The first 200 lines.
Seules sont vraies, dans cette histoires,
les parties les plus invraisemblables.
Petit, j'avais une patte de lapin pour me porter chance.
Je l'ai troquée en Somalie contre deux Budweiser fraîches
et un vieux Penthouse.
Les gens parlent souvent des horreurs de la guerre
mais, honteuse confidence, pour un journaliste,
elle a aussi ses bons côtés.
Je sais, c'est sacrilège,
mais être si près de la mort, être si vivant,
c'est une drogue dure.
Quiconque dit le contraire ment.
Merde !
Tu l'as dit.
J'ai travaillé 9 ans avec Simon Hunt.
On faisait équipe pour couvrir les guerres :
Salvador, "Tempête du désert",
ou charniers en Bosnie.
T'as des valiums ?
On bouge ?
Oui. Mon empire pour quelques valiums !
C'était le plus fou de tous.
Le plus dangereux, le plus sympa,
le meilleur de tous.
Même dans les pires moments.
T'as pris des images ?
Tu déconnes ?
On est là pour quoi, selon toi, Voyages et Loisirs ?
On est là dans un seul but :
faire de l'information, bordel !
Alors retournes-y et filme !
C'est ridicule.
Non, mon chou.
- Filme, toi. - Filme, bordel !
Toi, tu filmes !
Je sais pas me servir d'une caméra.
Tu me tues !
Simon m'a fait repousser mes limites.
Bien sûr, à ses côtés, j'ai pris quatre balles
et lui, rien du tout.
Mais ensemble, on a eu plein de prix.
Simon aimait à dire que les prix, c'est comme les hémorroïdes,
n'importe quel trou du cul en a un jour.
Mais dans les faits,
Simon était le meilleur et les gens le savaient.
Il était très pro
et avait les meilleurs sujets.
Tout commença à changer durant l'hiver 1994 en Bosnie.
L'absurde brutalité des guerres qu'on avait couvertes
se cristallisa lors d'un hiver tragique.
Un beau jour,
Simon disjoncta.
On disjoncte tous une fois dans sa vie.
À cause d'un patron,
d'une petite amie,
du monde.
Mais Simon était un phénomène.
Et je l'ai filmé,
enregistré, pour que les journalistes en herbe
le téléchargent jusqu'à la fin des temps.
La chute foudroyante de Simon Hunt.
Nous retrouvons maintenant Simon Hunt en Bosnie.
Après 2 ans de guerre civile dans ce pays jadis multiethnique,
l'armée serbo-bosniaque du Dr Boghanovic cherche encore
à éradiquer les musulmans bosniaques de la région
et attaque aujourd'hui un village soi-disant protégé par l'ONU.
Simon, certains affirment
que les musulmans bosniaques seraient à l'origine de ce combat.
Ce n'était pas un combat.
C'était un massacre.
Y a-t-il des observateurs de l'ONU qui confirment...
De qui vous parlez ?
Vous parlez des Hollandais ?
Les Hollandais se soûlaient
à la slivovice avec les Serbes au checkpoint ce matin.
Merci, Simon Hunt.
Des zones sûres ? C'était une boucherie !
Les femmes ont été violées, les enfants assassinés !
Arrête, Franklin !
Allez, te fais pas de bile.
- On est à l'antenne. - T'arrangeras ça.
Tes monteurs et toi, vous couperez tout.
Saloperie de gens de télé !
Je vous le disais.
Un phénomène.
Après, tout a changé.
Simon a été viré.
De mon côté, j'ai eu droit à un traitement de faveur.
J'ai pris du galon.
Compensation, j'imagine, pour la somme d'emmerdes
qu'avait été Simon Hunt toutes ces années.
On m'a envoyé à New York et refilé la planque du siècle.
Caméraman de Franklin Harris, présentateur vedette.
D'un seul coup, j'avais tout.
Capitales du monde entier, dîners d'État,
jets privés.
Et j'en acceptais tous les avantages en nature.
Simon en bavait.
Salement.
Ici Simon Hunt, dans la bande de Gaza.
Sur les chaînes câblées, il enchaînait les boulots,
plus humiliants les uns que les autres.
À quoi tu joues ?
