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LE MIROIR AUX ALOUETTES
LE MIROIR AUX ALOUETTES
Après qu'Hitler a occupé la Tchécoslovaquie,
et l'a rebaptisée ÉTAT SLOVAQUE,
une politique de persécution fut adoptée par le régime de Tiso.
DÉBUT 1942...
Antoine ! Tono !
Tu es là ?
Où est-il ?
Tu as livré son baquet à madame Firic ?
Sais-tu combien de bateaux les Anglais ont coulé aux Allemands ?
Ou les Allemands aux Anglais ?
Elle t'a payé ?
Je lui ai dit :
Quand je fabrique un baquet, vous n'en perdez pas une goutte d'eau.
Et l'argent ?
C'est tout ?
Et deux pigeons.
La belle affaire...
Et je vais payer l'épicier avec tes pigeons ?
Va ranger tes outils.
Tu fais quoi ? Tu dors ?
Tu m'écoutes, oui ou non ?
Je range mes outils.
Si tu avais vu ce chantier sur la place...
Tout le monde en parle. Plein de gens y travaillent.
N'importe qui peut y trouver du travail.
Tu ne comprends rien.
Moi ?!
Je t'avais dit qu'on construirait
ce monument sans toi.
Et j'avais raison.
Tant pis. Je me demande juste d'où vient l'argent.
À coup sûr, pas d'ici.
J'irai un jour.
Bien sûr...
Monsieur a honte de demander du travail à son beau-frère.
Demande à Marcus, d'autres sont partis sur le front.
À Marcus ? Il me fait...
Tu vas te casser la main en saluant comme eux ?
Je ne suis pas un perroquet.
Tu n'es qu'un nul.
- Bien sûr. Ferme-la. - Tu te crois malin ?
Quoi ?
La porte.
Il n'écoute rien. Il est pire qu'un sourd...
Essence !
Où vas-tu encore ?
M'habiller pour avoir l'air beau et plaire à mon tendre oiseau.
Fais ceci, fais cela... Elle ne sait que m'emmerder.
Attention, Essence ! Ne reste pas là !
VIVE NOTRE CHEF.
Notre petit Führer, il vit bien, il boit du vin...
Gloria in excelsis Deo !
Amen !
- Bonjour M. Blumenfeld. - Bonjour !
Où est ton maître ?
Tono ! Tu es fâché ?
- Je suis pressé. - Tiens...
Je sais où tu vas.
J'ai un mot à te dire.
Ce monument ne va pas s'enfuir.
Bon, on s'est compris...
Ce monument, c'est une saleté. Une saleté fasciste.
Tiens-t'en à l'écart.
J'ai oublié l'argent à la maison. Tu as une cigarette pour moi ?
Fais le beau !
Voilà, très bien. Tiens.
Doucement !
Un peu sur la droite !
Bretko, tu es venu nous donner un coup de main ?
Vous vous débrouillez très bien sans moi.
Alors, Tono,
tu regardes ?
Un peu... Bonjour, M. Kuchar.
Elle te plaît, notre tour de Babel ?
On n'en voit pas chaque jour.
Demain, il suffira de tendre la main pour toucher les étoiles.
Vous plaisantez.
Non. J'y perdrai ma retraite.
Des pyramides, il y en a déjà eu.
Des pharaons aussi.
Des quoi ?
Des pharaons. Et qu'en reste-t-il ? Des cendres.
Attention, Kuchar...
Mais je suis sérieux. Cette débauche de matériaux...
En effet...
Ces gens gagnent bien leur vie. Et toi ?
J'ai des ennuis chez moi.
Quand je faisais votre clôture,
j'aurais aimé avoir ces planches !
Tiens, son Excellence ! Tu l'attendais ?
Je préfère m'en aller.
Quoi ? Tu as peur de ton propre beau-frère ?
Il n'a qu'à crever.
Un peu de patience.
C'est qu'il devient gras !
Tous ces festins qu'il s'offre...
Gras comme un évêque ! Pire, comme un archevêque...
C'est un vaurien... Et il l'a toujours été.
Monsieur le commandant...
Si mon beau-frère à moi était commandant...
Allons, fais-lui un petit sourire !
