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J'aimerais lui expliquer mon geste.
Parce que quand j'ai tué Marc, j'étais pas dans mon état normal.
Comment ça ?
Pardon.
Continuez, je vous en prie.
-Je me souviens plus ce que je disais.
-Vous disiez que vous étiez sous emprise.
Bah, oui.
J'avais bu.
Lui aussi, il avait bu.
Et...
-Vous avez des problèmes d'alcool tous les deux ?
Oui.
- Ça arrive. - Mmh.
Et comme
on s'est jamais revus, j'ai pas pu lui dire,
avec toute ma tête, avec les idées claires,
ce qui s'était passé.
Et que je m'excuse.
On a toutes les deux perdu beaucoup.
Votre sentiment,
c'est que vous avez perdu autant qu'elle ?
Non, non, bien sûr, pardon.
Elle a perdu son fils à cause de moi, je me le pardonnerai jamais.
Mais j'ai perdu aussi.
J'ai perdu mon conjoint. Ma fille a perdu son père.
Je sais même pas si je vais récupérer ma fille.
C'est pas facile.
- Bien sûr, je comprends. - Ah bon ?
Tu comprends ?
Vraiment ?
Pardon, je vous ai interrompus.
Mais c'est pas terrible.
Soupirs
Michel, tu ne comprends pas
ce qu'elle a vécu.
Personne ne le peut. Tu peux tenter
de l'imaginer, c'est tout. - Oui, je sais.
Elle avait l'air tellement mal, j'ai voulu la soutenir.
Fais-le en l'écoutant,
c'est ce que tu feras de mieux.
Comment vous vous êtes sentis ?
Soupir général -Je...
Rire
Oh, c'était dur.
Ouais ?
- J'ai fait des bêtises. - Moi,
j'avais du mal à être à l'écoute. J'étais stressé.
C'était pas fluide, on s'est coupés.
Vous lui avez coupé
la parole, surtout. Oui.
Ses silences ont pas été respectés.
Trop de commentaires, Michel.
Oui.
-Beaucoup de questions fermées. Trop de suggestions, Fanny.
Trop de jugement. - Moi, je...
Je pensais pas être dans le jugement.
J'ai essayé de la titiller, de lui tirer les vers du nez.
Tu dois abandonner
cet objectif. Tirer les vers est pas ta fonction.
Tu n'es pas avocate, tu n'es pas flic.
Tu n'es plus une CPIP, tu dois sortir de ta posture habituelle.
Tu dois être toi.
Ce que vous proposez à ces gens,
c'est l'inverse de ce qui est toujours proposé.
On ne parle pas à leur place.
On ne suggère rien, on n'essaie pas de les transformer.
On écoute, on accueille, inconditionnellement.
Tu ne sais pas ce qu'ils sont ni ce qu'ils devraient faire, mmh ?
Persuade-t'en ou va voir ailleurs.
Si vous les laissez
réfléchir, ils le feront.
Sinon, ils diront ce qu'ils ont toujours dit.
Et taire ce qu'ils ont toujours tu. Tu prends trop de place.
Rires Laisse-leur la place.
... Tu ne connais pas cette personne.
Laisse-la t'instruire.
- Mmh. - Suis-la sans jugement, sans diagnostic.
Mode avion ! Voilà ! Tu t'es sentie bien écoutée ?
Mmh ? - Oui.
-Euh, non. Non. ...
Tu t'es sentie accueillie, respectée,
considérée, c'est déjà bien.
Mais tu t'es pas sentie écoutée.
Pardonnez-moi, je suis dur, mais c'est trop important.
Il faut comprendre ça.
Le comprendre absolument.
La justice restaurative, c'est un sport de combat.
Musique mélancolique
...
- Salut. - Ça va ?
Allez.
Soupir Roule, ma petite poule.
T'as coupé tes cheveux ? - Oui, c'est Martine qui m'a fait
un petit rafraîchissement. - C'est bien.
Un peu plus long, ça te va bien aussi.
Rires
T'es toujours bien.
Portières
Il verrouille.
-On va être juste pour le rendez-vous d'après.
J'avais prévu du retard, mais...
-Il faut prendre plus de marge en prison.
Déverrouillage
- Bonjour. - Bonjour.
Bonjour.
Bah...
On va se présenter. Je suis Fanny.
Je suis CPIP et animatrice formée à la justice restaurative.
Moi, c'est Michel.
Je suis retraité d'éducation nationale.
Je suis bénévole à l'aide aux victimes
et animateur formé à la justice restaurative.
Ça va ?
Ça se passe comment, en ce moment ?
Le gros kiff.
Euh, ce serait super
que vous nous disiez quelques mots sur vous.
Je m'appelle Nassim.
J'ai 29 ans.
-D'accord. Rire gêné
Merci, Nassim, et...
Vous pourriez nous expliquer comment
vous avez connu la justice restaurative ?
Ma conseillère m'en a parlé.
Vous en avez compris quoi ?
Retenu ?
Les victimes rencontrent des détenus ?
- Oui, c'est ça. - Mmh.
-C'est un dispositif qui offre une possibilité de rencontre
entre des personnes auteures d'infractions
et des victimes autour d'une même typologie de crimes,
en l'occurrence, ici, les vols avec violence.
Le juge sait ?
-Il sait qui s'inscrit dans cette démarche,
mais ce qui s'y dit reste confidentiel.
Ça fait bien de faire ça, non ?
Il aime bien, le juge. Il y a mon audience
bientôt.
On peut pas trop vous dire.
C'est basé sur le volontariat.
Et la gratuité. Ça ne vous coûte rien,
mais il y a pas de contrepartie non plus.
Ça n'entraîne pas de remise de peine ni rien.
- Ça sert à quoi, alors ? - À échanger.
- Mmh. - Euh, vous pouvez
poser des questions.
Raconter ce que vous avez vécu, comment vous l'avez vécu.
-J'ai raconté plein de fois ce que j'ai fait.
Je veux plus revenir en arrière.
Je veux aller vers le futur.
Le futur ?
Vous le voyez comment ?
*- J'ai eu l'impression que grâce à cet oncle,
*je reprenais les rails.
Vibreur *Je me remettais sur la voie.
... *Et effectivement, ça a continué...
Allô ?
Ça va ?
Ouais, ça fait mille ans.
Ça me fait plaisir de t'entendre.
Non, je fais une tarte. J'ai une soirée ce soir.
Et toi ?
Mmh.
*Radio en fond
*...
Soupir
...
...
...
Brouhaha Musique dramatique
... ...
...
-Bonjour, je suis Michel, de l'association d'aide aux victimes.
...
Je vous appelle, car vous êtes dans notre base.
Oui, il y a cinq ans, à la suite
d'un braquage.
Vous avez sollicité de l'aide.
J'aimerais revoir mon frère.
Mais je veux pas le revoir dans un café...
Je sais pas où il est, mais il est revenu vivre ici.
Ma cousine m'a prévenue.
Et je veux...
Je veux pas le croiser par hasard.
Je veux le voir pour pas le croiser par hasard.
Il avait une mesure
d'éloignement. Maintenant, c'est plus le cas.
Et je peux pas l'empêcher de...
revenir vivre ici.
Ni de fréquenter certains endroits.
C'est ça, il faut qu'on s'accorde sur des trucs.
- Des trucs ? - Ben...
Quand est-ce qu'il va au cimetière ?
Au cinéma.
À la piscine. - Mmh.
Ça, c'est le minimum.
Et certains cafés, peut-être.
Certains restaurants.
Quels jours, quels horaires.
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