The first 200 lines.
La vieille femme pensait à ce cygne...
qu'elle avait acheté très cher autrefois à Shanghaï.
"Cet oiseau, avait dit le vendeur...
était jadis un canard qui tendait le cou pour devenir une oie.
Maintenant, il est trop beau pour qu'on le mange. "
LE CLUB DE LA CHANCE
Puis la femme et le cygne traversèrent un océan, des milliers de lis...
tous deux tendant leur cou vers l'Amérique.
Sur le bateau, elle dit au cygne :
"En Amérique, j'aurai une fille qui me ressemblera.
Mais là-bas on ne jugera pas sa valeur...
au bruit que fait son mari quand il rote.
On ne la méprisera pas car je l'obligerai...
à parler parfaitement l'anglais des Américains.
Là-bas, jamais elle ne ravalera sa peine...
car elle sera toujours comblée.
Elle saura ce que je veux, car je lui donnerai le cygne.
Cette créature devenue bien plus que ce qu'on attendait d'elle. "
Mais une fois dans le nouveau pays...
le service de l'immigration lui arracha le cygne.
Elle battit l'air avec ses bras...
n'ayant plus qu'une plume pour unique souvenir.
Depuis longtemps, la femme voulait donner à sa fille...
la plume du cygne, en lui disant :
"Cette plume peut sembler sans valeur...
mais elle vient de loin...
et porte avec elle toutes mes bonnes intentions."
Comment vas-tu, June ?
Ils sont en ligne, ils préparent la passe !
Allez-y !
Qui on applaudit ?
On applaudit Waverly !
Il faut les faire bouillir.
Pas de chou chinois dans la salade.
C'est amer.
- Ça sent bon, Papa. - Merci.
Tu crois qu'elles arrêteront un jour ?
C'est l'heure de la photo !
Viens, June !
Non, non, ça va.
Elles ont raison.
Vas-y.
Attends que j'arrange tes cheveux.
Souris naturellement.
- Comme toujours. - Non, justement.
Tu as encore rajeuni. Comment tu fais ?
Tu as hérité de ma peau. Tu seras comme moi.
- Promis ? - Promis.
Je suis tout près de toi.
Cheese !
Tiens, Ying-Ying.
Ma mère était morte quatre mois avant.
Je compris qu'elles voulaient que je prenne sa place.
Alors je me suis assise à l'Est, où tout commence.
Avec les meilleures amies de ma mère.
Ma mère avait fondé avec elles...
le Club de la Chance.
Tante An Mei...
Tante Lindo.
Tante Ying-Ying.
Depuis trente ans elles oubliaient...
les erreurs du passé...
en riant, en bavardant, en jouant, en perdant et en gagnant.
Elles espéraient avoir de la chance.
Et cet espoir était leur seule joie.
Cet espoir les unissait, beaucoup plus que la joie ou la chance.
Tu gagnes comme ta mère ?
J'y ai joué une fois...
avec des amis juifs au lycée.
Mah-jong juif. C'est pas la même chose.
Complètement différent.
Le mah-jong chinois c'est compliqué.
Tu dois regarder tous les pions qui sortent du jeu.
Et tu gardes tout ça dans ta tête.
Et si personne ne joue bien...
c'est comme le mah-jong juif. Pas de stratégie.
Pour vous les Américaines,
Chinois ou Juifs, ça fait pas de différence.
Elles étaient inquiètes. En moi chacune voyait sa propre fille.
Nous ignorions tout des espoirs et des rêves de nos mères.
On ne parle pas chinois.
Vous allez tricher.
On ne triche jamais.
On est tes tantes, et on est des gens très honnêtes.
On triche pas avec toi.
Pourquoi tu prends pas le piano chez toi ?
Tu es la seule qui sait jouer.
Quand j'avais neuf ans...
ma mère croyait en moi à sa façon, sûre que je pourrais devenir...
ce qu'elle voulait, elle :
une pianiste prodige, la plus grande de ce pays.
Je ne travaillais pas.
Mais le vieux Chang n'entendait pas la différence.
Avec le temps, il était devenu sourd.
Moi et Beethoven on entend la musique dans la tête.
Bien. Alors...
combien de dièses ? Combien de bémols ?
De quelle clé s'agit-il ?
