The first 200 lines.
LES ASSASSINS SONT PARMI NOUS
LA VILLE A CAPITULÉ…
Il est de retour. - Qui donc ?
Ce docteur. - Ivre ?
Bien sûr. Il est toujours ivre.
C'est une honte pour tout l'immeuble.
Bonsoir, docteur.
Excusez-moi de venir si tard, mais je suis très ennuyée.
La monture est cassée. Pourriez-vous la réparer de suite ?
Non, on ne peut pas la souder.
Mais je vais voir.
Je devrais pouvoir trouver une monture qui convienne.
Qu'y a-t-il ? - Rien.
J'en ai besoin demain et je n'en ai pas d'autres.
Oui, les lunettes doivent donc…
être prêtes d'ici demain matin.
Mais je pars à sept heures, vous serez encore fermé…
Eh bien, venez demain matin et frappez à la porte
pour venir chercher vos lunettes.
Elles seront… - Merci beaucoup, Monsieur.
C'est si beau que vous soyez en vie.
Monsieur Timm !
Vous m'avez bien fait peur. Qu'y a-t-il ?
Vous savez qui est là ? - Non.
Mademoiselle Wallner. - Wallner ?
Celle à qui appartient l'atelier où le docteur habite.
Aucune idée. - Venez voir.
Regardez.
Là. C'est elle.
Vous trouvez ça intéressant ? Je ne connais pas cette dame.
Mais M. Timm, je vous l'ai déjà raconté.
Celle qu'ils étaient venus arrêter en juin 1943.
La pauvre a été en camp de concentration.
Ah bon.
À cause de son père. Ils l'avaient déjà arrêté.
J'avais peur de la liberté.
Peur des gens.
Et peur de retrouver notre ville.
Et me revoilà assise ici.
Comme autrefois.
Vous travaillez comme s'il ne s'était rien passé toutes ces années.
C'est comme un… un…
Je n'arrive pas à le croire. - Oui, c'est un bonheur.
Un bonheur ?
Oui, voilà tout ce que j'ai pu récupérer dans la cave
parmi les décombres et les gravats.
On s'est toujours moqué de moi parce que je ne jetais jamais rien.
Et voilà que tout ça
est le début d'une nouvelle vie.
Oui…
C'est dur…
C'est tellement dur d'oublier.
Non. C'est facile, Mademoiselle Susanne.
Quand on a un but qui en vaut la peine.
Oui.
Travailler.
Vivre.
Vivre, enfin.
Vous montez chez vous ? - Oui.
Il faut que je vous prévienne.
Il y a dans votre appartement un homme qui…
Un homme ? Quel homme ? - Oui.
Vous désirez ? - J'habitais ici.
C'est intéressant. - Je suis Susanne Wallner.
Et alors ? - C'est mon logement.
Non, ce n'est pas le vôtre.
C'est moi qui habite ce logement.
Mais c'est à moi qu'il appartient. - Il appartient au propriétaire.
Vous êtes tout au plus locataire.
Ancienne locataire.
Et que voulez-vous ? - Je…
Je voudrais à nouveau habiter ici. - Pas question.
C'est moi qui habite ici.
Pardon, mais j'ai le droit… - Ah bon ?
J'ai un contrat. - Ah bon ?
Un contrat de location en règle. - Vous m'en direz tant.
Ah bon.
Suivez-moi.
Regardez dehors.
Tous ceux qui habitaient ici avaient des contrats de location. Et vous ?
Où étiez-vous quand les maisons s'écroulaient
et que les gens mouraient dans les caves ?
Où étiez-vous quand c'était l'enfer
et que les habitants enterraient leurs morts là où ils les trouvaient ?
Parcourez les ruines.
Vous y trouverez encore leurs tombes.
Écoutez,
ils ont tous ici un…
contrat de location.
Un contrat définitif.
Et vous ?
Où étiez-vous à cette époque ?
Sûrement à la campagne ou à la montagne ?
En sécurité.
Oui.
J'étais en sécurité.
Si vous voulez appeler ça comme ça.
C'est dans le même état, dans l'autre pièce ?
Il n'y a pas de grande différence.
S'il vous plaît, apportez-moi ma valise.
J'habiterai ici jusqu'à ce que vous ayez autre chose.
Il faudra bien quelques jours. - Il faudra même bien plus longtemps.
Je n'ai pas la moindre intention de partir.
Je vous remercie.
J'espère qu'on s'entendra.
