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ISRAEL - 23 SEPTEMBRE 1963
Laissez-nous, je vous prie.
Ce que je vais vous dire est confidentiel.
Les Egyptiens disposent d'un stock de fusées.
Objectifs visés: Acre, Haïfa, Tel Aviv, Jaffa.
Ce serait la premiére vague.
Ensuite, tout votre pays serait arrosé.
Des ogives spéciales équipent ces fusées.
Avec des germes de la peste bubonique, et du strontium irradié.
En cas de succés, c'est la fin d'IsraëI.
Il ne leur manque qu'un systéme de téléguidage
indispensable á la précision du tir.
J'ai reçu ceci.
Des savants travaillent á ce systéme de téléguidage
quelque part en Allemagne dans une usine d'apparence normale.
On leur laisse ignorer qu'ils travaillent pour Odessa.
L'invention est presque au point.
Il faut repérer cette usine, et vite!
Je retourne en Allemagne ce soir.
Ce film se base sur des recherches soigneusement documentées.
O.D.E.S.S.A., six initiales qui en allemand signifient
"Organisation des ex-membres des S.S.", cette milice hitlérienne
dont Roschmann, le boucher du camp de concentration de Riga, faisait partie.
Nasser avait cherché á parfaire un dispositif de 400 fusées
capable de rayer IsraëI de la carte,
grâce á l'appui de savants allemands.
De toute évidence, certains noms de personnes et de lieux
ont dû être modifiés. Frederick Forsyth
HAMBOURG - 22 novembre 1963
Ici, Radio-Hambourg.
Nous interrompons notre programme pour rejoindre les Etats-Unis
d'où vous aurez des nouvelles du Président.
Ici, Radio-Washington.
Nous recevons á l'instant confirmation de la mort du président Kennedy.
John F. Kennedy est décédé á l'hôpital Parkland
des suites de l'attentat de Dallas.
Mme Kennedy était á son chevet
pendant qu'on procédait á une transfusion de sang.
Mais il fut impossible de sauver la vie du Président.
La suite de...
Un rien suffit parfois á changer le cours de l'histoire.
Si je ne m'étais pas arrêté,
je n'aurais pas vu cette ambulance,
et j'aurais tout ignoré de Salomon Tauber et Eduard Roschmann.
Je n'aurais pas fréquenté des agents d'Israël,
ni eu á mes trousses les tueurs d'Odessa.
Ce soir-lá, je n'étais qu'un journaliste en mal de reportage.
Presse!
Interdiction d'entrer.
- Que se passe-t-il? - Adressez-vous au commissariat.
- Bonsoir! - Rentre ça... C'est sans intérêt.
Mais...?
Un suicide. Un vieil homme qui a ouvert le gaz.
Ça ne mérite pas un article.
Tu es au courant pour Kennedy?
Oui.
Attendez.
Allez-y.
- C'est quoi tout cela? - Des papiers du mort.
Portez-les á mon bureau.
On créve aux quatre coins du monde,
mais on n'est avide de détails que pour la mort de Kennedy.
Oui... Je m'en vais maintenant.
Fais-en autant.
Dans l'avion ramenant á Washington le corps de Kennedy,
le nouveau Président a prêté serment.
D'une voix étranglée par l'émotion,
il a lu le texte officiel présenté par un juge de Dallas.
Mme Kennedy, qui avait tenu son mari dans ses bras,
portait encore la robe tachée du sang du mourant.
Quel drame affreux.
Sais-tu ce qu'on gagnerait
avec une seule photo de l'assassin?
Avec les droits de reproduction, on atteindrait deux millions de marks.
Tu as vraiment des idées bizarres.
Tu me fais peur parfois.
Qu'ai-je dit?
Tu ne te rends pas compte, alors?
Tu es un parasite
qui vit du malheur d'autrui.
Quelle belle occasion de me reprocher mon métier!
C'est bien cela?
- Voyons, Sigi. - Je suis vannée, j'ai travaillé toute la nuit.
Parlons-en de ton métier!
Danser á moitié nue devant des vieux birbes.
Je gagne plus par semaine que toi par mois.
Il n'y a pas que des "birbes".
Il y a des hommes plus séduisants que toi.
Tant mieux pour toi.
Je ne sais pas qui te payerait pour danser á moitié nu.
Il fallait accepter ce poste stable á "La Cométe".
Je n'aurais pas eu á danser.
Je ne suis pas un gratte-papier.
Si, c'est ce que tu es.
Je suis pigiste.
On est souvent au chômage, mais quand on léve une affaire,
on gagne gros.
J'aime mon métier.
Je l'exerce consciencieusement et j'ai de l'ambition.
Mais je tiens á rester pigiste.
Ma femme et moi aimons beaucoup Sigi.
