The first 200 lines.
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Jon Kilik présente
un film de Julian Schnabel
AVANT LA NUIT
Province d'Oriente, Cuba, 1943
Les arbres ont une vie secrète
qu'ils ne révèlent qu'à ceux qui osent y grimper.
J'ai oublié où je suis né
mais je n'avais que 3 mois quand ma mère revint chez ses parents,
portant la preuve de son échec.
La splendeur de mon enfance tenait à ce mélange unique. ;
misère absolue, et liberté absolue,
en plein air,
entouré d'arbres
d'animaux et de gens pour lesquels j'étais indifférent.
Reinaldito!
Elle arrive, cette eau? Tête de mule!
Je grandis au milieu d'une chambrée de femmes malheureuses,
menées à la baguette par ma grand-mère,
le coeur de la maison,
la seule femme que j'aie jamais vue pisser debout
en dialoguant avec Dieu.
Ma mère était très belle et très seule.
Elle n'avait connu qu'un homme,
mon père,
et n'avait goûté aux plaisirs de l'amour que quelques mois
avant d'y renoncer pour le reste de sa vie,
provoquant en elle une intense frustration.
Sa chasteté était pire que celle d'une vierge.
Fils de pute!
Casse-toi!
Le plus extraordinaire de mon enfance
me venait du ciel. ;
L'eau débordait des gouttières,
martelant le toit de zinc comme un tir d'artillerie,
une armée massive chargeant à travers bois,
se jetant en cascade,
se ruant dans les barils
en un concert de percussions.
L'eau s'abattait sur l'eau torrentielle,
incontrôlable, envoûtée par une violence déchaînée
qui balayait tout sur son passage,
arbres, pierres,
animaux, maisons.
Le mystère de la destruction, la loi de la vie, quoi.
Et c'était mon nom qu'elle rugissait.
Les fleurs ont des organes reproducteurs...
Jeunes gens! Qui peut me dire
comment s'appelle l'organe reproducteur mâle?
Reinaldo?
Une bite. Longue et maigre.
"Ne me demandez pas d'où elle vient.
"Mais ne voyez-vous pas qu'elle est la plus belle du jardin?"
II va bientôt pleuvoir et mes roses seront noyées
Bonsoir, je peux entrer?
M. Fuentes, pardon d'interrompre votre dîner.
Il a fait des bêtises?
Non, pas du tout.
Je viens vous dire que Reinaldo a un don particulier.
Lequel?
Un vrai sens de la poésie.
ELLE EST MORTE
NOËL
Mon grand-père vendit alors la ferme, nous emmena tous à Holguín,
y ouvrit une épicerie et ne nous adressa plus la parole.
Holguín comptait 200000 habitants
et un camion-benne.
Les rebelles sont â Velasco.
A pied, on met la journée.
- D'accord. - On part ce soir.
D'accord.
Tu pourrais le faire avec elle?
Je m'appelle Reinaldo, et toi?
Lolin.
Tu veux danser?
Parti avec les rebelles. Ne vous inquiétez pas.
Tu vas où, petit?
Par là.
Par là où?
A Velasco.
Velasco. T'es pas de Velasco.
Moi, je suis de Velasco. Pourquoi tu vas â Velasco?
Les rebelles sont â Velasco.
Tu veux te joindre â eux?
Ta maman le sait?
Non.
Elle est où?
Elle travaille â Miami. Vous voulez la voir?
Elle est â l'envers.
Elle est belle!
Tu veux les fouetter?
J'aime bien les fouetter de temps en temps.
Ma mère tient une boutique â Velasco.
C'était la boutique de ma grand-mère,
et celle de sa mère avant elle.
J'ai six frères.
L'aîné s'est joint aux rebelles.
Le cadet s'est joint aux rebelles.
Moi, je suis au milieu, je ne me joins pas aux rebelles.
Va me ramasser ça.
Rentre chez toi.
Les rebelles ont quitté Velasco.
Descends.
Descends!
Viva Fidel!
Je suis là,
pantalon roulé jusqu'aux genoux, les pieds dans l'eau,
quand j'entends tirer tout près.
Je laisse tout tomber, je fonce à travers champs vers Camino Real.
