The first 200 lines.
Qu'est-ce que vous voulez savoir?
Une seconde, ça n'enregistre pas.
Voilà.
Votre description de l'accident du fils...
C'est perturbant à lire, vu que c'est votre vie.
Pour vous, on ne peut écrire que sur du vécu?
...et ça m'amène à une histoire intéressante,
je décide de vous mettre dans mon livre,
et voilà, vous êtes dedans.
Pourtant, je ne sais rien de vous.
Je sais que vous m'intéressez. Ça, c'est réel.
Mais il a fallu me rencontrer, d'abord.
Je suis bien réelle, là, devant vous.
Je vous le confirme.
Donc, pour commencer à inventer,
vous devez partir du réel.
Vos livres mêlent vérité et fiction.
Ça donne envie de démêler le vrai du faux.
C'est votre but?
Vous écririez sur quoi, vous?
C'est Samuel qui travaille au-dessus. Mon mari.
Alors, qu'est-ce qui vous intéresse,
ou vous énerve au point de vouloir fouiller?
Oubliez votre thèse, vos études.
Je ne veux pas être écrivaine.
D'accord, oubliez l'écriture, on peut juste parler.
Vous ne voulez plus me répondre?
Si, bien sûr. Mais on peut aussi discuter.
On pose une question chacune.
Comme ça, personne n'est frustré. Comme une discussion normale.
Vous vous intéressez vraiment...
À ce qui vous intéresse? Mais, évidemment.
Je ne vois personne, je travaille ici toute la journée,
vous venez me voir, vous m'intéressez.
Je cours.
C'est une des choses que j'aime le plus.
Ça me fait planer, comme une drogue.
Vous vous y connaissez en drogue?
C'est la prochaine question.
Gros dossier.
Vous n'êtes pas obligée de tout noter.
Non, c'est clair.
Je vous l'avais dit, on aurait dû faire ça à Grenoble.
Ça ira. Je vais prendre des notes.
Mais j'ai plein de questions. Vous n'avez peut-être pas le temps.
Ne vous inquiétez pas, le temps n'est pas le problème ici.
Cool.
J'aimerais parler du récit comme...
Je n'aime pas le sport.
Première chose.
Marcher, pourquoi pas. Mais courir, non!
D'accord, j'ai compris.
Donc,
vous...
Ça devient difficile, là, non?
Oui, c'est compliqué.
On va devoir arrêter, Zoé.
Je viens bientôt à Grenoble. Je vous appelle, d'accord?
Vraiment désolée.
- À bientôt. - Oui, sans faute.
Oui...
Non, je ne sais pas.
Je ne l'ai pas déplacé, je ne l'ai pas touché.
Il ne respire pas, c'est pour ça que j'appelle.
Non, venez, je ne peux pas répondre à toutes les questions.
Non, il ne bouge pas. Je vous en prie, venez.
Merci d'être venu.
C'est étrange de se retrouver comme ça.
C'est vrai.
J'avais pas compris que c'était aussi haut.
Viens.
C'est Samuel qui a grandi ici.
C'est son...
Comment on fait?
Tu veux me poser des questions et...
Désolée, mon français n'est pas meilleur que quand on s'est connus.
L'anglais, c'est bien.
T'as été interrogée combien de fois?
Une fois ici, par les gendarmes,
et une fois par le juge d'instruction.
Tu peux me dire ce que tu leur as dit sur le jour de sa mort?
Bien sûr.
Je leur ai tout raconté, depuis mon entretien avec l'étudiante
jusqu'à l'arrivée de l'ambulance.
J'étais en rendez-vous avec cette jeune femme,
et Samuel a commencé
à passer une chanson en boucle pour m'emmerder et la chasser.
Tu leur as dit que c'était pour t'emmerder?
Non.
J'ai juste dit que c'était trop fort et qu'on avait dû arrêter,
car elle enregistrait et ce n'était plus possible.
J'ai besoin que tu sois précise.
Dis-moi exactement ce que tu leur as dit.
Je leur ai dit que j'avais mis un terme à l'entretien.
Elle est partie.
Je suis montée dans ma chambre
et c'est là que j'ai vu Daniel sortir se promener.
Il n'était pas à l'école?
Il n'y va que deux fois par semaine, à Grenoble.