- Je vous aime bien, toi et Monica. - Tu devrais avoir des enfants,
toi, qui les aimes tant.
Ceux des autres.
Tu m'as invité pour autre chose, j'espére, car...
si tu continues á me parler mariage,
tu vas compromettre notre vieille amitié.
Je voulais te donner ceci.
- C'est quoi? - De la lecture.
Un dossier trouvé chez le suicidé de l'autre soir.
- Intéressant? - Lis-le.
Mais il appartient á la police,
alors ne crie pas sur les toits que je te l'ai prêté.
Je suis toujours discret.
Merci.
Journal de Salomon Tauber
Je m'appelle Salomon Tauber.
Si j'ai vécu si longtemps, c'est á cause d'une tâche que je voulais accomplir.
Mes amis d'autrefois, martyrs des camps de concentration, sont presque tous morts.
Seuls leurs bourreaux vivent encore.
Le jour, il m'arrive d'en croiser,
et la nuit, je revois le visage d'Esther, ma femme.
Je la revois s'agrippant á moi dans le train,
quand nous arrivâmes en gare de Riga.
Nous avions roulé trois jours et trois nuits dans un fourgon á bestiaux,
sans manger ni boire.
Les morts, et il y en avait beaucoup, étaient mêlés á nous.
C'est lá que je vis alors
le capitaine Eduard Roschmann, le commandant S.S. Du camp.
Le "boucher".
Chaque jour, arrivait un train de déportés.
Roschmann en faisait exécuter un grand nombre
dés leur arrivée.
Morts, ils avaient plus de valeur.
Leurs vêtements, leurs cheveux, leurs dents, représentaient un capital.
Esther et moi survécûmes la premiére année.
J'avais été architecte autrefois,
et ils m'utilisaient comme charpentier.
On travaillait 12 heures par jour dans les ateliers du camp,
ou dans les scieries, installées dans des forêts humides et glaciales.
L'hiver suivant, je crus bien qu'Esther allait mourir.
La faim, le froid, les sévices répétés,
avaient comme brisé en elle toute volonté de vivre.
Pourtant, comparés á d'autres, nous étions privilégiés.
Beaucoup ne recevaient rien á manger,
et mouraient de faim.
Roschmann se délectait
á détruire les êtres.
Leur âme d'abord, leur corps ensuite.
Parfois, il se divertissait
en frappant ceux qui allaient mourir, serrés les uns contre les autres, nus,
avilis, et désespérés.
Les chiens cherchaient leur pâture sur des corps respirant encore.
Il y avait un étrange camion,
stationné á l'entrée du camp.
Les vitres étaient des panneaux peints,
figurant des gens réjouis et pique-niquant.
Les paysans
qui le voyaient passer au loin,
croyaient voir des gens
partant en vacances et festoyant.
Des détenus devaient jouer des airs entraînants
pour compléter l'illusion.
Nous découvrîmes bientôt á quoi servait le camion camouflé.
Roschmann l'avait converti en chambre á gaz.
Le tuyau d'échappement aboutissait á l'intérieur,
et les occupants mouraient asphyxiés.
L'expression des yeux d'Esther me hanta désormais.
Aprés sa mort, mon âme s'éteignit en moi.
Mais mon corps et mon esprit étaient bien vivants.
J'étais résolu á survivre,
afin de crier á la face du monde les traitements infligés aux nôtres.
Il est plus de 8 h.
- Tu ne vas pas á ton cabaret? - J'appelle en vain pour un taxi.
Un taxi? Pour quoi faire? Je vais te conduire.
De 1941 jusqu'á la fin de la guerre,
plus de 200000 juifs allemands furent amenés au camp.
Il en a survécu 400.
Fin 1944, on perçut un bruit lointain de canonnade.
Selon des rumeurs, les Russes étaient dans les faubourgs de Riga,
et les Allemands battaient retraite.
Le 11 octobre, 50 survivants furent emmenés sur les docks,
pour aider des blessés allemands á embarquer.
C'est alors que survint Roschmann.
Il ordonna de faire redescendre les soldats.
Il venait prendre le bateau pour les S.S.
Le capitaine mourut avant de toucher le sol.
La décoration tombée dans la neige,
était la croix de fer avec feuilles de chêne.
Au début de 1945, peu avant la Libération,
le S.S. Roschmann jugea bon de disparaître.
Avec deux autres, il s'esquiva discrétement,
déguisé en caporal de l'armée.
Je le vis partir, et je me promis de le faire traduire en justice.
Je n'y parviendrai pas.
Je n'ai ni haine ni amertume envers le peuple allemand.
Il n'est pas méchant. Seuls les individus le sont.
Si, aprés ma mort, quelqu'un trouve ce journal et le lit,
puisse-t-il réciter le kaddish á mon intention.
Encore éveillé?
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