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Laudatur !
Essence, on s'en va !
Pourquoi Dieu m'a-t-il puni en me donnant ce mari ?
Va t'en, vilain !
Tu es comme ton maître... Tais-toi !
Nous voilà !
Bonjour.
Vous avez perdu la parole ?
Rosette !
Attrape, Tono ! Ça te fera du bien.
Non, le déluge ! Au secours ! Sauve qui peut !
Regarde-le. On dirait un enfant.
Bébé s'amuse bien avec l'eau.
Marcus, quelle bonne idée !
Passez-moi un torchon ou un balai.
Ne reste pas là comme une statue.
Bon, je vais vous aider.
Non, pas question !
Je lui dis toujours de se tremper les pieds dehors.
Mais j'ai beau parler... Essuie bien.
- Rosette, ma chérie ! - Tout ça, c'est notre faute...
Pas du tout. Je lui dis toujours : tu verras, ils viendront,
c'est ma sœur.
Ne vous affolez pas, mesdames !
Regardez. Vous allez vous régaler ce soir.
Mais non, c'est peu de choses.
Marcus m'a dit en rentrant du bureau...
Dépêche-toi, nous allons faire une visite.
Chez qui ? Chez les Bretko ?
Évidemment, je ne me suis pas fait prier.
Nom de nom ! J'ai oublié le caviar !
Du rhum ! Tono, vite, des verres !
Je n'aurais jamais dû venir sans caviar.
Oh, le joli chapeau ! Tu l'as acheté chez Rosenzweig ?
Il est ravissant.
Ça brûle !
De l'eau ! Vite !
Tono, fais quelque chose !
Bravo ! Je te nommerai commandant des pompiers.
Eh bien, mes chers, une nouvelle vie commence pour nous !
De la nourriture, des richesses ! Nous ne nous priverons de rien.
Nous vivrons en bons termes comme le font les membres
d'une famille respectable. Buvons !
Il est si mignon.
Voilà qui est bien dit !
À la santé de ces dames !
Allez Tono !
Buvons à la santé de ton saint patron !
On dit que deux verres chantent, trois s'embrassent...
Et cinq se battent.
Arrête ton numéro, Tono, le passé est le passé...
Noyons-le dans le rhum !
Et nous vivrons mieux que jamais !
À la vôtre !
Ne te fais pas tant prier.
Allez, bois !
Tu nous emmerdes !
Je veux bien boire. J'ai même soif...
Qu'est-ce que tu disais ? À propos des verres...
Je sais plus.
Trois verres vous aident...
...à chanter.
Nos aïeux ont bu, Nous buvons aussi.
Seulement nos ancêtres n'avaient rien...
Et nous, nous aurons de tout !
Cul-sec !
Je siffle dans mon beau sifflet !
Papa a un très beau jouet...
Maman pourra jouer avec mon gros sifflet,
quand nous serons mariés !
Rosette, ma chérie...
Je ne sais comment te remercier...
Reste assis. Pas de spectacle !
Arrête ton numéro.
Laisse-moi parler !
Laissez-le ! Il est si gentil.
Tu es libre de parler, Tono. Parle !
Si tu me l'ordonnes, je ne parlerai pas !
Arrête !
Allons, mon petit beau-frère, tu as la parole.
J'ai la parole, que tu le veuilles ou non.
Tu nous a bien régalés, je l'admets...
De quoi te plains-tu ?
Mais dis-moi, qui nous a volé l'héritage ? Espèce de salaud !
- Ah, voilà ! Je m'y attendais ! - Parfaitement !
Qui me remboursera le potager ?
Silence ! Qui a graissé la patte de l'avocat ?
Qui a soudoyé le notaire pour la maison ? Tu le sais, ça ?
Silence !
Et quand je suis allé te demander du travail sur cette tour...
Qu'est-ce que tu m'as répondu ? Tu te souviens, hein ?
Tu m'as foutu à la porte comme un chien !
Maintenant j'en ai assez !
Écoute, espèce d'avorton !
J'aurais pu réussir bien mieux sans toi.
On me reproche que tu ne sois pas rentré dans la milice.
Tu as peur qu'on perde la guerre ?
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