Il a quel âge, maintenant?
Onze ans.
Une fois la jeune femme partie...
Samuel est descendu me voir dans ma chambre.
On a parlé de ce qu'on allait faire ce jour-là.
Rien de spécial.
Il est remonté travailler dans les combles et j'ai bossé au lit.
Tu as écrit? Sur ton ordinateur?
Oui, j'ai fini une traduction.
Je traduis pour des hebdos allemands, c'est alimentaire.
Et puis...
Je l'ai entendu travailler au-dessus avec sa musique
pendant à peu près, je dirais,
dix minutes.
Puis j'ai mis des boules Quies pour faire une sieste.
Et...
je me suis endormie.
Une heure plus tard, je crois,
j'ai entendu Daniel crier, et...
J'avais dû perdre une boule Quies parce que ça m'a réveillée.
Il y avait encore la musique. J'ai couru en bas et...
Voilà.
J'ai appelé le SAMU qui est arrivé 30 min plus tard.
- Je peux faire le tour? - Bien sûr.
Par où on commence?
Est-ce que je t'explique...
Oui, peut-être.
D'accord. Bon...
C'est là qu'on mange.
Donc...
il travaillait en haut?
Oui, il isolait les combles.
Et pendant ta sieste, il était juste au-dessus de toi?
Ça devait être son prochain chantier.
On voulait faire des chambres d'hôtes.
Donc, il travaillait là?
Ces jours-ci, oui.
Et la fenêtre,
à l'arrivée du SAMU, elle était ouverte?
Oui, elle l'était.
Il l'ouvrait tout le temps?
Je ne sais pas trop.
Parfois, il aérait
à cause de la sciure de bois.
Il était imprudent? Il prenait des risques en travaillant?
Non, il était prudent et méticuleux, il travaillait lentement.
Est-ce qu'il aurait eu une raison
de se pencher à la fenêtre, peut-être pour t'appeler?
Ou Daniel?
Non, quand il travaillait, surtout quand il mettait sa musique,
il se coupait du monde.
Il ne nous appelait jamais d'ici.
De toute façon, vu la hauteur de...
Il avait bu?
Non, jamais la journée.
Surtout quand il travaillait.
Viens te laver et t'habiller. Il fait jour, allez.
Mon chou, je sais que c'est dur. Pour moi aussi.
Et ça va être dur pendant un moment.
Mais on doit essayer de faire les choses comme avant.
Monica est là, elle t'a fait du tiramisu.
Tu peux pas passer tes journées enfermé.
Il fait beau et Snoop aussi a besoin de sortir.
Qu'est-ce que je peux faire?
Les assiettes?
J'en peux plus de pleurer.
Je suis tellement épuisée.
- Tu veux du parmesan? - Oui, parfait.
- Je sais pas où est le poivre. - Je m'en occupe.
Tu le sais, l'autopsie ne tranche pas
sur la cause de la mort.
Le médecin légiste manque d'éléments concrets.
Mais...
Ce qu'on peut défendre,
c'est une chute depuis la fenêtre des combles, avec...
un rebond sur le toit de l'appentis.
Son crâne a pu heurter le rebord quelque part par là.
Tu vois?
Et il aurait atterri sur le sol,
à peu près là.
Apparemment, il a trouvé la force de ramper un ou deux mètres
avant de s'écrouler dans cette position finale.
Ça explique le sang dans la neige.
Mais premier problème,
on n'a rien retrouvé sur le toit, pas d'ADN.
Et il y a ces trois projections de sang ici, sur le mur.
Apparemment, ça colle pas avec le choc de la tête sur le toit.
Le juge a demandé à un expert d'éclaircir ça.
Et toi, quand tu vois ça, t'en penses quoi?
Je sais pas, je suis pas spécialiste des projections.
Mais j'en connais une très bonne.
Je vais lui demander.
Il y a un dernier problème pour nous.
Ce bleu sur ton bras.
Ça peut faire penser à une trace de lutte.
Ils l'ont vu quand?
En m'examinant le soir même, ma manche était relevée.
Tu leur as expliqué tout de suite?
Je sais d'où ça vient. Je te montre?
Dans la cuisine, je me cogne tout le temps le bras ici.
Quand je me déplace.
No comments yet. Be the first to leave one.