"Batista s'est enfui'", me crient les filles de Pupo.
A Cuatro Caminos, nous croisons la première unité de rebelles,
venus à pied de Velasco, tirant en l'air et criant. ;
"Vive Cuba, bordel!"
Je t'aperçois parmi eux.
Je crie ton nom. En me voyant, tu les abandonnes, tu cours vers moi,
tu me prends par l'épaule, tu me parles.
Des drapeaux, des drapeaux partout,
jetés sur des arches de fortune surplombant les rues.
Accrochés aux poteaux,
pendus aux lauriers,
à chaque porte, à chaque fenêtre,
étalés sur le sol ou battant à des cordes au gré du vent.
Des milliers de drapeaux accrochés dans les moindres recoins,
rouges, noirs,
des morceaux de papier coloriés, des tissus,
célèbrent notre entrée dans Holguín.
Tout le monde crie "Viva"et chante.
Et encore des drapeaux, attachés à des balais, des serpillières,
tout ce qui peut s'agiter.
Les voitures klaxonnent sans discontinuer,
les enfant sur les collines nous regardent passer...
Quelqu'un lance. ; "Les rebelles! Ils arrivent!"
Un groupe de prostituées locales t'approche.
L'une d'elle te caresse la joue.
"Il est tout jeune, dit-elle, il n'a pas encore de poil au menton. "
Et tu éclates de rire.
Des drapeaux, des drapeaux...
( La Parade commence , Reinaldo Arenas)
LA HAVANE
La propriété foncière, l'industrialisation, le logement,
le chômage, l'éducation, la santé.
Voilà les six points sur lesquels doivent se porter tous nos efforts.
C'est tout pour aujourd'hui.
CONCOURS DE JEUNES AUTEURS. BIBLIOTHEQUE NATIONALE
Quand ma mère me frappait,
elle criait et jurait. ; "Maldito, mauvaise graine,"
puis s'adressant au ciel. ; "J'en ai assez de cette vie!"
Mais elle ne le pensait pas vraiment.
Dressée devant moi,
elle ressemblait à un tronc d'arbre.
Et si ça ne faisait pas si mal,
je l'aurais suppliée à genoux de me frapper à nouveau,
plus fort encore.
Alors, elle devenait belle.
Qu'elle était jolie dans cette jupe taillée dans un sac
et ce chemisier volé à sa soeur!
Je voulais me lever et implorer son pardon.
Lui dire. ; "Que tu es belle aujourd'hui, maman.
"Tu ressembles à ces femmes qu'on voit sur les cartes de Noël. "
Mais je n'ai rien dit, j'avais la gorge trop nouée.
C'est très bien. Comment t'appelles-tu?
Reinaldo Arenas.
Qui a écrit ça?
Moi. C'est tiré de mon roman.
Comment s'appelle ce roman?
Le Puits.
Tu es étudiant?
Oui, en comptabilité â l'Institut agronomique.
Ça te plairait de travailler â la Bibliothèque nationale?
Ça ne paie pas beaucoup,
mais je te promets
que tu pourras lire tous les livres dont tu rêves.
Ça me plairait beaucoup. Beaucoup. Merci.
Je te dépose?
- Je vais â Rancho Boyerros. - Monte.
Salut.
Elle te plaît, ma voiture?
Elle appartenait â Errol Flynn.
Tu ne me crois pas?
Regarde dans la boîte â gants.
Attention!
Tu viens au ciné avec moi?
Quoi?
Tu viens au ciné avec moi?
- Je descends. - Connard.
De toute façon, t'as le cul trop plat!
On y va? Tu le verras un autre jour.
Dehors!
Dégagez!
Imbécile!
Samedi, j'ai gagné 100 pesos
en laissant dix danseurs du Ballet national me sucer.
- Ça fait pas de toi un pédé? - Pas si tu te fais payer.
Tu le connais?
Non.
- Salut. - Désolé pour l'autre jour.
Pas grave. Je m'appelle Reinaldo.
Pepe. Tu veux une glace?
Aujourd'hui, ils n'ont que de la vanille.
Apporte-lui un banana-split avec pistache.
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