D'où il finissait par démissionner
ou se faire virer pour indiscipline.
J'ai de super images. Vraiment !
Il finit par toucher le fond, en tant que journaliste,
en couvrant une guerre sur ses propres deniers.
500 $. Va pour 500 !
Exclusivité mondiale !
Tu me devais pas 300 $ de Gaza ?
Chienne de vie.
Peu après, je n'en entendis plus parler.
Puis il disparut des écrans radar.
La rumeur le disait dans des zones de combat
qu'on ne survolait même pas.
Et j'en passe.
Puis, peu à peu,
plus rien.
Moi, là-dedans ?
L'action me manquait-elle ?
Est-ce que je voulais revivre le carnage et la folie ?
L'adrénaline et l'érection constante
dues à la peur et à la mort en temps de guerre ?
Absolument pas.
Voilà le mensonge avec lequel je vivais.
"Bienvenue en Bosnie et Herzégovine."
Bienvenue en Bosnie-Herzégovine
ENQUÊTE CLANDESTINE
Sarajevo. Automne 2000. Cinq ans après la fin de la guerre.
Attention à la mine !
Ce n'est pas drôle.
J'ai lu qu'il restait 500 000 mines dans ce pays.
La dernière fois, il y avait un sniper là-bas
qui me tirait dessus au jugé.
Anniversaire quinquennal. Bon sujet.
Appelle un vieux contact et mets Benjamin sur le coup.
Je veux aborder la réconciliation.
Un Musulman et une veuve serbe, par exemple.
- Ce sera fait. - Attention à la mine !
Franchement, c'est pas drôle.
1re mission à l'étranger sur un sujet dont tu sais rien.
Assez sexy, comme perspective !
Franklin et mon père pensaient que ça me ferait un joli baptême.
Un galop d'essai.
Tu es le fils de qui, déjà ?
Du vice-président de la chaîne.
J'ai tout lu, mais quel enfer à comprendre cette guerre !
C'était un enfer tout court,
il y a rien à comprendre.
Attention les yeux !
Canard !
Il nous gratifie de sa présence.
La télé paie sa tournée !
Pas question, l'écoutez pas !
De retour à la mine avec les gueux ?
- T'as la forme ! - Ravi de te voir.
- T'as une sale tête ! - Comme ta mère.
L'argent et le sexe l'ont détruit.
Deux Sarajevskas.
Je vous offrirais bien un savon, ce serait pas du luxe.
Canard !
Ton surnom vient de là ?
Il en a hérité le jour où,
dans la jungle du Guatemala, désespéré et esseulé,
surexcité après avoir traqué de belles rebelles,
il s'est éclipsé en direction d'une lagune paisible
et a sodomisé un colvert un bon quart d'heure.
- Assez rigolé ! - Il l'a bien arrosé !
Assez rigolé ! On a une invitée de marque ce soir.
Et elle est vierge !
On va la soûler !
Tu débutes avec lui ? Et ton gilet pare-balles ?
Le dernier y a laissé une couille.
C'est pour ça qu'ils l'ont envoyé à New York.
Il attire les obus comme un aimant.
À la nôtre !
C'est du délire.
L'OTAN a 20 000 soldats dans un pays moitié moins grand que le Kentucky
et ces criminels restent introuvables.
Le pays se redressera jamais
s'ils coffrent pas ces fumiers.
S'ils coffrent pas le Renard.
Ça ferait un reportage d'enfer.
Qui est le Renard ?
Où est ton bouquin sur la guerre de Bosnie ?
Merci.
Le Dr Dragoslav Boghanovic, le Renard, est le plus recherché
des criminels de guerre en Bosnie.
Durant la guerre, il a commandité le viol et l'assassinat
de milliers de Musulmans innocents.
Sa tête d'enfoiré est mise à prix 5 millions de $.
Tout le monde, l'ONU,
la CIA, l'OTAN,
tous les chasseurs de prime, même Chuck Norris, le cherchent.
Une rasade de slivovice, vite !
C'est bon. C'est du cognac.
Vraiment bon ?
Un vieux proverbe bosniaque dit : "S'il y a une bouteille à table,
"le Diable est là et rigole dans un coin."
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