Que faites-vous ? Vos valises ?
Vous voyez bien.
Mais je vous ai dit que ça ne me dérangeait pas
si nous habitions ensemble quelques jours.
Mais moi, ça me dérange. Vous comprenez ?
Excusez-moi, je ne peux pas…
Je suis incapable de partager un logement.
Avez-vous la possibilité
de trouver à vous loger ce soir ?
Vous êtes trop bonne, mademoiselle.
Un homme comme moi peut habiter n'importe où dans cette ville.
Même sans contrat.
Ça dépend simplement du confort qu'on veut avoir.
D'ailleurs, tout ça n'a aucune importance.
Je ne voulais pas vous chasser.
Je vous en prie…
Restez encore jusqu'à ce que…
Je sors.
Bonjour, docteur. Ça tombe bien. Où est l'appareil photo ?
Parce que j'ai déjà un acheteur. - Je n'ai pas d'appareil photo.
Comment ? Vous aviez dit que vous l'apporteriez ce soir.
Je trouve ça vraiment méchant.
Crois-moi, mon ange,
j'aurais été bien plus méchant
si j'avais apporté l'appareil photo.
Ça dépend toujours du point de vue.
Le vôtre a l'air un peu houleux. - C'est idiot.
Le gars devait payer en cigarettes et en eau-de-vie.
Qu'il faisait bon être étudiant…
À la vôtre !
Je vais vous dire quelque chose pour vous guider dans la vie :
ce n'est que dans les contes qu'on a le choix entre le bien et le mal.
Nous autres n'avons le choix qu'entre la grande
et la petite méchanceté.
Tu ne devrais pas tant boire.
Échec ! - Ah, tu joues aux échecs ?
Ça ressemble à un champ de bataille, non ?
Tu devrais rejouer ce coup. - Pourquoi ?
Tu perds deux pions.
Mais je sauve le roi.
Je te félicite de ton cœur monarchiste.
Tu es ivre. Ce n'est qu'un jeu.
Ce sont des pièces en bois. - En bois ! En ivoire ou en os.
L'éternel esprit réactionnaire.
Le cri de bataille, c'est :
Sauvez le roi !
On peut bien aller au diable pourvu que le roi soit en sécurité.
Je déteste ce jeu ! - Tu mériterais une gifle.
Mais dans l'état où tu es…
Ce n'est qu'un jeu. Un jeu inoffensif.
Du jeu inoffensif avec les soldats de plomb,
il n'y a qu'un petit pas dangereux
jusqu'à l'inoffensive carabine à air comprimé,
puis à l'inoffensif tir sportif petit calibre.
Et de là…
tout droit à la fosse commune.
Bonjour.
Bonjour.
Vous avez à nouveau passé la nuit dehors,
docteur Mertens ?
Pourquoi faire ça à six heures du matin ?
Vous feriez mieux de dormir.
Non. La journée est trop courte.
Et je ne sais pas s'il me reste encore beaucoup de temps.
Personne ne le sait, Mondschein.
Et puis ça n'a plus d'importance. - Si, si. Pour moi, ça en a.
J'ai encore tant à travailler.
J'admire votre foi enfantine.
S'il est en vie, il viendra.
Et la maison sera prête pour lui.
Et son père l'attendra.
La maison. La maison !
Des murs fissurés.
Des parquets troués.
Des planches en guise de vitres.
Et l'eau qui s'écoule jusqu'au rez-de-chaussée.
Comment savez-vous qu'il n'est pas riche,
qu'il n'a pas sa propre maison ?
Une grande maison splendide.
Avec des vitres reluisantes.
Avec des fleurs devant la porte, dans le jardin.
Je serais alors content d'avoir travaillé en vain.
Mais même dans ce cas, il viendra.
Peut-être a-t-il oublié son père depuis longtemps.
Peut-être aussi le croit-il mort.
C'est un miracle que vous soyez encore en vie.
Alors il viendra pour chercher ma tombe.
Vous êtes un homme à plaindre, docteur Mertens.
Nous le sommes tous, mon cher.
Pourriez-vous limiter votre passion du ménage à votre chambre ?
S'il faut rétablir l'ordre bourgeois,
je m'en chargerai moi-même.
Comment pouvez-vous vous sentir bien dans ce désordre ?
Je ne vous ai pas dit que je me sentais bien ici.
Si vous ne dormez pas ici, il peut vous être égal de savoir
No comments yet. Be the first to leave one.