Juste la fin du monde
The first 168 lines.
Monsieur? S'il vous plaît, monsieur?
Votre ceinture, s'il vous plaît.
- (Homme): C'est ainsi qu'après 10 ans...
Enfin, douze, si on ne compte pas cette fois-là...
Je vous en prie.
Enfin, c'est ainsi qu'après une douzaine d'années d'absence
et malgré la peur,
j'ai décidé de retourner les voir.
Il existe une variété de motivations
qui vous appartiennent,
qui ne regardent personne d'autre que vous,
qui vous poussent à partir dans la vie,
à ne pas regarder en arrière.
De la même manière,
il existe une variété tout aussi grande de motivations
qui vous poussent à revenir.
Alors, c'est ainsi qu'après toutes ces années-là,
j'ai pris la décision de revenir sur mes pas.
Faire le voyage...
pour annoncer ma mort.
L'annoncer moi-même
et paraître pouvoir me donner
et donner aux autres une dernière fois...
l'illusion d'être...
jusqu'à cette extrémité...
mon propre maître.
Voyons voir comment ça va se passer.
OK.
- (Femme): Maman! Toinot! Il est là, il est arrivé!
Putain, il a pris un taxi!
- Merde, je suis pas prête!
- Tu pouvais pas le faire avant?
Il fallait que t'attendes qu'il arrive?
- Avant? Elle est bonne celle-là!
J'avais les 2 coudes dans le baba ghanouj
pendant que tu t'admirais devant le miroir.
- Pendant que je m'admirais?
Ça fait 15 plombes que tu te prépares!
Suzanne, ça suffit!
Une mère a le droit de vouloir impressionner son fils!
Louis aime la mode, les couleurs.
Comme tous les gais, quoi!
- C'est pas une raison pour se saper comme un travelo!
- Un travelo? Je te remercie!
- Tu vas pas me casser les couilles!
On va pas se prendre la tête avant qu'il arrive!
Casser les couilles?
Tu veux toujours avoir raison!
Tu sais ce qui arrive à ces gens-là?
Non, et je m'en fous!
- Ben, voilà ton problème: "Je m'en fous!"
Toujours: "Je m'en fous."
- Putain, Louis, je peux pas le croire!
Le "tacos", ç'a dû te coûter une blinde.
Je t'avais dit que je viendrais te chercher.
- Louis! Ah, c'est beau, tes cheveux, dis donc!
Enfin, je vois mal, mais ç'a l'air beau!
Mais pourquoi t'as pris un tacos?
C'est dingue! Ç'a dû te coûter une blinde!
- Je viens de le dire! - Ah!
- Louis, tu connais pas Catherine?
Non!
- Catherine, Louis. Louis, Catherine.
Bonjour, Catherine.
Bonjour.
- Tu... Tu dois avoir chaud, non?
Tiens, donne.
- Tu vas le laisser avancer, ouais?
Ben, elle est contente!
- Ouais, ben, on dirait un épagneul!
- Antoine, s'il te plaît. - (Mère): J'arrive, Louis!
Salaud de vernis! C'est con, ça! C'est le séchoir.
- Je suis très content, Catherine. Enfin...
- Bien sûr. Euh... Je veux dire aussi. Moi aussi!
Euh...
Bien sûr, je suis contente!
Oh là là!
- Pourquoi vous vous serrez la main?
On dirait des ministres!
On dirait des étrangers.
- Arrête, ils sont étrangers!
- (Catherine): C'est pas grave.
À la bonne heure!
- C'est pas grave, Antoine.
- (Suzanne): Embrasse-la, Louis!
- Je... Je vous embrasse, Suzanne a raison.
Enchanté.
- "Enchanté"? Comment ça, "enchanté"?
Ils se connaissent pas!
Ils se connaissent pas, maman!
Ah!
- Pourquoi tu cries? T'es folle?
- Jamais? Jamais ils se sont...
Ah ben... Ah, ben non! Il était pas là.
Ah! AH!
- C'est pas possible, elle a un grain!
Mais j'avais...
J'avais oublié, enfin, j'avais pas réalisé!
Ah, la vache!
Ah, vraiment, on vit d'une drôle de manière!
Mon chéri...
Non, Louis.
Tu n'aimes pas "mon chéri".
- (Antoine): Tu sais bien, maman.
- (Catherine): Il était pas là. Il avait pas pu venir.
Il a pas pu venir quand on s'est mariés.
Vous vous souvenez, Martine?
- Ah, mais je sais, je sais, ma pauvre!
Je sais pas qui m'avait mis une idée pareille dans la tête!
- Bon, et après, l'occasion s'est pas...
- Laisse-la, elle fait ça pour avoir l'attention.
- Tss! Mais arrête, toi! Tais-toi!
- C'est bête pour le taxi, Louis.
Je serais venu te chercher. Tu sais que j'ai une caisse à moi?
Je serais venue. Enfin... J'avais deviné.
Maman, je te l'ai dit, pour le taxi.
- T'as fait bon voyage? - Maman, je te l'ai dit hier?
Je me souviens pas.
- Mais écoute, fait chier! Je te l'avais dit!
- On s'en bat les couilles! - Antoine!
- (Martine): T'as fait bon voyage, alors?
- Oui. Bon, "voyage", il faut rien exagérer!
Bon, ben...
Allez.
Ah!
- Tu vois, Catherine, ce que je te disais:
c'est Louis, il est comme ça,
il embrasse jamais personne sauf maman.
Son propre frère, il...
- Tu lui fous la paix, oui?
- Mais je te parle pas, arrête de me faire chier!
Antoine!
- Ils sont chez leur autre grand-mère, ma mère.
Évidemment!
Mais on pouvait pas savoir, c'était tellement...
Je pouvais pas aller lui retirer parce que sinon,
elle m'aurait fait une scène, alors là...
Mais ils auraient été heureux de vous voir.
Et j'aurais été heureuse, moi...
Enfin, Antoine et moi,
on aurait été heureux qu'ils vous rencontrent.
Alors, la plus grande, elle a 8 ans,
et tout le monde dit qu'elle ressemble à Antoine.
Qu'elle est exactement son portrait!
On dit ça de tous les enfants.
Vrai ou pas vrai, on le dit, non?
- Oui. - Oui!
Et... - Bon, alors!
Les entrées dans le salon, c'est pas plus mal!
Alors, charcuteries de chez Célestin
avec chorizo pour Louis.
T'aimes toujours ça? - Oui.
- Ah, celle-là! Antoine et elle: même caractère!
Une vraie tête de mule! Une future Antoine!
Ha! Quelle chance!
- (Catherine): Et, Louis, vous m'avez envoyé un mot.
Vous m'aviez! Vous m'aviez envoyé un mot et...
et des fleurs. - Hum.
- Ah! Elles étaient belles!
Ça m'avait... beaucoup plus, hein.
J'avais beaucoup aimé.
Et moi, je...
Enfin, Antoine et moi, on vous avait envoyé une...
une photo d'elle.
Et... Pfft! C'était ridicule!
Ben, pas ridicule, mais elle était...
elle tenait dans la paume d'Antoine!
Elle était toute petite, hein! Tout bébé, hein?
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