- Z majeur. - Quoi ?
- Z majeur. - Bien.
Surtout...
pour le gala, mets plus de sentiment...
plus d'enthousiasme.
Je suis une fille et jamais je n'le regrette.
Je suis fière d'avoir des form'rondelettes.
Tante Lindo était alors...
la meilleure amie et la pire ennemie de ma mère.
Comparer leurs filles, c'était leur duel préféré.
Celle de Tante Lindo était championne d'échecs...
de Chinatown. Maman en était malade.
Il fallait que je sauve son honneur...
en démarrant une carrière internationale.
Je demande à Waverly de m'aider à porter les courses.
Mais c'est trop lui demander.
Toute la journée elle joue aux échecs.
Je lui dépoussière ses trophées.
Tu crois qu'elle remercierait ?
Veinarde, tu n'as pas ce problème.
Mon problème est encore pire.
Si j'appelle June pour la vaisselle...
elle entend rien, sauf la musique.
On peut pas interrompre la voix du talent.
Jusque-là je ne croyais pas être un prodige.
Patate !
J'avais toujours tout fait pour donner tort à Maman.
Et je n'avais pas l'étoffe d'un prodige.
Je ne pouvais qu'être moi.
Incroyable. Mes mains devaient être visitées par Mozart!
Et chacun pouvait l'entendre.
J'étais un génie. On venait de me découvrir.
Et puis je me suis entendue.
Avec un peu de chance...
ils n'avaient rien remarqué.
Bravo !
Encore ! Quel talent !
Après ça, je pensais ne plus jamais avoir à rejouer.
Il est quatre heures. Éteins la télé. Va faire tes exercices.
Je n'en croyais pas mes oreilles.
Subir de nouveau cette torture quotidienne ? Pas question.
Qu'est-ce que j'ai dit ?
Je ne jouerai plus jamais.
Pardon ?
Je ne suis pas ton esclave. T'es pas en Chine. Tu peux pas me forcer.
Debout.
Non. Je veux pas.
Tu veux que je sois une autre. Je serai jamais ce que tu veux.
Les filles...
sont soit obéissantes, soit des têtes de mule.
Sous mon toit, on n'a pas le choix.
On obéit.
Je veux pas être ta fille.
Je voudrais que tu sois pas ma mère.
Trop tard pour changer ça.
Alors j'ai pensé à cette chose dont on ne parlait jamais.
Alors je voudrais être morte comme les bébés que tu as tués...
en Chine.
Elle m'avait raconté cette étrange histoire...
qui lui était arrivée en Chine.
Elle allait à Chungking...
retrouver l'homme qui était son mari.
C'est comme ça que j'ai su qu'elle avait été mariée, avant mon père.
Elle n'avait rien emporté, que ses enfants. Des jumelles.
C'est comme ça que j'ai connu leur existence.
J'essaie tout le temps d'imaginer ce qui s'est passé.
Mais elle ne m'a jamais expliqué.
Elle disait juste qu'en arrivant à Chungking elle avait tout perdu.
Et moi je disais "Comment ça, tout ?"
"Et les bébés ?"
Il y a tant de choses que je n'ai pas comprises dans sa vie...
mais ça, je n'ai jamais pu le lui pardonner.
Les bébés ! Tu te rappelles ?
Les jumelles.
On pensait tous que les bébés étaient morts.
Mais le mois dernier, lors d'un pique-nique...
Ta mère les avait laissées au bord de la route.
Pendant la guerre.
C'est un miracle. On les a retrouvées.
Oui !
Tu te rends compte ? Elles sont vivantes !
Vivantes, tu es sûre ?
Ta mère a toujours voulu les retrouver.
C'était son vœu le plus cher.
Alors après sa mort, on a voulu essayer,
on a écrit, écrit...
Ça vient d'elles ? Des bébés ?
C'est plus des bébés.
Vivantes !
Lis-moi la lettre.
Traduis-moi.
Alors...
C'est là.
Elles sont ravies...
Elles sont transportées de joie...
de t'avoir retrouvée, toi, leur petite sœur.
Et aussi... tu vois, là.
Elles sont tristes...
très tristes...
qu'il soit trop tard pour rencontrer...
leur mère disparue.
Oui.
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