaire.
Pourquoi êtes-vous si sûre que votre mari n'est pas mort ?
Parce que je veux qu'il revienne.
Qu'est-ce qu'il a dit ?
Quelque chose de grossier.
Je ne sais pas ce que vous avez dit, mais vous n'avez pas le droit.
Vous êtes folle.
Essaie ça.
On fait toujours l'erreur de n'aimer qu'une seule personne, grand-père.
Quand on n'a pas de pommes de terre, on mange bien des navets.
Et quand on n'a pas de navets, de la bouillie.
Mais quand on aime, il n'y en a qu'un,
et puis il part à la guerre, après cinq mois il est mort,
et on pleure tout le reste de sa vie.
Dis, grand-père, est-ce raisonnable ?
Beaucoup trop grand !
Oui, il n'est pas bon d'être seul.
C'était presque trop juste pour Karl,
la dernière fois, en mai 41.
A l'époque, les hommes avaient encore de l'allure.
Maintenant, ils ont tous l'air
d'être ratatinés.
Prends les caleçons.
Ils sont chauds. Personne ne verra qu'ils sont trop grands.
Disons, trois paquets de petit bois.
Et Maria, qu'est-ce qu'elle a eu !
Amoureuse trois semaines, mariée un jour,
et maintenant la voilà avec son écriteau.
Et pourquoi s'attache-t-on toujours à un seul homme ?
Parce qu'en amour il n'y a que lui, c'est tout.
D'où savait-elle ça, Maria ?
Elle est si jeune.
La voilà.
Vite, donne les affaires.
Elle a son orgueil.
Combien de bois ?
Son orgueil !
Ah ! Te voilà enfin.
Je suis en train de ranger les affaires de ton père.
Bonjour, grand-père Berger.
Ça fait plaisir de trouver un homme à la maison quand on rentre.
Et en plus, il fait chaud.
Pourquoi fais-tu ça ?
C'est ma manière de penser à ton père.
Papa n'en a plus besoin
et nous avons besoin de petit bois.
C'est aussi ce que je pensais,
mais des affaires de papa...
Tu me donnes la broche en échange ?
Ma broche ? Elle est précieuse.
Il en manque une.
Je vais te la chercher.
Bande de nazis !
Morveux !
Ce ne sont plus des hommes.
Quelle différence,
homme ou femme,
quand on a froid ?
Alors, ça doit changer.
Qu'est-ce que tu veux changer ?
Je ne sais pas.
Mais il faut qu'il se passe quelque chose.
Tu connais Hermann Braun ?
Ne pleure pas d'amour,
Il n'y a pas que lui sur terre
On dirait un caniche.
Tu trouves ?
C'est la dernière mode.
Je crois
que les Américains sont fous de caniches.
Willi serait sûrement contre.
Mais pas Hermann.
De toute façon, on ne te prendra pas.
On verra bien.
Et la robe ?
Ça fait de la musique. Je vous joue quelque chose ?
Quoi, par exemple ?
L'hymne national.
Arrêtez, pour l'amour de Dieu !
Ça ne peut même pas jouer le Deutschland über alles.
Vous pouvez entrer.
Faites attention.
Je ne vous attendais plus. Je suis là depuis longtemps.
Tenez ça.
Noire, taille 38, manches courtes,
avec décolleté.
Pas facile à trouver. C'est pour vous ou pour un cadeau ?
Pour le travail.
On doit tous s'en sortir. Et la gnôle ?
Pour ma mère.
Pour lui faire oublier ses soucis avec sa fille
et noyer les chagrins de son âme.
Au fait, j'ai une belle édition complète
de Kleist, 1907. Ça vous intéresse ?
Les livres brûlent trop vite
pour donner assez de chaleur.
C'est un point de vue.
C'est mon point de vue.
En ce moment, ça vaut peut-être mieux.
Merci beaucoup.
Bonne chance.
Ce n'est pas moi qui la coudrai.
Tu sais bien que je ne sais pas coudre.
Allez, commence.
Tu as de belles jambes,
tu peux les montrer.
Ton père se retournerait dans sa tombe.
Je ne trouve pas ça bien non plus.
Enfin, tant que ton âme
n'en souffre pas...
Fais-toi au moins offrir une belle paire de bas.
Puisque tu fais ça.
Etonnant.
J'ai appris ça ici.
Vous vous présentez toujours comme ça ?
Non, pas d'habitude,
mais si c'était le cas,
j'aurais du travail ?
On n'a besoin de personne.
A part moi, vous n'avez plus besoin de personne.
Suivez-moi.
Chez nous, il y a encore des portes.
J'ai besoin de votre nom,
de votre adresse
et de votre âge.
Vous êtes mariée ?
On ne porte pas d'alliance au travail.
Il faut un certificat médical.
En argent ou...
en denrées ?
Vous pouvez vous rhabiller.
Ça va ? Vous me donnez le certificat ?
Non, vous devrez vous arrêter pendant trois ou quatre semaines.
Je suis atteinte ?
Malheureusement oui.
Vous ne pourrez plus travailler.
C'est dur.
Revenez mardi.
Au revoir.
Envoyez la suivante.
Maria ?
Ma petite Maria ?
Autrefois vous m'embrassiez sur le front.
C'est vrai ?
Alors j'ai oublié,
ou j'ai appris à oublier.
C'est triste.
Parle-moi de toi.
Il me faut un certificat médical.
Il fait froid, cette année.
Je travaille dans un bar.
Je vends de la bière, je ne me vends pas.
Même si ici j'ai dû désapprendre
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